Bannière Musulmane et vegan : la quête de Sahar pour respecter toutes les vies

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On le sait bien : être vegan ne se limite pas à ce qu’on met ou pas dans son assiette. C’est aussi un mode de vie que l’on doit parfois conjuguer avec nos convictions religieuses. En cette période de l’Aïd, Sahar, 34 ans, vegan et musulmane, nous raconte comment elle concilie sa foi et son choix d’être vegan.

 

Sahar, peux-tu nous raconter ta prise de conscience envers les animaux ?

Je devais avoir 5-6 ans quand j'ai commencé à questionner notre rapport aux animaux. Je me rappelle nettement la scène. Ma mère lavait des escargots pour préparer le repas, et je lui ai posé la question : « est-ce que tu aimerais que quelqu'un vienne te secouer dans tous les sens, alors que tu es chez toi ? »

Cette question d’apparence naïve soulève une question d’éthique fondamentale : l’exploitation des animaux par l’homme. J'étais bien sûr dans l'incapacité de pousser la réflexion plus loin, et pendant des années, j’ai continué à manger des animaux.

Vers 16-17 ans, j’ai pris de plus en plus conscience de ce que contenait mon assiette : le morceau de viande avait pour prix la vie d'une créature qui aurait préféré vivre. J'ai donc arrêté de manger de la viande, puis du poisson. Et j'ai ensuite exclu de mon alimentation les laitages, les œufs et le miel. Je suis végane depuis 9 ans.

Le véganisme impacte-t-il tes relations amicales et familiales ? Est-il bien accepté ?

Il a fallu beaucoup de temps à mes parents pour accepter mon véganisme. Au sein de ma fratrie et de mes relations amicales, ça a toujours été accepté et respecté, avec des degrés d’appréhension différents quant aux tenants et aux aboutissants du véganisme : on fait l’amalgame entre choix alimentaire et philosophie de vie.

Ceci n’a rien d’étonnant vu que la majorité de la population marocaine n’est pas sensibilisée à la cause animale, au véganisme et encore moins à la sentience des animaux… Quand on est végane au Maroc, on est souvent pris pour un extraterrestre ! Et puis, il y a aussi une idée ancrée dans le conscient et l'inconscient collectifs marocains : la viande symbolise la richesse et la générosité.

Comment est-ce que tu allies ton véganisme et ta religion ?

Je suis de confession musulmane. La première chose qui vient en tête quand on dit être végane et musulman, c'est la fête du sacrifice, l’Aïd.

Il faut savoir que le Coran n'oblige pas les musulmans à égorger des moutons. Le sacrifice est une pratique « souhaitée » car elle a été encouragée par le prophète, à une époque où les nutriments étaient rares et où la pauvreté régnait. Une part de l'animal sacrifié doit obligatoirement être donnée en charité, le but étant de nourrir et d'aider les nécessiteux.

De nos jours, on peut aider les nécessiteux tout en aidant la planète (réduction des émissions de gaz liées à l'élevage) et en considérant le bien-être animal. On peut donner l'argent qui aurait pu servir à l'achat d'un animal à sacrifier à une personne dans le besoin, à une association caritative ou un projet comme Une maison pour l'Aïd, soutenu par la chanteuse Kreezy R. Je trouve que c’est une belle alternative au sacrifice animal !

Selon moi, l'islam prêche l'équité, la justice, la bienveillance et invite à atadabour : la réflexion. Le Coran responsabilise l'homme, pour qu’il prenne soin de son être et de toute forme de vie (humaine, animale, végétale), et condamne les actes injustes, notamment les actions menées pour le plaisir indépendamment des conséquences néfastes sur les autres formes de vie. La production de viande nécessite l’exploitation des animaux, dans des conditions de vie qui génèrent beaucoup de souffrances, et qui sont donc loin de respecter les recommandations de Dieu.

Aujourd'hui, la science prouve que l'on n'a pas besoin de consommer des produits animaux pour vivre : des alternatives existent. Tout être humain peut suivre une diète végétalienne équilibrée et en récolter les bienfaits !

L’islam pour moi est, avant tout, une quête de vie philosophique, visant à s’élever en conscience, à développer la « spiritualité » et la connexion au Divin dans le respect de soi, d’autrui, loin des jugements, ségrégations et discriminations. Il s'agit d'un chemin d'apprentissage continu tout en honorant la vie. Être végane est donc pour moi une façon naturelle de vivre ma spiritualité.

 


Un grand merci à Sahar pour ce témoignage et les belles actions qu’elle met en place pour conjuguer éthique et religion ! Elle a notamment collaboré avec Million Dollar Vegan pour organiser une distribution de repas véganes aux plus démunis dans 3 villes marocaines en mars dernier.