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La peste soit des mangeurs de viande

  • Article du Vendredi 6 avril 2018

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Le cadavre du capitaine Pierre Luchaire gît dans une mare de sang sur le sol de l’abattoir. Au même moment, partout en France, 3 millions d’animaux attendent, terrifiés, leur mort prochaine. À qui profite le crime ?

Avec La Peste soit des mangeurs de viande, Frédéric Paulin signe un polar sans concession et transporte ses lecteurs dans l’enfer des abattoirs, une lecture parfaite à l’heure du festival du roman policier Quais du polar !

 

Ceux qui égorgent et mangent

Le capitaine Pierre Luchaire n’était certes pas un enfant de chœur, et dans le milieu, ils étaient nombreux à souhaiter sa mort… Mais qui a pu l’abattre de cette façon ? Les mains liées derrière le dos, le policier a été égorgé, comme un animal de boucherie. D’ailleurs, les ouvriers d’abattoir trouvent près du corps un post-it moucheté de sang sur lequel le meurtrier a écrit : « Peuvent-ils souffrir ? ». Le meurtre est signé, tout laisse à penser que le coupable est un défenseur des droits des animaux.

Étienne Barzac de l’IGPN et le lieutenant Salima Belloumi mènent l’enquête, une enquête qui entraînera le lecteur à la découverte de bien des acteurs de la production de viande. Les premiers indices les mettent sur la piste d’un groupe de militants antispécistes, qui infiltrent élevages industriels et abattoirs. Leur leader, Dam, fait figure de suspect idéal, mais il est assassiné à son tour d’une balle dans la tête.

Qui est l’auteur de ces crimes sanglants ? D’autres militants, jaloux d’un meneur envahissant ? L’un des ouvriers d’abattoir, qu’ils ont croisé dans leur combat ? Ou pourquoi pas les industriels de la viande, qui auraient tout intérêt à éliminer leurs opposants ?

 

Ceux qui défendent et dénoncent

Sous ses allures de polar, La Peste soit des mangeurs de viande est aussi un roman engagé, dans lequel la mort des animaux est considérée, à l’instar du meurtre de Pierre Luchaire, comme un crime politique. Chaque chapitre évoque le point de vue d’un personnage différent, qui pour une raison ou pour une autre pousse un jour les portes de l’abattoir. Certains ont tout intérêt à le voir tourner à plein régime, d’autres au contraire, marqués par ce qu’ils y verront, cesseront de manger de la viande.

Si Frédéric Paulin prend clairement le parti des animaux, il aborde aussi d’autres problématiques à travers les récits de ses personnages. En faisant le portrait de Salima, l’auteur décrit les violences conjugales dont la jeune femme est victime. Les parcours de Damien et de Gwenaëlle lui permettent de rappeler les récents mouvements pour les droits sociaux dans le sud de l’Europe. Et en racontant l’histoire d’Erwon Le Scraigne, employé d’un abattoir porcin depuis vingt ans, Frédéric Paulin dit toute la précarité et la dangerosité du métier d’ouvrier d’abattoir, et la noirceur qui envahit parfois ceux qu’on paye pour tuer.

 

Écouter l’entretien de Frédéric Paulin sur France Culture

 

Frédéric Paulin, La Peste soit des mangeurs de viande, La Manufacture de livres, 2017.