Bannière Emilie : rester fort

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Virginie a contacté L214 il y a quelques mois pour nous faire part d’un projet de livre dont les droits d’auteur seraient reversés en partie à L214 en souvenir d’Emilie, parce que Virginie et Ian, ses parents, et Laura, sa soeur, sont convaincus que c’est ce qu’elle aurait voulu. J’ai alors découvert l’histoire d’Emilie.

Composé de textes d’Emilie, de Laura, de Virginie et de Ian, c’est une boule qui se forme davantage au creux du ventre à chaque page de ce livre.

Emilie lors d'une manifestation anti-corrida

Emilie était une jeune fille qui aimait lire et écrire, qui refusait de manger les animaux, qui participait à des actions pour les défendre... mais elle était aussi le souffre-douleur de jeunes de son collège. Deux années et demi de coups, de cheveux tirés, de moqueries, d’humiliations parfois sous le regard du personnel du collège qui n’est pas intervenu.

Ses récits nous font sentir l’intensité de son calvaire vécu jour après jour. Et de cette solitude dans laquelle Emilie s’est enfermée, se dévalorisant sans cesse. Elle a parfaitement caché sa détresse à sa famille qui n’a découvert les faits que plus tard, trop tard. Emilie était déjà brisée et n’a jamais pu se reconstruire. Elle a mis fin à ses jours avant ses 18 ans après des années de lutte pour s’en sortir, en vain.

C’est une histoire à glacer le sang. Si Virginie, Ian et Laura témoignent, c’est pour mettre en garde sur ces violences habituellement passées sous silence, pour alerter les familles, pour que les victimes puissent se sentir écoutées.

Alerter aussi celles et ceux qui prennent plaisir à railler une personne. Leur apprendre à être attentifs au moment où l’on bascule de la blague sans méchanceté, à celle qui blesse, à celle qui tourne au harcèlement, à celle qui torture. Se méfier de l’effet de groupe qui nous entraîne vers cette violence larvée et destructrice, à cette agression verbale qui dégénère souvent en violence physique. Ce livre s’adresse à chacun de nous. Pour que disparaissent bourreaux, complices et victimes. 

Emilie avant une manifestation anti-corrida

Emilie rêvait d’un monde plus juste, d’un monde où serait pris en compte l’ensemble des êtres sentients. Un monde où personne ne serait torturé par un autre. Puisse son voeu être exaucé.

 

Emilie Monk, Rester fort, Editions Slatkine&Cie, 2017.

 


Bannière Terrifiées, elles s’échappent d’un abattoir

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C'est sous ce titre évocateur que cet article retrace la résistance de six bovins (5 vaches et un jeune mâle) face à la mort : les animaux, terrifiés, ont réussi à déjouer la surveillance d’un abattoir - lieu dont aucun animal n’est censé ressortir vivant. Après s’être échappés par une porte non “sécurisée”, ils ont erré plusieurs heures dans le centre ville de Saint-Louis (Missouri, États-Unis), avant d’être finalement capturés par la police.

La résistance des animaux

Cet article nous plonge au cœur de la résistance animale, une thématique rarement évoquée et qui, lorsqu’elle l’est, dévalorise ou tourne généralement en ridicule les initiatives des animaux. Ainsi, exemples parmi tant d’autres, une génisse qui a tenté de s’échapper d’un marché aux bestiaux “voulait faire une fugue”, une vingtaine de veaux qui s’enfuient ensemble “prennent la poudre d’escampette”, une antilope qui s’est échappée de sa prison dans un zoo s’est “baladée”.

L’immense majorité des évasions d’animaux, réussies ou non, sont probablement  passées sous silence. Lorsqu’elles sont rapportées, elles sont présentées comme des cas insolites. Pourtant, les animaux résistent de toutes leurs forces aux diverses formes de contrainte auxquelles les humains les soumettent, d’autant plus que c’est souvent pour eux une question de vie ou de mort. En juin 2016, un bœuf qui avait réussi à s’enfuir d’un abattoir a été tué par la police. En février 2017, c’est un taureau qui a réussi à s’évader d’un abattoir - il est mort d’une overdose de tranquillisants injectés lors de la course-poursuite qui s’en est suivie. En septembre 2016, au zoo de Leipzig, un lion a été tué pour s’être échappé.

Ces évasions, à nos yeux souvent spectaculaires, sont autant d’actes de résistance active rendus possibles par une combinaison de différents éléments comme la chance (une porte non verrouillée) et la force physique (pourvoir courir vite, avoir une carrure impressionnante). Une truie de réforme qui a passé plus de la moitié de sa vie dans une cage minuscule ne peut s’enfuir en courant : elle peut à peine marcher. Ainsi, la personnalité ou la volonté des animaux n’est pas forcément le facteur déterminant, des animaux très déterminés à résister - et ils sont sans doute très nombreux - pouvant n’avoir absolument aucune chance de lutter.

Bovin à l'abattoir de Mauléon
Bovin à l'abattoir de Mauléon (2016)

La résistance des animaux utilisés à des fins alimentaires en élevage est d’autant plus admirable qu’au cours de la domestication, ils ont été sélectionnés pour leur docilité. Ils essaient pourtant de résister, mais leurs moyens sont faibles et les résistances vite maîtrisées. En élevage, les murs, cages, chaînes et fils électrifiés contiennent les animaux. La coupe des cornes des bovins, des becs des poules pondeuses, des queues et des dents pour les porcelets, la castration et bien d’autres mutilations systématiques sont d’autres moyens qui utilisent la force pour contraindre des animaux à vivre dans des espaces réduits et hostiles et à briser leur résistance - une vache écornée se défend nettement moins efficacement. Les bâtons, les aiguillons électriques, les coups et les cris sont d’utilisation commune pour faire entrer les animaux dans les bétaillères et les conduire à l’abattoir.

Beaucoup d’animaux n’ont pas la chance ou la force de pouvoir s’enfuir, mais ils résistent avec les moyens dont ils disposent. Ils  refusent d’avancer, de bouger, se débattent, crient… Les enquêtes de L214 ont ainsi montré quantité d’animaux - chevaux, vaches, moutons, cochons - luttant désespérément contre la mort dans les abattoirs. Des animaux plus petits, comme les poules, les lapins ou les canards, résistent aussi comme ils peuvent, mais ils sont évidemment rapidement et facilement brisés.

Cheval cherchant à fuir, abattoir de Pézenas
Cheval cherchant à fuir, abattoir de Pézenas (2016)

Sauver les fugitifs

Seule une poignée d’animaux parviennent à s’échapper, et beaucoup paient leur résistance de leur vie.

Certains réussissent à s’enfuir loin des humains et à s’adapter à un nouvel environnement. Ils apprennent par exemple à vivre en forêt, comme ces vaches “sauvages”, qui sont cependant régulièrement la cible d’une sanglante répression. Ou bien on ignore ce qu’ils deviennent, tel ce cochon qui a bravement sauté du camion en route vers l'abattoir.

D’autres sont pris en charge par des refuges, véritables havres de paix où ils sont protégés et peuvent enfin s’épanouir. Mais, de plus en plus, éleveurs et abattoirs profitent de la compassion des sauveteurs : en juillet 2015, un éleveur réclamait 10 000 € pour le rachat d’une vache échappée d’un abattoir, et ce n’est pas moins de 1800 $ (1650 €), soit plus que le montant du marché, que l’abattoir a exigé pour le rachat de chacun des 6 bovins qui ont pris la fuite à Saint-Louis. Généralement, des cagnottes sont mises en place pour le rachat des animaux, mais donner tant d’argent à un abattoir ou à un éleveur pose évidemment des questions éthiques auxquelles il n’est pas simple de répondre.

Mais aussi importants soient-ils, les quelques animaux sauvés ne constituent qu’une infime minorité de ceux destinés à mourir dans les abattoirs - 3 millions d’animaux terrestres par jour en France. Pourtant, les animaux sont des habitants de la Terre au même titre que nous. Apprenons à vivre en bonne intelligence avec eux ! Et n’oublions pas qu’on peut tous sauver des animaux en végétalisant notre alimentation dès maintenant - et épargner ainsi à des dizaines, voire des centaines d’animaux d’une mort certaine.

Veau sanctuaire (photo Mark Peters)
Veau sauvé à Poplar Spring Animal Sanctuary (photo : Mark Peters)

En savoir plus sur la résistance des animaux :
“Comment les animaux résistent ?” Conférence donnée le 10 mars 2016 à Vegan Folie’s.

 


Bannière [Témoignage] Cécile : épargner les agneaux de Pâques

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Après avoir visité un abattoir en avril 2012 lors de ses études d’agronomie, Cécile a arrêté de manger les animaux. Aujourd’hui végane et militante pour la cause animale, elle nous livre le témoignage poignant qu’elle a écrit un an après sa visite. Les agneaux la remercient !

Nous étions en Haute-Loire, la semaine juste avant Pâques. C’était une semaine d’“enquête départementale”, comme cela s'appelait, une semaine où nous étions amenés à rencontrer différents acteurs du secteur agricole d’un département, pour en comprendre les enjeux.

Quand l’occasion s’est présentée de visiter un abattoir, je me suis tout de suite portée volontaire. Je voulais savoir ce qu’il s’y passe, et comment cela se passe. En fait, j’étais tout simplement intriguée par cette étape de “fabrication” dont on ignore tout ou presque, même en école d’agronomie.

Je dois avouer que je n'appréhendais pas particulièrement cette visite. Pour vous dire, je crois que j’étais à peu près dans le même état d’esprit que le jour où j’ai visité une usine de production de yaourts !

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Avril 2012, la semaine précédant Pâques

"Nous sommes 7 dans la voiture de location.

Au fur et à mesure que nous approchons de l’abattoir, l’ambiance plutôt joyeuse au départ s’alourdit peu à peu. Je ne comprends d’abord pas bien pourquoi les autres se taisent. Puis l’odeur commence à apparaître. Une odeur âpre, celle de la mort et du sang. Je prends conscience, tardivement, que je vais assister à une tuerie. Lorsque nous descendons de voiture, personne ne dit un mot. Je me demande soudain pourquoi je suis venue. Je suis le groupe à reculons. Au-dehors, l’odeur se fait plus prégnante, la peur et le sang se mêlent étrangement.

Nous entrons.

Une secrétaire nous accueille. Des gens circulent. Nous sommes dans la partie administrative de l’abattoir, mais ça sent déjà la mort à plein nez. Je repère quelques gouttes de sang sur les murs. Des ouvriers massifs déambulent avec de grandes bottes blanches tachées de sang.

J’ai maintenant clairement peur.

Nous enfilons nos tenues : charlotte, combinaison, protèges-chaussures. Je tremble.

Je me sens devenir pâle. Instinctivement, j’ai envie de fuir.

Je continue de suivre le groupe à reculons. Je suis la dernière de la file. La grande porte métallique s’ouvre. L’odeur de mort devient suffocante. Le premier entre, puis le deuxième... le troisième... le quatrième… Je les regarde, pétrifiée. Ça va être mon tour.

Je m’approche le coeur battant. Je passe la tête dans l’embrasure de la porte, juste assez pour voir ce qu’il se passe.

Ce sont les hurlements des agneaux qui m’horrifient d’abord.

On nous explique que ce sont des agneaux de Pâques, je n’écoute même pas.

Les jeunes agneaux, parqués entre des barrières métalliques, sont pris de panique. Ils s’épuisent à hurler toujours plus fort en essayant de s’échapper coûte que coûte. Ils se grimpent dessus les uns les autres pour tenter de franchir les barrières, se blessent, hurlent encore plus fort. L’odeur de mort insoutenable, c’est celle de leurs semblables.

Moi, je n’ai toujours pas fait un pas. À l’abri, sidérée.

Avec une dernière lueur d’espoir dans les yeux, un agneau m’implore du regard.

C’en est trop, je prends la fuite. Je referme la porte et rebrousse chemin à toute vitesse. Je rends ma tenue. Je lance un regard noir à la secrétaire qui marmonne à mon passage, froide, impassible, sans doute usée par ce métier sordide : “ah oui, y en a qui craignent hein...”, avant de laisser échapper un soupir réprobateur.

Sur le moment, trop occupée à fuir le plus rapidement possible, je ne relève pas. Mais ses paroles, cet abominable euphémisme “craindre” (mais craindre quoi au juste ? craindre la peur et la mort ? craindre la souffrance d’autrui ?) résonnent ensuite dans ma tête pendant de longues minutes, qui deviendront ensuite des jours et des mois…

Je sors. Je suis en état de choc, incapable de prononcer le moindre mot.

Je rejoins mon amie Gwénaëlle dans la voiture. Accablée par l’odeur et les cris dès le parking, elle n’avait pas réussi à entrer dans le bâtiment. On pleure, sans un mot, pendant une bonne demi-heure, dans les bras l’une de l’autre. On réussit enfin à sortir de voiture. On marche loin, le plus loin possible, pour ne plus sentir la mort.

Je commence, sans le savoir, la première phase d’un deuil qui sera long. Le deuil de tous les individus à qui j’ai ôté la vie en 20 ans d’existence. Tous ces êtres, sensibles, intelligents, qui n’avaient pas envie de mourir. Je n’ose même pas imaginer combien ils sont.

Mes larmes sont intarissables. Au bout d’une heure, peut-être deux, nous revenons vers l’abattoir. Les autres ont fini la visite.

Nous avons rendez-vous avec le directeur. On me dit de venir, que ça peut être intéressant. Je suis le groupe, toujours sans un mot. Je ne réussis pas à les regarder en face, les autres. Ceux qui y sont allés, qui ont vu, et que ça n’ébranle pas le moins du monde. Dans le bureau du directeur, mes jambes fléchissent de nouveau. Je ne capte que quelques bribes de conversation.

J’entends un de mes collègues s’étonner d’avoir vu le directeur travailler sur la chaîne avec les ouvriers pendant la visite. Et celui-ci de répondre avec humour : “Vous avez déjà entendu parler de sadisme animal ? Quand il manque un employé, je vais me faire plaisir sur la chaîne ! (rire)”

Mais comment peut-on rire de ça ?

Là encore, c’en est trop pour moi. Je quitte le bureau brusquement pour m’effondrer à l’extérieur. Je ne rentrerai pas de nouveau. Je ne participerai plus à ce massacre. Voilà ce que je me suis promis ce jour-là. ”

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Sur les six étudiants présents ce jour-là, nous sommes deux à ne plus manger les animaux. Et vous, ouvrirez-vous les yeux ?

 

Aller plus loin :

L’abattage des agneaux à Mauléon-Licharre (2016)

L'alimentation végétale en pratique


Bannière Sara : agir pour les animaux

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Impliquée depuis des années pour les animaux, Sara a accepté de se confier sur son parcours. Ayant vécu et travaillé en France, au Maroc, aux États-Unis, cette jeune maman qui travaille aujourd’hui aux îles Canaries compare les différentes approches du véganisme qu’elle a connues. Sara, les animaux te disent merci pour ton engagement !

J’ai eu le déclic en 2004, en allant sur des forums d’actualité générale. Parmi les différents sujets abordés, certains portaient sur le végétarisme. J’avoue qu’au début je trouvais les végés plutôt lourds (et c’est sans doute parce qu’ils remettaient en question ma façon de vivre), mais petit à petit ça m’a travaillé et la rigueur de leur argumentation a fini par m’impressionner ! En fait, c’était très logique et cohérent : les animaux veulent vivre ; or, manger de la viande n'est pas nécessaire, donc il est injuste de les tuer pour les manger. J’ai fini par me dire : « S’ils ont raison, il faut que je me remette en question et que j’arrête de manger de la viande et du poisson ». Au bout d’un moment, je me suis simplement lancée en me disant que j’allais essayer, et qu’un jour je remangerai probablement de la viande. Or, non seulement je n’en ai jamais remangé, mais je suis devenue vegan un an après !

J’ai fini par me dire : "S’ils ont raison, il faut que je me remette en question et que j’arrête de manger de la viande et du poisson.’" Et puis, je me suis lancée !

Je passais alors mon CAPES et j’habitais chez ma mère. Même s’il y a eu des taquineries et des agacements, dans l’ensemble ça s’est vraiment bien passé avec mon entourage et je n’ai pas rencontré de difficultés.

Sara dans le cortège de la Veggie Pride

Par contre, ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est qu’avant je percevais le monde comme étant quelque chose de bien pensé, même si évidemment je voyais bien que certaines choses n’étaient pas top. Une fois végétarienne, je me suis rendue compte du sort réservé aux animaux, et ça a été un choc : d’un coup je me suis rendue compte qu’il y avait une injustice terrible. Je pense qu’avant, j’étais aveuglée par le fait que je les mangeais. J’ai aussi réalisé qu’il pouvait y avoir d’autres choses injustes dont je ne me rendais pas compte, et ça a été vraiment un gros bouleversement dans ma façon d’appréhender le monde.

Me rendre compte du sort réservé aux animaux a été un choc qui a ébranlé la façon dont je voyais le monde.

Aujourd’hui, il y a bien sûr énormément de choses que je trouve injustes, mais aucune ne l’est autant que le sort qu’on réserve aux animaux, tant par leur nombre que par la cruauté qu'on leur fait endurer.

Puis, assez rapidement, j’ai rencontré d’autres femmes qui étaient devenues végétariennes en même temps que moi et on a créé une petite association à Lyon, Avely (qui n’existe plus). Il n’était évidemment plus question de remanger de la viande ! Surtout que j’estimais et admirais les personnes végés que je rencontrais, ce qui ne faisait que me convaincre toujours plus du bien-fondé de mon choix. Je trouvais ça normal de passer au végétalisme, mais ça semblait vraiment difficile, surtout que j’adore le fromage. Comme je voyais que les gens y arrivaient, je me suis dit qu’il n’y avait pas de raison que je n’y arrive pas, et je suis devenue végétalienne un an après, en 2005 – c’était après une action Sang des bêtes.

Si elle arrivait à être vegan, il n’y avait pas de raison que je ne réussisse pas à l’être.

Au début de mon végétalisme, je faisais de petites exceptions. Puis j’ai vu qu’une amie, Amélie, y arrivait alors que comme moi, elle allait à la fac, mangeait souvent sur le pouce, vivait à l’époque avec une personne non végétarienne ; je me suis donc dit que si elle y arrivait, je pouvais y arriver aussi. Maintenant, on trouve du fromage végétal et certains sont vraiment bons (et d’autres beaucoup moins réussi !) et j’en mange avec plaisir de temps en temps mais, bizarrement, le fromage ne m’a pas manqué - la viande non plus d’ailleurs, il a juste suffit que je fasse le premier pas !

Avec Avely, on faisait des stands d’information, on a aussi organisé quelques repas et fait des actions avec l’antenne lyonnaise de l’Association Végétarienne de France (AVF), puis j’ai été mutée en Lorraine. Côté militantisme, j’ai aussi pas mal participé à l’organisation de la Veggie Pride et un peu à celle des Estivales de la question animale, et j’ai été quelques temps correspondante AVF quand j’étais à Saint-Étienne. J’ai aussi tenu des stands pour Stop Gavage, l’association qui a précédé L214 puis, avec L214 j’ai participé à des actions compteur, des actions Monoprix, etc. Quand je repasse sur Lyon, si je peux, j’en profite pour participer à une action si quelque chose est organisé.

Sara à un stand d'info à Marseille

En 2013, avec mon compagnon, nous sommes partis travailler et vivre à Casablanca au Maroc pour un an, et depuis j’aide L214 à distance en faisant des relectures de divers documents, peut-être aussi que je vais essayer de m’investir par l’écriture.

Au Maroc, nous avons rencontré quelques végétariens, qui étaient aussi investis pour la liberté religieuse, le féminisme... Rissrine, un restaurant vegan, qui vient d’ouvrir à Casablanca, a bien conscience que, pour l’instant « Etre végétarien ou végétalien au Maroc, c’est souvent choisir entre son estomac et sa vie sociale » et ils sont déterminés à faire bouger les choses ! Mais la route sera longue : les gens achètent beaucoup de viande, et le discours végétarien rencontre souvent beaucoup d’incompréhension. J’ai l’impression qu’il y a une sorte de conformisme culturel.

À Los Angeles, c’est tellement plus facile d’être vegan !

En 2015, nous sommes partis travailler un an à Los Angeles (États-Unis) et c’était vraiment le paradis des vegans ! J’ai rencontré des enfants vegan de naissance, c’est un mode de vie très développé, mais en même temps très peu militant. Un salon vegan commercial peut attirer plus de 10 000 personnes, alors que nous n’étions qu’une petite centaine à la Marche pour la fermeture des abattoirs… En tous cas, les gens sont beaucoup plus ouverts qu’en France : les restaurants végé sont remplis de personnes non végé et c’est très facile de manger vegan partout. Pendant mon année à Los Angeles, je suis tombée enceinte et ça s’est vraiment très bien passé. Le corps médical (échographistes, médecins) me donnait spontanément des conseils nutritionnels, c’était super ! À l’hôpital où j’ai accouché, j’avais chaque jour le choix entre une douzaine de délicieux plats vegan ! Aux États-Unis, où beaucoup plus d’aliments courant sont supplémentés, l’ensemble de la population, vegan ou non, est vraiment poussée à se supplémenter, et on ne passe pas pour des extraterrestres quand on dit qu’on doit se prendre de la vitamine B12 !

En France, quand on est vegan, on n’ose souvent pas en parler au corps médical de peur d’être stigmatisé. Ça marginalise encore plus les vegan.

Mais en France, c’est une tout autre histoire. Cet été, le pédiatre de notre fils nous a juste dit : « Faites attention aux carences », sans nous proposer aucune aide concrète ni information, ce qui est vite culpabilisant et inquiétant. Un autre pédiatre nous a carrément dit : « Ce n’est pas bien ce que vous faites », ce qui est un jugement moral et non une information médicale. Et quand nous avons demandé des précisions nutritionnelles, nous nous sommes vus opposer une fin de non-recevoir et il nous a carrément dit : « Vous vous y connaissez mieux que moi ».

On sent un climat de suspicion très fort, qui peut vraiment pousser les parents à avoir peur de dire qu’ils sont vegan, ce qui les isole et les empêche d’accéder à l’information. Ici, on entend seulement parler des enfants vegan quand il y a eu un drame !

Depuis la rentrée 2016, nous vivons et travaillons aux îles Canaries (Espagne). Même si j’ai peu de recul, car cela ne fait que quelques mois que nous y vivons, le véganisme y semble mieux accepté qu’en France. Par exemple, à la crèche, en parallèle du menu traditionnel, il y a un menu végétarien sans produits laitiers, dont bénéficie notre fils ainsi que trois ou quatre autres enfants. D’ailleurs, vu que c’est une grosse entreprise qui prépare les repas, ça veut dire qu’il y a de la demande. Aux Canaries, Igualdad Animal fait un travail remarquable pour que les choses bougent.

Pour moi, en France, L214 fait énormément avancer la cause des animaux, du végétarisme et du véganisme

Sara en actionEn tous cas, en France, pour moi, L214 fait énormément avancer la cause des animaux, du végétarisme et du véganisme. Je ne reviendrai jamais en arrière, mais je ne nie pas qu’être vegan ça reste encore un effort de tous les jours, même si ce n’est évidemment pas dur au point de renoncer. Dans chaque nouvelle relation il faut annoncer la couleur, expliquer, et ce n’est pas toujours très fluide même si c’est de mieux en mieux accepté. Quand quelqu’un m’invite, je lui dis tout de suite et je propose d’apporter un plat. Ce qui est sûr, c’est que plus il y aura de personnes vegan, plus ce sera facile de l’être, et moins d’animaux seront tués !

Aller plus loin :

→  Le PNNS et l'alimentation végétalienne
→ Positions médicales et scientifiques
→ Vegan à tous les âges de la vie !

 

 

 

 

 

 

 

 


Bannière Le ministre de l’Agriculture invite L214 dans les abattoirs

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Satisfait de son bilan à la tête du ministère de l’Agriculture, Stéphane Le Foll s’est prononcé ce matin lors d’une conférence de presse en faveur d’une transparence totale dans les abattoirs et annonce toute une série de mesures. Preuve de sa volonté, il convie L214 à mener librement l’enquête.

À moins d’un mois de la fin du quinquennat, le recordman de longévité au poste de ministre de l'Agriculture surprend par son audace. Confiant dans la politique menée ces derniers mois en matière de mieux-être animal, il invite L214, « l’association qui lui donne tant de fil à retordre », à filmer librement dans les abattoirs de son choix.

 

agneau abattoir Mauléon

 

Une décision très controversée par les représentants de la filière viande inquiets du scandale que pourraient susciter de nouvelles images. Invité lundi dernier au traditionnel barbecue de Printemps d’Interbev, Stéphane le Foll a tenté de les rassurer en affirmant avoir pris « toutes les dispositions pour résoudre les légers dysfonctionnements constatés. » Et le ministre d’ajouter que « si tous les abattoirs disposent d'un agrément, c'est bien qu'ils sont parfaitement en règle et garantissent aux animaux un niveau idéal de confort et de bien-être. L214 ne pourra que documenter des pratiques qui restaureront la confiance du consommateur. »

Interrogé sur la pénibilité du travail, le ministre répond : « les employés d'abattoir qui le souhaitent pourront suivre des stages de reconversion dans des domaines garantis sans exploitation animale : cuisine vegan, refuges pour animaux, éthologie… Quant à ceux qui expriment le souhait de rester à l'abattoir, le ministère dispensera des stages de lanceurs d'alerte, qui seront donnés gratuitement à l'abattoir de Limoges. »

 

couteau à bout rond

Parmi les autres mesures phares figure notamment l’utilisation de couteaux à bout rond, une idée que le ministre se targue d’avoir eue lui-même après s’être blessé en coupant du saucisson. « On ne peut pas sciemment se permettre d'employer des couteaux pointus dans un abattoir. C'est un risque inconsidéré totalement incompatible avec la notion de bien-être animal. »

Mais pour le premier agriculteur de France, pas question de faire preuve d’un optimisme effréné : « J’ai conscience que ces mesures ne sont pas le remède à tous les maux. La principale source de souffrance reste intimement liée aux cadences infernales. » Droit dans ses bottes, il s’insurge : « C’est aux consommateurs de nous soutenir en arrêtant de manger de la viande parce que seuls, on ne pourra jamais y arriver ! »

Le ministère exige toutefois que les images tournées à l’intérieur des locaux soient entièrement floutées et précise que toute visite devra faire l’objet d’une demande préalable auprès du cabinet ministériel. Enfin, pour des questions évidentes de sécurité, aucun reportage ne pourra être réalisé pendant les heures d’abattage. Pas Foll la guêpe !

 


Bannière Le Parti pour les Animaux remporte 5 sièges aux Pays-Bas !

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On observe un net progrès depuis plusieurs années : la question animale devient un véritable sujet de société, traité avec sérieux et considération là où elle aurait été raillée il y a à peine dix ans.

Le signe le plus récent est aussi l’un des plus importants : il y a deux jours, le Parti pour les Animaux aux Pays-Bas a connu un beau résultat aux élections législatives. En passant de deux à cinq députés à la Chambre des représentants (équivalent de l’Assemblée nationale), ce parti est une preuve de plus que le XXIe siècle ne se fera pas sans prendre en compte les animaux.

La France n’est pas en reste non plus puisque l’année 2016 a vu la naissance du Parti animaliste qui “promeut une évolution de société qui prend en compte les intérêts des animaux et qui repense la relation entre les animaux et les humains.” Ce parti est également partenaire de son alter égo néerlandais et s’inscrit dans un mouvement international pour la prise en compte de la question animale dans le monde politique.

On a aussi pu voir tout récemment dans un sondage IFOP pour le collectif AnimalPolitique que la protection des animaux était un sujet primordial dans le choix du candidat aux élections : la cause animale est importante ou très importante pour 80% des Français inscrits sur les listes électorales, et les propositions des candidats en la matière pourraient influencer le vote de 39% d'entre eux.

72% des électeurs en France souhaitent que les candidats à l’élection présidentielle s’engagent sur des mesures concrètes en matière de protection animale. Pourtant,  seuls 4 candidats sur 11 se sont à ce jour prononcés sur le manifeste AnimalPolitique et aucun ne soutient l’ensemble des 30 propositions… Il s’avère donc nécessaire de les encourager à prendre en compte cette exigence sociale. L’action des candidats, des élus et des personnalités politiques en général peut être suivie sur notre observatoire Politique & animaux.

Si la question animale est longtemps restée en retrait en France, les derniers événements prouvent qu’il n’en est rien aujourd’hui et qu’un véritable changement de société est amorcé.


Bannière Allemagne : au ministère de l'environnement, les repas officiels seront végétariens !

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La ministre de l’Environnement Barbara Hendricks a fait savoir que, dorénavant, les repas servis au ministère durant les événements publics seront tous végétariens. Pour l’instant, seuls les repas officiels sont concernés, mais cette prise de position reste exemplaire face à des problèmes majeurs qu’on ne peut plus feindre d’ignorer.

 

Les préoccupations environnementales sont à l’origine de ce nouveau menu. Au niveau mondial, l’élevage est responsable de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre, ce qui représente plus que les transports ! Les effets catastrophiques de la pêche intensive sur les océans sont aussi de notoriété publique, sans oublier l’aquaculture qui, dans beaucoup de cas, ne fait que décupler le nombre de poissons pêchés pour nourrir les élevages. Chaque année, plus de 65 milliards d’animaux terrestres sont abattus uniquement pour la consommation alimentaire, et les poissons pêchés sont plus de 1000 milliards.

Tout comme en France, les traditions culinaires allemandes sont étroitement liées à la viande, ce qui rend cette décision symbolique encore plus forte. C’est probablement la raison pour laquelle des critiques se sont faites entendre, auxquelles la ministre a répondu :

“Nous ne voulons pas commander aux gens ce qu’ils doivent ou ne doivent pas manger. Mais nous voulons contribuer à la protection de l’environnement avec un bon exemple, car un repas végétarien est meilleur pour le climat qu’un repas contenant de la viande ou du poisson.”

Alors que le changement climatique et les préoccupations environnementales n’ont jamais été aussi urgentes, et que les animaux n’ont jamais été aussi nombreux à souffrir de leur exploitation, cette décision pionnière ouvre le chemin vers un avenir plus respectueux des animaux et de l’environnement.

 


Bannière Sentience (tomes 1 et 2)

Sentience (tomes 1 et 2)

  • Article du Mardi 21 février 2017

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Avec leurs couvertures au graphisme acéré, voire merveilleusement minimalistes, les tomes 1 et 2 de la bande-dessinée Sentience sont, dès le premier coup d’œil, de très beaux ouvrages.

Les coups d’œil suivants le confirment : les illustrations proposées par Tyef raviront les férus de BD. Il joue avec brio sur la complémentarité des couleurs vertes et rouges, et propose des vignettes contrastées pour un résultat graphique très percutant. Et pour notre plus grand plaisir, le fond égale la forme dans cette série au nom sans équivoque.

Signé Volpi au scénario, Sentience est le récit initiatique de Lucas, lycéen vivant seul avec sa mère.

Au fil de l’histoire, le jeune homme trouve un mentor en la personne du “Doc”. La référence à la trilogie Retour vers le futur s’arrête cependant ici : cette figure paternelle retrouvée n’est pas là pour jouer avec un convecteur temporel. “Doc” va plutôt partager avec Lucas ses découvertes sur la sentience et les expériences menées dans son mystérieux laboratoire.

À travers ce récit passionnant, le lecteur se trouve ainsi plongé dans une intrigue mêlant formule secrète, virus incontrolable et réflexion éthique.

Volpi réussit le difficile exercice de nous offrir plusieurs niveaux de lecture. Les lecteurs amateurs comme les aguerris trouveront pleine satisfaction dans ce scénario, étalonné de thèmes comme le trafic d’animaux, le lien entre agroalimentaire et pharmaceutique, la dichotomie entre la bonté et la cruauté de l’être humain.

L’ouvrage offre, aussi, une réflexion intéressante sur la soif d’une découverte de vie extraterrestre, alors même que tant de découvertes restent encore à faire sur notre planète et sur les êtres qui la peuplent.

Mais Tyef et Volpi ne s’arrêtent pas là, et on apprécie tout particulièrement :

  • les détails qui invitent à plus d’éco-citoyenneté : lorsqu’il est sur Internet, Lucas utilise notamment le moteur de recherches Ecosia, une alternative qui plante un arbre par recherche.  
  • les thèmes principaux évoqués dans l’intrigue approfondis, accompagnés de faits chiffrés et de sources vérifiables dans la section “En savoir plus”, en fin d’ouvrage..

     

Tyef-Volpi, Sentience, tome 1 et tome 2 disponibles sur la boutique de L214.

Aller plus loin : lire l'article sur la Sentience des Cahiers antispécistes


Bannière Steak Machine

Steak Machine


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Rien ne prédisposait ce journaliste à, un jour, manier le couteau dans un abattoir. Mais Geoffrey Le Guilcher voulait en savoir plus sur cette nouvelle question de société : la mise à mort des animaux de boucherie. Il voulait comprendre qui étaient ces hommes “en combinaisons tachées de sang”, ceux qui tiennent les couteaux et ôtent la vie des bêtes avec violence pour que nous puissions manger leur viande.

“En tant que mangeur de hamburgers, je veux savoir”

Le député Olivier Falorni avait fait remarquer avec justesse qu’il est plus facile d’entrer dans un sous-marin nucléaire que dans un abattoir. C’est donc par l’infiltration que Le Guilcher allait devoir mener son enquête. Fort d’un CV fictif et d’un nouveau prénom, il s’inscrit auprès d’une agence d’intérim et se retrouve à la chaîne chez Mercure (1), un des plus gros abattoirs d’Europe. Chaque année, plus de 2 millions d’animaux y sont tués.

Le Guilcher doit ôter la graisse des bovins. Les animaux, suspendus par les pattes arrières, lui parviennent décapités et coupés en deux. Perché sur une nacelle à trois mètres de hauteur, il effectue les mêmes gestes, 8 heures par jour, à une cadence infernale : il doit “traiter” 60 vaches ou 100 veaux par heure.

“Si tu bois pas, que tu fumes pas, que tu te drogues pas, tu tiens pas à Mercure, tu craques”

Tuer 600 bœufs et 7 500 cochons par jour comme à Mercure impose une cadence insoutenable aux ouvriers, qui y laissent leur santé, d’autant plus que le moindre arrêt maladie, chaque accident du travail est contesté par l’entreprise. Comme “personne ne peut éviter d’avoir mal” (2), ils tiennent physiquement et psychologiquement à coup d’antidouleurs, d’alcool et de drogues, jusqu’au jour où, définitivement cassés, ne pouvant parfois même plus rester “ni debout ni assis”, ils sont forcés de quitter leur emploi. Rares sont ceux dont les séquelles sont reconnues comme étant liées aux conditions de travail. Alors, tant qu’ils le peuvent, ils serrent les dents et continuent, pour payer la maison, la voiture ou les études des gosses. La plupart restent faute de trouver autre chose, rêvent pourtant d’être chanteurs, sportifs ou d’exercer leur véritable métier. Et puis, à Mercure, il y a le 13e mois, des primes et la mutuelle.

Environ 3 000 ouvriers y travaillent ainsi à la chaîne, perclus de douleurs, assommés de fatigue et d’ennui. La chaleur est étouffante, le bruit assourdissant, l’odeur atroce et poisseuse. La vigilance reste pourtant de mise, car le travail est dangereux et les accidents ne sont pas rares. Les tensions, les réprimandes, les menaces et les engueulades non plus d’ailleurs.

Au cours des 40 jours que dure son immersion, Le Guilcher voit ses doigts, son dos et ses articulations se bloquer chaque jour un peu plus. Il trime avec ses collègues, partage avec eux ses week-end, surtout faits de beuveries et de défonce.

“Chez Mercure, la direction a fait disparaître la souffrance animale en la dissimulant derrière un mur”

Son intention de départ était aussi de s’approcher du poste d’abattage, voire d’y travailler, mais il apprend que c’est un travail réservé aux CDI : travailler à la tuerie (3) est encore plus dangereux, et il faut avoir suivi la formation “bien-être animal”. Celle sur les bovins comporte 7 heures de théorie et un questionnaire. Avant de la saigner, ils doivent ainsi regarder la bête pour vérifier qu’elle est inconsciente mais, comme lui confie l’un des tueurs, “parfois, tu ne regardes même pas, tu la saignes quand même. Mais faut pas le dire, ça.”

Le Guilcher n’a guère pu observer l’abattage proprement dit. Les informations qu’il nous livre viennent de quelques rencontres fortuites avec les tueurs et de deux brèves visites à la tuerie, séparée récemment du reste de l’abattoir par un mur intérieur : la direction craint énormément que des images révélant la façon dont les animaux sont tués ne soient rendues publiques.

“La bête qui résiste devient ton ennemie”

Selon l’INRA (4), 16 % des vaches et 25 % des veaux, soit environ une vache sur six et un veau sur quatre, peuvent quitter le poste de saignée sans être morts. Car “les bêtes résistent, peuvent donner des coups, parfois se réveillent alors qu’on les pensait mortes. Si tu essaies de tenir la cadence d’une vache par minute qu’on t’impose, très vite, la bête qui résiste devient ton ennemie.” Comme ce taureau, qui s’est mis à meugler sur la chaîne d’abattage, alors qu’il était égorgé depuis plusieurs minutes. Ses quatre pattes avaient même déjà été coupées. En racontant cette histoire, les tueurs assurent que c’étaient “les nerfs” - il est pourtant établi scientifiquement que le cri indique sans aucun doute que l’animal est conscient.

Pour Catherine Rémy, chercheuse, c’est lorsque les animaux résistent, cherchent à s’échapper ou crient que les ouvriers s’adonnent à la violence (5). De son côté, Le Guilcher ne décèle pas la moindre trace de sadisme chez les tueurs, mais énormément d’insensibilité. Tuer est une habitude, un acte accompli dans l’indifférence. Pourtant, même s’ils n’en parlent guère, les animaux dépecés vivants, les “revenants hantent les cauchemars des ouvriers”.

“Ils ont peur: si la viande n’est plus mangée, on aura moins de bêtes à tuer.”

Le Guilcher souligne que “l’occultation totale du sort réservé aux animaux est le pilier de la consommation de masse de viande”. Il faut à tout prix éviter que le meurtre des animaux ne hante aussi ceux qui les mangent, aussi l’industrie de la viande s’applique-t-elle à “faire en sorte que le client ne fasse plus du tout le lien entre la vache et le steak.” Mieux encore, elle se lance dans des campagnes de réenchantement de la viande qui s’appliquent, à l’aide d’images d’animaux guillerets, à faire oublier toutes les horreurs de leur mise à mort.

Dans une interview, Le Guilcher souligue qu’”au lieu de jouer la transparence et de réfléchir avec d’autres acteurs pour améliorer les conditions de leurs salariés et animaux, les abattoirs font l’inverse : ils s’enfoncent dans le tabou, dans le silence.” La réaction de Leclerc, qui a tout d’abord interdit la vente des livres dans ses magasins, a renforcé cette hypothèse : l’abattoir serait une filiale de Leclerc.

Pourtant, Steak Machine n’est pas, de l’aveu même de son auteur, un livre militant mais “une expérience brute qui devrait permettre à chacun de se faire son avis”. Quoi qu’il en soit, depuis cette expérience, Le Guilcher a sérieusement levé le pied sur la viande – dont il était un gros consommateur – parce que, explique-t-il au journal Le Point, “mon cerveau fait le lien entre ce qu'il y a dans mon assiette et ce que j'ai vu et senti dans cette usine. Le tour de force de l'industrie agro-alimentaire est de nous empêcher de faire le lien entre l'animal et ce que vous avez dans votre assiette.”

Car il y a fort à parier que les personnes qui font le lien s’intéressent à une alimentation sans cruauté.

 

Geoffrey Le Guilcher, Steak Machine, Paris, éditions Goutte d’Or, février 2017. 169 p.

Disponible sur la boutique de L214.

 

→ Lire aussi notre note de blog Un séjour en France. Chronique d’une immersion.

 

(1) L’auteur a rebaptisé l’abattoir “Mercure, car il y fait chaud, on s’y bousille la santé et c’est une petite planète. Les habitants de Mercure ont un point commun : ils ont muté”.

(2) Le rapport Stivab (Santé et travail dans l’industrie de la viande) réalisé par les caisses bretonnes de la Mutualité sociale agricole (MSA) au début des années 2000 notait que 89 % des hommes et 92 % des femmes travaillant en abattoir ont souffert d’un TMS (trouble musculo-squelettique) dans les douze derniers mois.

(3) “La tuerie se décompose en quatre postes : celui amène l’animal dans le piège, celui qui tire une cartouche, celui qui accroche la bête et celui qui égorge.” Quand les conditions sont idéales, un cinquième ouvrier, “le deuxième assommeur”, s’assure, après l’égorgement, que l’animal est bien mort”. Faute d’ouvriers, le poste de deuxième assommeur n’existait plus au Mercure lorsque Le Guilcher y était. Pourtant, “en avril 2016, trois mois avant [son] embauche, Mercure a été félicité par un rapport d’inspection des services vétérinaires pour avoir mis en place ce poste de second assommeur.”

(4) Douleurs animales, les identifier, les comprendre, les limiter chez les animaux d’élevage, rapport de l’INRA, 2009.

(5) Catherine Rémy, La Fin des bêtes. Une ethnographie de la mise à mort des animaux, Economica, 2009 et Audrey Garric, “Catherine Rémy : “La violence est inhérente aux abattoirs”, Le Monde, 31 mars 2016.


Bannière Pouiki, le petit cochon

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Pouiki est un petit cochon né dans un élevage et arraché à sa famille dès son plus jeune âge. Une petite mouche rose l’accompagne et témoigne ! Pouiki se sent perdu sans sa maman et ne comprend pas pourquoi Monsieur Sauciflard est si méchant...

Cette histoire triste est aussi pleine d’espoir grâce à l'intervention de Vega, une petite fille bien décidée à sauver tous les animaux des abattoirs !

Au travers de ce livre, Pouiki le petit cochon, Stéphanie Valentin aborde la question difficile de l'exploitation animale de manière touchante et adaptée aux jeunes enfants. Bien qu’elle souhaite montrer la réalité des élevages, l’auteure prend le parti d’utiliser un style graphique doux et coloré. Un contraste qui donne une grande profondeur à l’histoire de ce petit cochon.

Vous pouvez par ailleurs retrouver la chanson de Pouiki sur son site Veganimo.

Stéphanie Valentin, Pouiki le petit cochon, janvier 2017 (25 pages).
Disponible sur la boutique de L214.

 


Bannière Viande et recommandations nutritionnelles : vers la fin d’un modèle alimentaire dépassé

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Le 23 janvier dernier, l’ANSES publiait de nouvelles recommandations nutritionnelles afin de procéder à une mise à jour du Plan National Nutrition Santé (PNNS). Cette actualisation concerne « en particulier la plus grande place à donner aux légumineuses, aux produits céréaliers complets, aux légumes, aux fruits, ainsi qu’à certaines huiles végétales. En contrepoint, l’Agence insiste sur la nécessité de limiter la consommation des viandes, hors volailles, et plus encore des charcuteries et des boissons sucrées ».

 

On ne peut que se réjouir de cette prise en compte des nouvelles avancées scientifiques en termes de nutrition. Cela fait maintenant plus d’un an que le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé la viande rouge comme « probablement cancérogène » et les viandes transformées comme « cancérogènes ». En conséquence, l’ANSES recommande désormais de limiter la consommation de viande rouge à moins de 70 g par jour et les charcuteries à moins de 25 g par jour. En plus de ces risques de cancer, le lien entre surconsommation de produits animaux et maladies cardiovasculaires et diabète de type 2 n’est plus à prouver.

Une réduction de la consommation de viande en France aurait aussi beaucoup d’effets positifs sur le changement climatique et d’autres pollutions : l’élevage à lui seul est responsable de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, en plus de participer largement à la déforestation. Un changement de nos habitudes alimentaires pourrait épargner à de nombreux animaux une vie de souffrance et une mort violente dans les abattoirs, comme en témoignent les vidéos choquantes révélées par L214 au long de l’année 2016.

 

Le fait d’encourager la consommation de légumineuses (lentilles, haricots secs, pois chiches) est un point aussi nouveau que capital, car elles apportent des bénéfices en tous points. Riches en protéines, fibres, fer et autres minéraux, leurs bienfaits sur notre santé sont nombreux. La culture de légumineuses, qui enrichit les sols en azote, permet généralement de réduire l’utilisation d’engrais et favorisent la durabilité de l’agriculture. Plus largement, ces nouvelles recommandations semblent pointer vers une végétalisation de notre alimentation qui aurait des répercussions positives pour tous, humains et animaux.

 

Malgré tout, les poulets et les poissons sont perdants, l'Anses ne considérant pas leur consommation comme problématique. Malheureusement, ils souffrent tout autant que les vaches et les cochons et représentent plus de 95% des animaux abattus chaque année. Ils sont les premiers à bénéficier directement d’une alimentation végétarienne, ou mieux, vegan.

Suite à cette première mise à jour concernant l’alimentation dite « traditionnelle », on ne peut qu’espérer des recommandations enfin réellement adaptées pour les alimentations végétarienne et vegan. Les personnes souhaitant prendre soin de leur santé tout en se préoccupant des animaux et de l’environnement bénéficieraient enfin de conseils pertinents. Il est grand temps que la France sorte d’un Moyen-Âge nutritionnel concernant le végétalisme, à l’heure où le consensus scientifique international est sans appel. Puisqu’il est tout à fait possible d’être en bonne santé et de se régaler avec une alimentation vegan, pourquoi ne pas passer le pas ?

 


Bannière "Vegan" de Marie Laforêt

"Vegan" de Marie Laforêt


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La “bible” de la cuisine végétale, voilà qui décrit parfaitement le livre Vegan de Marie Laforêt !

“À travers cette cuisine gourmande, inventive et éthique, j'espère ouvrir une porte vers un mode de vie sans exploitation animale, pour une société plus juste et responsable.”* Ses convictions sont certainement ce qui pousse Marie Laforêt à aller toujours plus loin dans l’inventivité et l’originalité. Après Coco, Desserts gourmands sans œufs ni lait, 100 % végétal et gourmand et Les superaliments : les connaître et les cuisiner au quotidien, Vegan est LE livre incontournable.

Il commence par une longue introduction au véganisme, aux raisons qui poussent à opter pour ce mode de vie et l’alimentation qui en découle. Cette partie nous permet de prendre conscience des conséquences de la consommation de produits animaux mais surtout des solutions qui existent ! Les recommandations pratiques de l’auteure concernant les ustensiles et les aliments indispensables à la cuisine vegan sont très rassurantes pour les personnes souhaitant découvrir la cuisine végétale et permettent à tous de réaliser au mieux chacune de ses recettes.

 

S’ensuivent les conseils nutritionnels de Jérôme Bernard-Pellet, médecin nutritionniste reconnu et fondateur de l'APSARes**, qui soutient cette démarche et nous permet de comprendre tant les bienfaits d’une alimentation végétalienne que les erreurs à ne pas commettre.

Munis de tout ce savoir et de cette nouvelle vision du véganisme, nous en arrivons à l’essence même de ce livre : la cuisine ! Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les occasions ! Marie Laforêt nous emmène à la découverte des protéines végétales, nous apprend à remplacer les produits laitiers et les œufs pour ensuite nous montrer comment cuisiner les légumes. Une fois toutes ces bases de la cuisine végétale posées, plus rien ne peut nous arrêter dans nos préparations de recettes gourmandes, salées ou sucrées, ainsi que dans notre cuisine pour toutes les occasions spéciales ! Repas entre amis ou en famille, apéros dînatoires, brunches ou encore barbecues et pique-niques deviennent un jeu d’enfant !

 

À noter : La plupart des photos sont celles de Marie Laforêt elle-même, car elle est photographe de formation !

Marie Laforêt, Vegan, La Plage, 2014 (323 pages). Disponible sur la boutique de L214.


* Citation de Marie Laforêt tirée de son blog 100% Végétal

** Association de Professionnels de Santé pour une Alimentation Responsable


Bannière Des supermarchés au Royaume-Uni vont promouvoir le végétarisme !

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Sainsbury’s, la deuxième plus grande chaîne de supermarchés au Royaume-Uni, se tourne résolument vers les alternatives à la viande ! Les produits végétariens et végétaliens y seront désormais davantage visibles : ils seront par exemple placés dans les rayons aux côtés des produits carnés et non plus dans un secteur à part, ou même directement en tête de gondole pour certains d’entre eux. Ces supermarchés ont également décidé de distribuer à leurs clients des recettes sans viande et de mettre en place des offres en ligne, des bons d’achat et des points de fidélité pour les produits non-carnés. Et les clients répondent présents ! Par exemple, les ventes de leur fromage végétalien ont dépassé de 300 % les estimations de la chaîne.

D’autres innovations pourraient être mises en place pour inciter les consommateurs à manger plus de légumes, fruits et alternatives végétales et moins de viande. L’objectif est non seulement de les aider à faire des choix éclairés pour leur santé et l’environnement, mais aussi de pérenniser ces nouvelles habitudes de consommation.

Cette petite révolution en faveur de la végétalisation de l’alimentation s’inscrit dans un programme ambitieux intitulé Our planet, our health (« notre planète, notre santé »). Ce projet est initié par un comité de chercheurs et de scientifiques indépendants au rôle consultatif, et également déterminés à agir et à proposer des solutions concrètes. Ce comité établit par exemple des partenariats avec d’autres chercheurs, des décideurs, des entreprises – comme Sainsbury’s – et s’adresse directement au public.

Les conséquences néfastes de l’élevage sur l’environnement ne sont en effet plus à démontrer : outre des émissions de gaz à effet de serre estimées à 14,5 % par la FAO (soit plus que l’ensemble du secteur des transports), l’élevage est également source de nombreuses pollutions et de déforestation massive, notamment pour faire place cultures et pâturages destinés à engraisser les animaux.

Côté santé, ce n’est pas brillant non plus. En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) vient d’établir de nouveaux repères nutritionnels qui soulignent la nécessité de diminuer non seulement sa consommation de sucre et de sel, mais aussi celle de viande. L’ANSES recommande en même temps d’augmenter la quantité de fruits et de légumes dans son alimentation, et d’y introduire les légumineuses pour leur richesse en fibres, protéines, vitamines et minéraux. Du côté des oméga-3, les huiles de colza et de noix sont mises en avant.

Outre-Manche, Sainsbury’s a décidé de s’impliquer activement dans l’expérience promue par Our planet, our health. Ces initiatives concrètes participent à un monde meilleur pour tous, puisque chaque repas sans viande allège notre empreinte sur la planète, peut être bénéfique pour la santé et surtout épargne des animaux. Informer les citoyens et leur donner les moyens de faire les bons choix devrait être une priorité autant pour les supermarchés que pour les institutions.

En France, les supermarchés développent progressivement les alternatives végétales, mais l’élevage est encore soutenu par des subventions publiques conséquentes. Il est pourtant urgent que des décisions politiques soient prises pour faire baisser la production et la consommation de produits d'origine animale au profit d’une alimentation végétale plus responsable et durable. C’est non seulement une question d’éthique, mais aussi de santé publique et d’environnement.

Alors, quel sera le supermarché français qui se lancera le premier et fera preuve d’initiatives conséquentes pour promouvoir du mieux possible les alternatives végétales ?


Bannière Grippe aviaire : chronique d’un massacre

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Des millions d’oiseaux sont actuellement massacrés en France pour sauver la filière foie gras, qui condamne au supplice du gavage canards et oies. Et si nous allions plutôt vers un monde moins violent ?

Des millions d’oiseaux massacrés pour contrer l’épidémie de grippe aviaire

Certains chiffres donnent le tournis. Ainsi, ceux donnant le nombre d’oiseaux « détruits » pour tenter de contrer l’actuelle épidémie de grippe aviaire.

En Europe, plus d’1,5 million d’oiseaux – dont plus d’un million pour la France - ont déjà été massacrés, mais il n’est pas exclu d’aller jusqu’à 3,72 millions (1).

Des mesures sont prises pour tenter de contrer cette épidémie comme le confinement des oiseaux ou l’interdiction de les transporter mais, impuissants à contenir le virus, nous appliquons désormais la politique de la terre brûlée en éliminant les oiseaux non contaminés et les survivants. Le vide sanitaire fera suite au massacre.

La façon dont les canards sont « détruits » est généralement passée sous silence. Ouest France nous apprend toutefois que « L'abattage a lieu au sein même des exploitations touchées ou, après transport, dans des abattoirs réquisitionnés par les services de l'État. Les animaux sont la plupart du temps euthanasiés par la dispersion d'un gaz à forte teneur en CO2 ». Étant donné que les canards ont la faculté de se mettre en apnée, le gazage provoque très certainement une agonie prolongée chez eux - alors même que le CO2, employé pour des cochons dans certains abattoirs comme celui d’Alès, est un gaz déjà reconnu comme étant source de souffrances pour les animaux exposés.

 


Capture d'écran de Le Monde

 

Fin 2015, une première épidémie s’était déjà déclarée dans le Sud-Ouest français, mais sans « abattage massif », la plupart des canards et des oies étant déjà enfermés dans les bâtiments, prêts à être gavés. S’en étaient suivis vide sanitaire, désinfection, grand nettoyage et interdiction de toute nouvelle acquisition d’oisons et de canetons pendant 4 mois, jusque fin mai.

Mais fin 2016, la grippe revient, plus virulente encore, et rien qu’entre le 5 et le 20 janvier, 800 000 canards sont massacrés à titre préventif – peut-être jusqu’à 1,3 millions si la situation n’est pas maîtrisée. Les oiseaux concernés sont des palmipèdes « en parcours », c’est-à-dire à l’air libre avant l’enfermement et le gavage. Ils auront au moins échappé à ce supplice.

L’acharnement à produire du foie gras

La finalité de ces mesures est de permettre à la filière du foie gras de redémarrer. Côté budget, 12 millions d’euros d’indemnisation début 2016 sont octroyés aux éleveurs concernés – en plus des 130 millions d’euros offerts à la filière foie gras en janvier 2016, indépendamment de toute épidémie. Et, rentabilité oblige, les canards du Sud-Ouest seront réduits en farines et graisses, utilisés comme combustibles.

Mais si ces mesures ne suffisent toujours pas ? En Russie, au Japon, les oiseaux de certains zoos - perroquets, cygnes ou canaris – sont aussi tués. Afin de continuer à produire du foie gras ou du poulet, exterminera-t-on un jour les oiseaux sauvages, susceptibles de transmettre la maladie à leurs cousins captifs (2) ? Pour l’heure, la chasse aux oiseaux est restreinte ou interdite, ce qui a d’ailleurs fait écrire à certains journalistes que les chasseurs sont « pénalisés » - pénalisés de ne pouvoir verser encore plus de sang ?


Source : OIE

D’autres victimes collatérales de l’élevage

N’en aurons-nous donc jamais assez ? À partir de combien de millions d’oiseaux massacrés, gazés ou broyés, remettrons-nous en question l’élevage et la consommation de la chair des animaux ? Les élevages aux animaux entassés par milliers, voire centaines de milliers pour les poules et les poulets, constituent des lieux parfaits pour le développement des pathologies.

Aujourd’hui, canards, poules, poulets, dindes et cailles paient très cher le fait d’être atteints – ou susceptibles d’être atteints – de la grippe aviaire, mais aucun animal élevé pour sa chair, son lait, ses œufs ou sa peau n’échappe au massacre. Ces millions d’oiseaux « détruits » ne constituent hélas qu’une infime partie de tous ceux qui, jour et nuit, finissent dans les abattoirs. En France, chaque jour, 3 millions d’animaux y sont en effet ordinairement tués – sans même compter les animaux aquatiques.

Et des milliers périssent asphyxiés ou brûlés vifs : par exemple en 2016, pas moins de 150 incendies se sont déclarés dans des élevages (3) – et combien d’incendies n’ont sans doute même jamais été relevés par les médias ? Quantité d’animaux périssent aussi sur les routes lorsque des camions chargés à bloc, en route pour les abattoirs, se renversent ; d'autres meurent de faim, de froid ou de sévices lorsque des éleveurs les abandonnent ou les maltraitent. Et - ne les oublions pas - chaque année en France, 50 millions de poussins sont broyés vifs par l’industrie des poules pondeuses.

Confinements, massacres, sélections : et si la solution était tout autre ?

L’exploitation des animaux, l’élevage, et tout ce qui en découle, n’existent que pour répondre à notre demande. Chaque année, nous faisons naître des millions d’animaux dans le seul but de les engraisser pour les tuer et les découper en morceaux. En optant pour une alimentation végétale, en tournant le dos à la viande, nous cessons d’alimenter un système basé sur la mort et l’exploitation des animaux. Chacun d’entre nous a le pouvoir d’agir maintenant pour un monde meilleur, un monde en paix avec les animaux. Alors, pourquoi attendre ?

 


Photo : ​Bastien Milanese

(1) Ils sont plus d’un million à avoir été tués au Japon et autant en Iran, 26 millions en Corée du Sud. Et combien de millions d’oiseaux tués en Russie, en Inde, en Chine, ou tout autre pays dont les chiffres n’ont pas encore été relevés ? À titre d’exemple, ce ne sont pas moins de 22 millions d’oiseaux qui avaient été éliminés en Chine lors d’un précédent épisode de grippe aviaire, en 2005.

(2) Le massacre des oiseaux sauvages a d'ailleurs commencé : comme l'indique un article de 20 Minutes, des milliers de tourterelles sont actuellement sacrifiées sur l'autel du foie gras.

(3) Deux incendies ont eu lieu au moment où ces lignes sont écrites : 600 cochons et 300 chèvres sont morts brûlés ou asphyxiés, enfermés dans les bâtiments d’élevage.

Principales sources :

"Grippe aviaire : 1,5 million de volailles abattues en Europe", Le Monde, 11 janvier 2017.

"Grippe aviaire. Tout savoir sur l'abattage massif qui touche le Sud-Ouest", Ouest France, 6 janvier 2017.

"Grippe aviaire : la campagne d’abattage de centaines de milliers de canards a démarré", Le Monde, 4 janvier 2017.

"Grippe aviaire: près de 150 oiseaux abattus, les chasseurs pénalisés", Nord Littoral, 30 novembre 2016.


Bannière Afro-végane: recettes africaines et caribéennes

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"Auteur de nombreux ouvrages consacrés à la cuisine végétale, Bryant Terry est encore méconnu chez nous, bien que ses livres suscitent un véritable intérêt aux Etats-Unis". Spécialisées dans l'importation et la traduction de succès littéraires outre-Atlantique, les éditions L'Âge d'Homme nous font aujourd'hui le cadeau de publier cet excellent recueil de recettes culinaires.

Pour qui souhaite mettre un peu de soleil dans son assiette et faire voyager ses papilles en dansant dans sa cuisine, ce livre s'avèrera vite indispensable. Bouger en rythme est en option, mais sachez que pour dynamiser vos recettes vous pourrez jouer de la batterie “de cuisine” :-) , avec vos cuillères en bois, sur une sélection musicale “brillante” à la sauce Terry. Pour chaque page, Bryant vous suggère en effet un titre musical qui accompagnera la préparation de la recette.

Extraits choisis :

  • Votre sauce barbecue sera empreinte de magie sur la voix d’Isaac Hayes.
  • Vos chips de banane plantain seront dynamitées par Lil Wayne.
  • Vous concocterez une sauce pimentée au rythme de la trompette de Louis Armstrong.
  • Vous préparerez un sublime granola de patates douces, sur fond de Bobby Womack.

Au fil des chapitres, l’auteur nous propose ses recettes vegan pour la préparation de :

  • Sauces et mélanges d’épices
  • Gombo, ragoûts et tajines
  • Street food
  • Condiments, pickles et pâtes à tartiner
  • Gâteaux et biscuits
  • Boissons et cocktails
     

Bryant Terry n’hésite pas à le souligner : les recettes qu’il propose résultent de ses propres interprétations et inspirations des cuisines du monde entier ! Afro-Végane, c’est la promesse de recettes africaines et caribéennes préparées avec les produits du marché. C’est également 200 pages de plats délicieusement épicés, résolument inspirés de la culture afro-américaine !

 

 

En toute fin d’ouvrage, l’opportunité nous est donnée d’associer plusieurs recettes du livre pour composer des menus équilibrés selon la période de l’année. Une superbe occasion de faire ses courses  avec des produits de saison pour le plus grand plaisir de vos invités ou de votre famille.

S’offrir ce livre, c’est se faire plaisir trois fois : en le découvrant visuellement, grâce à ses photos et illustrations qui donnent l’eau à la bouche, en écoutant les quelque 200 titres musicaux suggérés pour chaque recette et, bien sûr, en se régalant à déguster les plats proposés.

Disponible sur la boutique de L214.
24 pages, illustrations couleur, éditions l'Âge d'Homme, octobre 2016.
22€ (sans les frais de port)