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Manger (vegan) pour gagner

  • Article du Mardi 25 août 2015

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Scott Jurek est une légende vivante de l’ultra-running. Son secret pour gagner ces courses à pied dont la longueur est toujours supérieure aux marathons et qui peuvent se dérouler sur plusieurs jours, voire des semaines entières ? Un entraînement acharné, un esprit de compétition sans faille, un mental d’acier et une alimentation végane. À travers son livre Eat & run, enfin disponible en français, Scott se raconte. Retour sur le parcours incroyable d’un homme que rien ne destinait à devenir une icône de l’ultra-running, et encore moins un végétalien convaincu.

Né dans une famille pauvre du Minnesota, Scott a passé son enfance sous la coupe d’un père très autoritaire. Son quotidien familial consistait à entretenir le potager familial, couper du bois, s’occuper de son frère et de sa sœur et aider aux travaux ménagers. De constitution fluette et timide, il subit les railleries des autres élèves. À dix ans, il parcourt la forêt en solitaire, à pêcher et à chasser avec la carabine que son père lui a offerte.
Impuissant, il assiste à la paralysie progressive de sa mère atteinte de sclérose en plaque. À douze ans, il fait de l’hypertension, mais il parvient à faire baisser sa tension par sa seule concentration, échappant ainsi à un traitement médical.
Adolescent, Il assiste le kiné de sa mère, et finira d’ailleurs par devenir lui-même kinésithérapeute. Il adore les hamburgers et se consacre au ski de fond, ne courant que pour entretenir sa forme hors de la saison de ski. C’est dans son équipe de ski qu’il rencontre Dusty Olson. Ce provocateur à la coupe punk, qui est aussi le meilleur athlète de l’État et un véritable bad boy, va devenir son meilleur ami et changer sa vie.

« Si tu veux gagner, va t’entraîner et,
quand t’en peux plus,
rajoutes-en une louche ! »

Dusty

Scott Jurek pendant la course BadwaterScott comprend que, même en s’entraînant dur, il n’excellera jamais en ski (Dusty, par exemple, est nettement meilleur que lui). Il court de plus en plus, notamment pour être avec Dusty dont l’anticonformisme provocateur le fascine, lui si sage, et ensemble ils effectuent des sorties de plus en plus longues. C’est Dusty qui le pousse à effectuer son premier ultra, une course de 80 km en 1994, où Scott se classe 2e et Dusty 3e.
Scott s’entraîne sans relâche, s’acharne sous la pluie, la neige, la canicule, gravit des montagnes, rien ne l’arrête. Mais il termine son second ultra de 80 km de nouveau 2e et s’interroge : comment gagner ? Des rencontres – dont celle de sa première femme Leah, qui est végétarienne - et des lectures le persuadent que le secret réside dans l’alimentation. Il diminue alors sa consommation de viande, augmente celle de légumes, et gagne enfin cette fichue course.

« Je ne pouvais pas donner plus
mais j’avais appris quelque chose de très important :

je pouvais manger plus intelligemment »

Scott en train de cuisiner.C’est ainsi qu’il devient végétarien, puis végétalien en 1999.
Scott apprend aussi à courir plus intelligemment et à améliorer sa technique au lieu d’allonger indéfiniment les séances. Il se lance à l’assaut des dénivelés et s’inspire du bushido, le code moral des samouraïs, et des moines bouddhistes japonais Tendaï, dont le courage et la ténacité l’inspirent.

Et il se met à gagner. Il remporte ainsi – entre autres courses – sept fois consécutivement la Western States Endurance Run (161 km à travers la Sierra Nevada de Californie), deux fois le Badwater Ultramarathon (217 km et 4000 m de dénivelé positif cumulé, le tout dans la vallée de la mort en Californie où les températures dépassent les 50°C à l'ombre et les 70°c au soleil, et pendant lequel il se plonge dans un bac rempli d’eau glacée), trois fois la Miwok 100K (un trail de 100 km en Californie), trois fois de suite le Spartathlon (245 km reliant Athènes à Sparte), et la Hardrock 100 (161 km dans le Colorado). Il gagne aussi contre les Tarahumaras, ces Amérindiens qui sont de véritables coureurs-nés.

 

« Grâce à mon régime végétalien,
je suis en meilleure forme,
je cours plus vite et plus longtemps »

Portrait de Scott JurekIl gagne une fois avec un orteil cassé, et deux autres fois avec une entorse à la cheville qui, théoriquement, aurait dû l’empêcher ne fut-ce que de marcher. Bouquet final : le 12 juillet 2015, à 41 ans, le voilà devenu l’homme le plus rapide à parcourir, de bout en bout, le Sentier des Appalaches avec 3 522 kilomètres de montagne et 157 km de dénivelé.

D’une certaine façon, Scott reste discret sur son alimentation, par exemple il en parle peu autour de lui. Mais il est l’exemple vivant qu’une alimentation végétalienne bien menée convient même aux athlètes de haut niveau, et il a aussi rédigé un livre consacré au sujet. Dans Eat & run, il fait ainsi constamment le lien entre ses performances et son alimentation végétalienne, sur laquelle il ne tarit pas d’éloges, que ce soit au niveau de l’apport nutritionnel, mais aussi du plaisir gustatif et de la variété. D’ailleurs, il partage une dizaine de ses recettes cultes dans son livre, comme « quino-woaw ! » un délicieux porridge à base de quinoa, « quacamole Holy Moly », « barres chocolatées aux haricots azukis » ou encore ses légendaires « pancakes huit céréales aux fraises ».

 Scott Jurek s'entraîne avec son chien TontoScott Jurek dans son coffre d'eau glacé, pendant la BadwaterScott Jurek à l'entraînement dans le Colorado.
Scott Jurek à l'entraînement avec son chien Tonto, dans l'eau glacée pendant la Badwater,
en plein effort au Colorado.

 

Scott Jurek, Eat & run (Manger pour gagner), Chamonix, éditions Guérin.
317 pages, 25€.