Bannière Musulmane et vegan : la quête de Sahar pour respecter toutes les vies

partager cet article du blog de L214

On le sait bien : être vegan ne se limite pas à ce qu’on met ou pas dans son assiette. C’est aussi un mode de vie que l’on doit parfois conjuguer avec nos convictions religieuses. En cette période de l’Aïd, Sahar, 34 ans, vegan et musulmane, nous raconte comment elle concilie sa foi et son choix d’être vegan.

 

Sahar, peux-tu nous raconter ta prise de conscience envers les animaux ?

Je devais avoir 5-6 ans quand j'ai commencé à questionner notre rapport aux animaux. Je me rappelle nettement la scène. Ma mère lavait des escargots pour préparer le repas, et je lui ai posé la question : « est-ce que tu aimerais que quelqu'un vienne te secouer dans tous les sens, alors que tu es chez toi ? »

Cette question d’apparence naïve soulève une question d’éthique fondamentale : l’exploitation des animaux par l’homme. J'étais bien sûr dans l'incapacité de pousser la réflexion plus loin, et pendant des années, j’ai continué à manger des animaux.

Vers 16-17 ans, j’ai pris de plus en plus conscience de ce que contenait mon assiette : le morceau de viande avait pour prix la vie d'une créature qui aurait préféré vivre. J'ai donc arrêté de manger de la viande, puis du poisson. Et j'ai ensuite exclu de mon alimentation les laitages, les œufs et le miel. Je suis végane depuis 9 ans.

Le véganisme impacte-t-il tes relations amicales et familiales ? Est-il bien accepté ?

Il a fallu beaucoup de temps à mes parents pour accepter mon véganisme. Au sein de ma fratrie et de mes relations amicales, ça a toujours été accepté et respecté, avec des degrés d’appréhension différents quant aux tenants et aux aboutissants du véganisme : on fait l’amalgame entre choix alimentaire et philosophie de vie.

Ceci n’a rien d’étonnant vu que la majorité de la population marocaine n’est pas sensibilisée à la cause animale, au véganisme et encore moins à la sentience des animaux… Quand on est végane au Maroc, on est souvent pris pour un extraterrestre ! Et puis, il y a aussi une idée ancrée dans le conscient et l'inconscient collectifs marocains : la viande symbolise la richesse et la générosité.

Comment est-ce que tu allies ton véganisme et ta religion ?

Je suis de confession musulmane. La première chose qui vient en tête quand on dit être végane et musulman, c'est la fête du sacrifice, l’Aïd.

Il faut savoir que le Coran n'oblige pas les musulmans à égorger des moutons. Le sacrifice est une pratique « souhaitée » car elle a été encouragée par le prophète, à une époque où les nutriments étaient rares et où la pauvreté régnait. Une part de l'animal sacrifié doit obligatoirement être donnée en charité, le but étant de nourrir et d'aider les nécessiteux.

De nos jours, on peut aider les nécessiteux tout en aidant la planète (réduction des émissions de gaz liées à l'élevage) et en considérant le bien-être animal. On peut donner l'argent qui aurait pu servir à l'achat d'un animal à sacrifier à une personne dans le besoin, à une association caritative ou un projet comme Une maison pour l'Aïd, soutenu par la chanteuse Kreezy R. Je trouve que c’est une belle alternative au sacrifice animal !

Selon moi, l'islam prêche l'équité, la justice, la bienveillance et invite à atadabour : la réflexion. Le Coran responsabilise l'homme, pour qu’il prenne soin de son être et de toute forme de vie (humaine, animale, végétale), et condamne les actes injustes, notamment les actions menées pour le plaisir indépendamment des conséquences néfastes sur les autres formes de vie. La production de viande nécessite l’exploitation des animaux, dans des conditions de vie qui génèrent beaucoup de souffrances, et qui sont donc loin de respecter les recommandations de Dieu.

Aujourd'hui, la science prouve que l'on n'a pas besoin de consommer des produits animaux pour vivre : des alternatives existent. Tout être humain peut suivre une diète végétalienne équilibrée et en récolter les bienfaits !

L’islam pour moi est, avant tout, une quête de vie philosophique, visant à s’élever en conscience, à développer la « spiritualité » et la connexion au Divin dans le respect de soi, d’autrui, loin des jugements, ségrégations et discriminations. Il s'agit d'un chemin d'apprentissage continu tout en honorant la vie. Être végane est donc pour moi une façon naturelle de vivre ma spiritualité.

 


Un grand merci à Sahar pour ce témoignage et les belles actions qu’elle met en place pour conjuguer éthique et religion ! Elle a notamment collaboré avec Million Dollar Vegan pour organiser une distribution de repas véganes aux plus démunis dans 3 villes marocaines en mars dernier.

 


Bannière Glaces végétales : les alternatives en magasin !

partager cet article du blog de L214

L’été est là, le meilleur moment de l’année pour profiter des glaces ! Bonne nouvelle pour les fondus de crème glacée : on en trouve maintenant des vegan à tous les coins de rue et rayons de supermarchés !

On ne peut pas vous dire laquelle est la meilleure, mais on vous dévoile ici tous nos bons plans : à vos petites cuillères !

 

1. Ben and Jerry’s

Parce que les vegan aussi veulent manger des pots de crème glacée devant la télé, Ben & Jerry’s propose 3 parfums de glaces sans produits laitiers, pour tous les gourmands !

A-t-on encore besoin de présenter la fameuse Cookie Dough ? Une glace caramel à base de purée d’amande avec une sauce cookie-caramel et des morceaux de pâte à cookie et de chocolat, comment y résister ? Elle est complètement décadente ! Si vous êtes 100 % chocolat, allez voir du côté de la Chocolate Fudge Brownie, la crème est aussi fondante que les bouts de brownie qu’elle contient ! Pour les plus aventuriers, il y a aussi la délicieuse Coconutterly Caramel’d : glace noix de coco avec sauce caramel et pâte à cookie, que demander de plus ?

On les trouve dans la plupart des supermarchés – quand ils n’ont pas déjà été dévalisés !

 

2. Magnum 

Que les fans se réjouissent, le traditionnel Magnum existe en version 100 % végétale !

Deux parfums sont à déguster : éclats d’amandes, et caramel salé, avec enrobage croquant au chocolat pour les deux ! Vous les avez déjà testés ? On adore, c’est régressif !

Ils sont généralement disponibles dans les enseignes Auchan et Carrefour et parfois à Monoprix et Leclerc, ouvrez l'œil !

 

3. « Les végétales » de Picard 

L’enseigne de surgelés Picard propose cinq parfums de crème glacée sans produits laitiers : lait d’amande sauce caramel à la fleur de sel et éclats d’amande, lait de coco sauce au chocolat noir et éclats de chocolat noir, chocolat au lait d’amande, chocolat au lait de coco, vanille sauce au caramel et amandes caramélisées.

Et ce n’est pas tout, des bâtonnets café, fraise-banane et coco-mangue-passion sont également disponibles !

D’autres glaces ou desserts glacés sont à retrouver dans l’enseigne : des cônes citron-framboise ou mangue-passion-coco, des mochis, des pommes vertes ou des noix de coco givrées, divers sorbets, une pyramide de sorbets, ou encore des bâtonnets aux fruits. Pas de quoi s’ennuyer n’est-ce pas ?

 

4. RØAR

Une petite nouvelle dans le game des gourmandises glacées : RØAR et sa gamme de 3 parfums qui donnent envie de rugir de plaisir !

Au menu : la Coconut Mango Passion Fruit Oat Cookie (glace coco, sauce mangue-passion avec des bouts de cookies), la Hemp Seed Chocolate Brownie (glace onctueuse au chocolat avec des bouts de brownie et des graines de chanvre), et notre préférée, la Hazelnut Chocolate Cookie (glace noisette, éclats de noisettes caramélisés et morceaux de cookies au chocolat).

À retrouver d’urgence chez Casino, Carrefour, Intermarché et Leclerc !

 

5. Halo Top

Halo Top nous régale cette année avec 2 nouveaux parfums en pot : beurre de cacahuètes, et noix de coco grillée. Leur particularité ? Elles sont pauvres en sucre. On ne les a pas encore goûtées mais ça ne saurait tarder ! Avec un peu de chance, vous trouverez peut-être encore les saveurs précédentes (testées et approuvées) : Caramel Chocolat Pretzel et beurre de cacahuètes-chocolat.

Prêts à craquer ? Retrouvez la gamme végétale Halo Top dans les supermarchés Monoprix !

 

6. LAPP.

L’offre de l’entreprise française LAPP. est entièrement biologique et végétale, avec une liste d’ingrédients courte. Elle se décline en 2 gammes : Popdream et Poptail.
Les Popdream sont au nombre de 3, et ces pots gourmands semblent bien porter leur nom ! La Starciatella ravira les amoureux du grand classique italien, la Cappucino saura trouver son public auprès des fans de cafés frappés, et la Chocolat-noisette séduira les papilles des amateurs de pâte à tartiner dégustée à la petite cuillère.

Les Poptails sont des cocktails revisités version glacée ! Avec ou sans alcool, il y en aura pour tout le monde : Spritz, Mojito fraise, Limon colada, Punch tropical, Green, Passion, Berry.

Ces gourmandises et apéritifs rafraîchissants sont disponibles dans les Monoprix (et en ligne).

 

7. Mes Petites Folies

Sous leurs allures délurées, les Petites Folies sont en réalité très sages puisque ce sont des glaces non seulement vegan, mais aussi diététiques, formulées à base de lait d’amande.

Fraise, mangue, caramel-sauce chocolat, citron, pêche des vignes, noisette-éclats de noisettes caramélisées, vanille-biscuit ou vanille aux noix de pécan, les Petites Folies vous feront tourner la tête ! Nouveauté gourmande en 2021 : une glace au beurre de cacahuètes en partenariat avec Nu3. Son petit plus ? Les éclats de cacahuètes caramélisés crunchy à souhait !

On les trouve facilement dans les supermarchés Franprix : mangez-les toutes !

 

8. « Les créatives » d’Extrême

Ces cônes sont faciles à trouver dans la quasi-totalité des enseignes de supermarché (et Picard) ! Alors oui, ce sont des sorbets… Mais les parfums sont très sympas : Pink Tropic (fraise-grenade), Yellow Jungle (citron-ananas), et Exotic Mango (mangue-passion). Et dans toutes, une petite touche gourmande qui saura vous faire chavirer : le bout du cornet chocolaté !

 

9. Alpro

Bien connue pour ses laits et yaourts végétaux, la marque Alpro propose également des glaces ! Pour goûter ces spécialités glacées à base de lait de soja, rendez-vous dans votre magasin Carrefour ! Vanille, amande-caramel-salé et chocolat-noisette, ça donne envie, non ?

 

10. Petit Grain

Nouvelle marque française qui fait son entrée dans le monde des crèmes glacées ! Chez Petit Grain, tout est végétal, bio et à base de crème de riz de Camargue. Les recettes sont simples mais efficaces et se déclinent en 5 parfums : caramel, vanille, chocolat, fraise et mangue.

Ces pots gourmands se trouvent dans les Monoprix.

 

11. MiiRO

MiiRO, ce sont des petits bâtonnets ultra gourmands enrobés de chocolat croquant, pour les p’tits chanceux qui vivent près d’un Franprix ! Caramel salé, chocolat noisette, beurre de cacahuètes : quelle est votre saveur préférée ? Nous on fond pour la version caramel salé ! Les glaces MiiRO sont confectionnées sans sucre raffiné.

 

12. Et en magasins bio ?

Les plus curieux et les plus gourmands d’entre nous feront toutes sortes de découvertes glacées en parcourant les linéaires de leurs supermarchés bio !

Sojami propose ses spécialités à base de soja lactofermenté : mangue, citron, fraise, chocolat ou vanille. Et si on goûtait aussi les glaces au lait de riz ? La marque Naturattiva en propose au chocolat, à la vanille, mais aussi sous la forme de mini-bâtonnets croquants, qui en feront craquer plus d’un !

Mo’Rice nous régale également avec ses glaces onctueuses à la crème de riz : vanille, chocolat, mangue, coco et pistache. Chez Abbot Kinney’s, vous trouverez des bâtonnets, ainsi que des crèmes glacées en pot, sur une base de yaourt de coco. Certaines boutiques bio proposent les glaces Terre Adélice, et notamment leur délicieux parfum vanille vegan !

 

13. Oui, mais encore ?

Nous sommes de plus en plus nombreux à opter pour les alternatives végétales… et le marché des glaces vegan est en train d’exploser !

Des mochis glacés Little Moons fruits de la passion-mangue ou chocolat se trouvent chez Carrefour, Franprix et Casino, tandis que Lidl reçoit de temps en temps des références vegan Véromondo (pots gourmands) et Gelatelli (bâtonnets).

De nombreux sites internet proposent des livraisons, à l’instar de Thiriet, qui compte 3 parfums vegan en pot (pistache, noisette et chocolat), Vegetal Square (marques Valsoia, La Végisserie…) ou encore Sÿba et ses propositions de glaces artisanales originales.

Il est désormais plutôt facile de déguster des glaces lorsque l’on est de sortie, notamment grâce à la centaine de boutiques Amorino qui proposent des parfums labellisés vegan à travers la France. Et c’est le cas également de bon nombre de glaciers artisanaux, comme Impronta à Paris et Grenoble, Terre Adélice à Lyon et Grenoble, La Maison du Glacier ou Jolly à Bordeaux. Même dans les plus petites villes, n’hésitez pas à demander ! Certains artisans sont référencés sur VegOresto.fr, c’est particulièrement pratique lorsqu’on est en vacances.

Dans les mois et les années qui viennent, ouvrons l’œil pour ne pas rater les prochaines glaces 100 % végétales, gageons qu’elles seront nombreuses !


Bannière Le Mépris des « bêtes »

Le Mépris des « bêtes »

  • Article du Lundi 14 juin 2021

partager cet article du blog de L214

« Manger comme un cochon », « être laid comme un pou », « avoir une cervelle de moineau », etc. Qui n’a pas un jour employé une expression dévalorisant les animaux non humains ? Difficile (mais pas impossible !) de faire autrement tant notre langage ne cesse de les discriminer, comme l’explique Marie-Claude Marsolier dans Le Mépris des « bêtes », un lexique de la ségrégation animale.

Dans ce petit ouvrage passionnant et très accessible, cette chercheuse en biologie et en linguistique montre en effet que notre langage ne cesse d’exprimer de la haine et du mépris envers les autres animaux et masque les souffrances qu’ils subissent, traduisant et reconduisant alors la domination que nous exerçons sur eux. De nombreux exemples, issus des dictionnaires de référence ou des expressions courantes, viennent appuyer son propos.

C’est donc un livre captivant dont l’originalité est d’aborder la cause animale par le biais du langage et de montrer toute l’importance qu’il y a à faire évoluer celui-ci si nous voulons parvenir à changer notre rapport aux autres animaux.

« Toute révolution devrait s’accompagner d’une réforme du dictionnaire1 »

Le premier constat de l’autrice porte sur le mot « animal », dont l’emploi vise en général à marquer une opposition forte entre notre espèce et les autres et met dans un ensemble confus toute une diversité d’êtres aux caractéristiques variées, définis principalement par ce qu’ils n’ont soi-disant pas : une raison, un langage ou encore une individualité. « Comment se faire une image mentale claire d’un ensemble mêlant des fourmis, des oiseaux, des escargots, mais excluant les humains ? »

De plus, remarque l’essayiste, notre usage ordinaire de la langue dévalorise constamment les autres animaux, en réservant aux humains certains termes comme « personne » ou « visage », niant par là qu’ils puissent avoir une vie mentale et émotionnelle (ce qui est pourtant aujourd’hui prouvé scientifiquement) ou encore une dignité.

Ceci est également frappant quand on observe les expressions comprenant un animal : en effet, certaines portent avec elles l’idée que les « bêtes » sont malfaisantes (être « une peau de vache » ou « un chacal »), sans valeur (« être lourd comme un âne mort »), ou encore idiotes (être un « pigeon », une « bécasse », etc.). Or, « les autres animaux ne sont pas plus stupides, sales, obscènes ou malfaisants que nous ».

Les mots peuvent aussi travestir des pratiques violentes à leur égard, surtout quand ils sont employés par la filière de la viande, de la chasse ou de la pêche : une vache ou un cochon sont « abattus » au même titre qu’un arbre, des truites ou des sangliers sont « prélevés » ou « capturés » alors qu’un humain est « tué » ou « assassiné ». Et que penser du Cifog qui, pour désigner le gavage des canards et des oies pour la production de foie gras, préfère employer l’expression « alimentation assistée2 » ?

Changer les mots pour changer les choses

Comme le rappelle à juste titre Marie-Claude Marsolier, le langage n’est pas seulement un moyen de communication, il contribue aussi à façonner notre perception de la réalité. Or, notre lexique, et l’usage que nous en faisons, nous amènent à considérer les autres animaux comme des êtres inférieurs, ce qui contribue à légitimer et entretenir la domination que nous exerçons sur eux.

Cette violence symbolique est d’autant plus forte qu’elle est souvent implicite. Des métaphores communes comme « chien battu » ou « vache à lait », par exemple, invisibilisent et banalisent en réalité des situations d’oppression, en donnant l’impression qu’il est normal qu’un chien puisse être battu ou une vache exploitée pour son lait.

L’autrice du Mépris des « bêtes » nous invite donc à interroger la manière dont nous nous exprimons, à lutter contre l’emploi des expressions qui discriminent les animaux non humains, et même à revaloriser ceux-ci dans nos échanges afin de changer le regard que nous leur portons, et la manière dont nous les traitons.

Alors, stop aux « yeux de merlan frit », aux « bête à manger du foin », ou encore aux « poule mouillée ». Ne nous laissons plus illusionner par les mesures qui améliorent le « bien-être » des animaux d’élevage quand celles-ci ne font que réduire leurs souffrances. Et n'hésitons plus à parler de l’intelligence des saumons, des sentiments des chèvres et du visage des moutons3 !

 

Le Mépris des « bêtes », un lexique de la ségrégation animale, Marie-Claude Marsolier, PUF, 2020.

 

 


1. Marina Yaguello dans son essai Les Mots et les Femmes, faisant référence à un propos de Victor Hugo .
2. Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras.
3.  Si vous souhaitez en apprendre plus sur le comportement des animaux, consultez notre page Éthologie.

 


Bannière À la française, la tradition façon vegan

partager cet article du blog de L214

Ah, la gastronomie française… Souvent associée à un art de vivre « à la française », sa renommée est sans frontières. Mais elle fait très souvent la part belle aux produits d'origine animale. Faudrait-il donc renoncer à cette tradition culinaire quand on décide d’adopter une alimentation végétalienne ? Pas si vite !

Dans À la française, Sébastien Kardinal revisite avec brio plus de 40 recettes de terroir, conservant la gourmandise propre à cette cuisine tout en remplaçant viande, poisson, œufs et produits laitiers par des ingrédients d’origine végétale. Manger vegan, ce n’est pas se priver de certains plats, c'est les faire évoluer !

Amateurs et amatrices de cuisine française, ce livre va à coup sûr vous bluffer. Les recettes phares de la gastronomie nationale sont présentes : pot-au-feu, andouillettes sauce moutarde et blanquette à l’ancienne sont de la partie, sans oublier le célèbre hachis parmentier ou les incontournables tomates farcies.

Avec ce livre, la cuisine végétalienne devient aussi l’occasion d’un voyage culinaire à travers les différentes régions françaises : quiche lorraine, salade niçoise et même fondue savoyarde, tous ces plats locaux existent en version végétalienne !

 

 

Cet ouvrage sera peut-être pour vous l’occasion de découvrir certaines recettes, ou de redonner une chance à d’autres, tout aussi alléchantes et surtout plus éthiques quand elles épargnent les animaux (une petite pensée pour les « escargots » de pleurotes maître d’hôtel). Les très belles photos des plats, signées Laura VeganPower, devraient en tout cas vous ouvrir l’appétit.

Une bonne dose d’inventivité et un peu d’audace pour venir bousculer quelques traditions : voilà les ingrédients d’À la française, un ouvrage qui fait de la gastronomie française une gastronomie respectueuse des animaux.

À la française, Sébastien Kardinal, La Plage, 2020.

 

 

Pour en apprendre plus sur l’alimentation végétale, et faire le plein d'idées recettes, rendez-vous sur vegan-pratique.fr

 


Bannière Cuisine vegan petit budget

partager cet article du blog de L214

Vous croyez que manger végétal n’est pas à la portée de tous les porte-monnaie ? Détrompez-vous ! Tordant le cou à cette idée reçue, l’autrice culinaire à succès Marie Laforêt propose dans Cuisine vegan petit budget 90 recettes faciles à préparer, composées d’ingrédients disponibles en grande surface, et surtout peu onéreuses. Le tout sans sacrifier le plaisir de passer à table ! 

Comment manger éthique sans se ruiner

Pour réaliser les recettes de cet ouvrage, pas la peine d’arpenter ni de fouiller minutieusement les magasins bio ou vegan : tous les ingrédients peuvent être trouvés en supermarché.

Pour commencer, les ingrédients de base du placard idéal de Marie Laforêt sont déjà dans la plupart des cuisines : pâtes, riz, lentilles, huile d’olive, etc. Pour faire quelques économies, l’autrice explique aussi comment faire soi-même quelques recettes élémentaires comme la pâte brisée ou la mayonnaise végétale. 

Bien entendu, le credo « petit budget » s’applique à toutes les recettes du livre. La composition d’une délicieuse assiette de penne à la courge en est une bonne illustration : courge et penne (évidemment), crème végétale, ail, citron et c’est tout ! Rien de complexe, rien qu’on ne trouve à petit prix. 

 

Brouillade de haricots blancs au curry, recette de Cuisine vegan petit budget

Une cuisine variée et gourmande

Toutes les recettes du livre sont abordables et sont en plus nombreuses. L’ensemble des étapes du repas y figurent, de l’entrée au dessert, sans oublier le petit déjeuner. Un chapitre, où l’on peut trouver des recettes d’onion rings, de focaccia aux courgettes ou d'empanadas, est également dédié à l’apéritif.

On vous l’assure : la tentation de se mettre aux fourneaux est grande quand on tourne les pages de cet ouvrage et que l’on voit défiler toutes ces recettes, illustrées par des photos qui mettent l’eau à la bouche. Ces dernières donneraient presque envie de plonger une grande cuillère dans le parmentier aux lentilles et aux champignons ou dans le plat de clafoutis à la griotte !

Cuisine vegan petit budget montre donc qu’une alimentation respectueuse des animaux est tout à fait compatible avec une alimentation gourmande et peu coûteuse. Une belle réussite ! 

 

Cuisine vegan petit budget, Marie Laforêt, éditions Solar, 2020.

 

 

Pour en apprendre plus sur l’alimentation végétale, et faire le plein d'idées recettes, rendez-vous sur vegan-pratique.fr


Bannière Une proposition de loi qui manque d'ambition

partager cet article du blog de L214

La proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale a été examinée aujourd’hui en commission des affaires économiques. Sans grande surprise, les députés de la majorité ne se sont pas risqués à être ambitieux : en limitant essentiellement le texte aux annonces formulées en septembre par la ministre Barbara Pompili, ils avaient écarté la chasse et l’élevage du débat.

Si les mesures du texte vont – lentement – dans le bon sens, elles occultent néanmoins les conditions d'élevage des animaux : la loi protégera davantage les animaux de compagnie et les animaux sauvages captifs mais continuera de faire peu de cas des souffrances de centaines de millions d’animaux dans les élevages intensifs. Épiler vivant un lapin angora chez soi est passible de sanctions mais des entreprises peuvent le faire de façon routinière… Les lois contre la maltraitance des animaux sont à géométrie variable et la majorité parlementaire ne semble pas vouloir y remédier.

Image du tweet "Aucune avancée sur la chasse à courre"

Sur la chasse, même refrain : tous les amendements ont été écartés au motif d’irrecevabilité avant même d’avoir pu être discutés. Rien sur la chasse à courre, rien sur la chasse des oiseaux à la glu, encore moins sur le déterrage des blaireaux ou des renards dans leurs terriers. Tristement décevant pour un texte dont le titre est « la lutte contre la maltraitance animale ».

Une interdiction des élevages de visons encore trop lointaine

Alors que l’accumulation d’indices sur les liens entre élevages de visons et pandémie exige des actes forts, les députés ont aussi manqué de courage sur ce sujet pourtant consensuel : pendant que nos voisins européens interdisent les uns après les autres les élevages de visons en raison des risques sanitaires, la proposition de loi ne prévoit leur interdiction que dans 2 ans.

Même si l’on peut souligner un progrès, ce délai demeure une aberration éthique, sanitaire et écologique. Alors que 91 % des Français s’opposent au commerce de la fourrure (sondage IFOP 2020) et qu’il ne reste plus que trois élevages de visons sur notre territoire, leur interdiction doit être effective le plus rapidement possible : nous pourrons ainsi éviter de nous retrouver dans la même situation d’urgence que nos voisins, avec pour conséquence une crise sanitaire aggravée. La proposition d’une interdiction immédiate de ces élevages, formulée par le rapporteur Loïc Dombreval et soutenue par David Corceiro, Cédric Villani, Bastien Lachaud et nombre de leurs collègues, aurait dû être adoptée.

Tout aussi aberrant, ce texte n’interdit pas les nouvelles créations d’élevages, pour leur fourrure, d’animaux non domestiques. Afin d'éviter que les visons ne soient « remplacés » dans les cages par des chiens viverrins ou des renards, les députés doivent prendre leurs responsabilités et empêcher la création de nouvelles bombes sanitaires.

Agissons sur les causes, pas seulement sur les conséquences

La communauté scientifique est unanime sur la question : 75 % des maladies humaines émergentes sont d’origine animale. Les conditions intensives d’élevage des animaux ainsi que la déforestation, elles-mêmes fortement liées à une importante production et consommation de viande, sont aujourd’hui deux causes parfaitement identifiées de l’émergence de potentielles nouvelles pandémies.

La crise sanitaire nous oblige à agir sur l'élevage intensif. Malgré les efforts de communication de la majorité parlementaire, cette loi est, pour l'instant, une nouvelle occasion manquée pour entrer dans le monde d’après.

L214 demande aux députés de se montrer plus ambitieux pour les animaux en séance plénière, en votant notamment l’interdiction immédiate des élevages de visons. Au-delà de l’examen de cette loi, L214 demande à la représentation nationale de répondre à l’urgence éthique, sanitaire et écologique en engageant la sortie de l’élevage intensif.


Bannière La Vie émotionnelle des animaux de la ferme

La Vie émotionnelle des animaux de la ferme

  • Article du Mardi 12 janvier 2021

partager cet article du blog de L214

Un cochon mélomane, une vache anxieuse ou encore un coq amoureux… Les animaux de la ferme, comme tous les autres animaux, ont une vie émotionnelle riche et complexe. La Vie émotionnelle des animaux de la ferme de Jeffrey M. Masson, spécialiste des comportements animaliers, ne laisse aucun doute à ce sujet.

Loin d’être des animaux-machines, les animaux peuvent ressentir la joie et la tristesse, se lier d’amitié avec des membres d’autres espèces ou de la leur, et même faire preuve de compassion et d’altruisme.

Tantôt drôle, tantôt émouvante, cette lecture très accessible est enrichissante à chaque page et nous incite à transformer notre vision des animaux de la ferme et les rapports que nous entretenons avec eux.

La générosité émotionnelle des animaux

Très complet, le livre s’appuie sur un ensemble d’observations de l’auteur, des témoignages et des études d’éthologie. Au fil des chapitres, on découvre avec émerveillement la vie psychique et la sensibilité des cochons, poules, vaches, moutons et canards.

On apprend, entre autres, que les animaux de la ferme ne sont pas avares en matière d’affection et de dévouement, y compris envers les individus d’une autre espèce que la leur. Par exemple, Rammo, un bélier solitaire, s’est pris de tendresse pour Whisper, une vache aveugle, qu’il guidait pour éviter qu’elle se cogne aux poteaux ou aux clôtures. Très courageux, le cochon Pru a, lui, sauvé sa maîtresse en la sortant d’une tourbière dans laquelle elle était enlisée jusqu’à la taille !

Chez certaines espèces, cette vie émotionnelle se développe très tôt. En effet, J. M. Masson explique que « avant même d’éclore, le poussin est capable d’émettre des sons pour exprimer la détresse ou le plaisir, auxquels sa mère poule répondra. »

Malheureusement, pour la quasi-totalité des animaux d’élevage, les émotions ressenties au cours de leur vie relèvent bien plus de la souffrance que du plaisir.

De la connaissance à l’empathie

En dévoilant les joies et les peines que peuvent ressentir ces animaux, cette lecture ne rend que plus insupportables les traitements qu’ils subissent pour servir de produits de consommation et les sentiments de détresse ressentis dans les élevages et les abattoirs.

J. M. Masson souhaite développer l’empathie du lecteur en montrant à quel point les animaux de la ferme sont fascinants. « Il est impossible de les connaître et de ne pas les respecter », affirme-t-il.

C’est pourquoi il insiste, notamment, sur l’individualité propre à chaque animal, qui n’est pas un simple représentant de son espèce mais a toujours une personnalité bien définie. Un cochon peut, par exemple, être très indépendant quand un autre aura besoin de beaucoup plus d’affection. Comme nous, ils sont sujets à des humeurs qui peuvent varier en fonction des jours. Eh oui, les animaux peuvent se lever de la patte gauche !

Truffé d'anecdotes passionnantes au sujet des animaux d’élevage, ce livre est donc aussi un appel à transformer notre regard sur eux et à nous préoccuper de la façon dont se passe leur existence. Et pourquoi pas en commençant par changer nos habitudes alimentaires !

 

La Vie émotionnelle des animaux de la ferme, Jeffrey M. Masson, Albin Michel, 2020.

 

 


Bannière Herta : non-dits et mensonges des services de l'État

partager cet article du blog de L214

Dans un communiqué de presse publié le 17 décembre, la préfecture de l’Allier conclut « à la bonne tenue de l’élevage et à l’absence de non-conformité majeure » concernant l’élevage de Limoise (Allier) sous contrat avec Herta, dont L214 a révélé les images le 3 décembre.


Dessin de Rosa B. (décembre 2020)

Non-dits, mensonges manifestes, ce communiqué de presse de la préfecture de l’Allier est scandaleux. Il laisse entendre que cet élevage respecte la réglementation et que les services vétérinaires n’ont constaté aucune des infractions relevées par L214. C’est une tentative claire d’entamer la crédibilité du travail d’enquête de l'association. Par le passé, nous avons pu prouver des mensonges des services vétérinaires et du ministère de l’Agriculture. Ici, le doute est de nouveau permis.

Au vu de cette communication des services vétérinaires, Herta annonce la reprise de son approvisionnement dans cet élevage. L’entreprise va continuer à vanter une « filière Préférence » qui serait plus attentive au bien-être animal, comme elle le fait sur son site : « Depuis 2013, nous avons créé notre propre filière porcine : “HERTA® s’engage filière Préférence”. Avec cette filière, HERTA® signe les prémices de l’élevage moderne et plus responsable. La “filière Préférence” initie une démarche plus respectueuse de l’environnement et du bien-être animal », alors que cette filière ne fait aucune différence avec les élevages standard. Démonstration est faite que leur “filière Préférence” est une opération marketing, rien de plus en ce qui concerne “le bien-être animal”.

→ Le site dédié à l’enquête

Pour rappel, dans notre enquête, nous dénonçons :

  • des infractions à la réglementation (nous développons ci-dessous 4 points cruciaux) ;
  • des conditions d’élevage standard fortement préjudiciables aux animaux mais légales aujourd’hui : les cages pour les truies, les densités d’élevage fortes, la promiscuité, le « claquage » des porcelets, la mortalité élevée ;
  • la tromperie d’une « filière Préférence » Herta mettant en avant une différence en matière de bien-être animal alors que les cochons sont élevés dans les mêmes conditions qu’en standard.

Nous faisions également remarquer la très grande quantité de produits pharmaceutiques, dont des médicaments et antibiotiques périmés depuis 10 ans, et particulièrement la présence de colistine, un antibiotique classé dans la catégorie des antibiotiques d’importance critique à priorité élevée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Le communiqué de presse de la préfecture de l’Allier élude les infractions à la réglementation : sa parole peut être sérieusement mise en doute au vu de certains éléments que nous détaillons ci-dessous.

 

Un communiqué de la préfecture douteux

Le communiqué de la préfecture de l’Allier soulève de nombreuses questions dans ce qu’il dit et dans ce qu’il ne dit pas. Le rapport d’inspection n’est d’ailleurs pas mis à disposition.
On peut y lire :
« De manière générale, l’inspection conclut à la bonne tenue de l’élevage et à l’absence de non-conformité majeure. Contrairement aux éléments filmés, il n’a pas été observé d’animaux en souffrance ni de cadavres. »
Côté L214, nous avons soulevé des points d’attention comme le nombre important de cadavres, les porcelets qui naissent sur une surface dans laquelle ils peuvent se coincer les pattes, la coupe systématique des queues, l’absence de matériaux manipulables conformes à la réglementation.

Dans son communiqué, la préfecture dit avoir contrôlé « la conformité de l’ensemble des locaux où sont détenus les animaux présents ». D’après elle, pas de non-conformités majeures. Si on peut légitimement se demander quels sont les critères de classement des non-conformités, qu’en est-il donc des non-conformités autres que majeures ? Pourquoi ne sont-elles même pas évoquées ?

Les pattes des porcelets coincées dans les caillebotis

Sur les images que nous avons montrées, on peut voir des porcelets nouveau-nés se coincer les pattes dans les caillebotis, ce sol ajouré qui permet d’évacuer les excréments.

Un porcelet patte coincée dans un élevage Préférence Herta

Dans l’article R-214-17 du Code rural 1.3, il est précisé :
« Il est interdit à toute personne qui, à quelque fin que ce soit, élève, garde ou détient des animaux domestiques ou des animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité :
[...]
3° De les placer et de les maintenir dans un habitat ou un environnement susceptible d'être, en raison de son exiguïté, de sa situation inappropriée aux conditions climatiques supportables par l'espèce considérée ou de l'inadaptation des matériels, installations ou agencements utilisés, une cause de souffrances, de blessures ou d'accidents ».
Dans l’arrêté du 16 janvier 2003 établissant les normes minimales relatives à la protection des porcs, il est précisé en annexe :
« 5. Les sols doivent être lisses mais non glissants de manière que les porcs ne puissent pas se blesser et doivent être conçus, construits et entretenus de façon à ne pas causer de blessures ou de souffrances aux porcs. Ils doivent être adaptés à la taille et au poids des porcs et, en l'absence de litière, former une surface rigide, plane et stable. »
Dans le vade-mecum relatif à l’inspection d’un élevage porcin disponible sur le site du ministère de l’Agriculture, il est bien noté : « Les fentes des caillebotis doivent être d'une taille inférieure à celle des onglons des porcs qui ne doivent pas passer au travers. »

Aucun cadavre ? Comment est-ce possible ?

Dans le communiqué de la préfecture, il est noté « Contrairement aux éléments filmés, il n’a pas été observé d’animaux en souffrance ni de cadavres. »
Plusieurs éléments permettent de mettre sérieusement en doute cette affirmation. Nous ne nous prononcerons pas sur les animaux en souffrance, il est possible que 10 000 cochons soient miraculeusement en pleine forme, même si nombre de hernies peuvent être observées sur les images.
En revanche, ne trouver aucun cadavre, comment est-ce possible ? Le taux de mortalité moyen en élevage de cochons est de 20 %. Sur 10 000 cochons, cela représente 2 000 morts par an, soit environ 5 par jour.


Ces données sont corroborées par le registre de l’élevage où sont notés les porcelets morts et ceux éliminés (et ce registre ne concerne que la maternité !).
Les poubelles et congélateurs au moins devraient en contenir. À moins que l'équarrisseur soit passé le matin même de l’inspection ? Heureux hasard ?
Dans les élevages, il y a des morts. Les bons d'équarrissage, les registres tenus par l'exploitant les répertorient. Pourquoi alors les services de la préfecture ont-ils tenu à noter l'absence de cadavres ? Une façon de mettre en doute l'enquête de L214 ?

La coupe systématique des queues

Magie de ce communiqué, il n’est pas fait mention de la coupe systématique des queues. Pourtant, tous les cochons de cet élevage, hormis quelques porcelets fraîchement nés, ont la queue coupée.


Or, l’arrêté du 16 janvier 2003 établissant les normes minimales relatives à la protection des porcs stipule, dans son annexe point 8 :
« La section partielle de la queue et la réduction des coins ne peuvent être réalisées sur une base de routine, mais uniquement lorsqu'il existe des preuves que des blessures causées aux mamelles des truies ou aux oreilles ou aux queues d'autres porcs ont eu lieu. Avant d'exécuter ces procédures, d'autres mesures doivent être prises afin de prévenir la caudophagie et d'autres vices, en tenant compte du milieu de vie et des taux de charge. Pour cette raison, les conditions d'ambiance ou les systèmes de conduite des élevages doivent être modifiés s'ils ne sont pas appropriés. »
Dans le vade-mecum relatif à l’inspection d’un élevage porcin, il est noté :
« La caudectomie ne doit pas être pratiquée systématiquement, mais seulement lorsque la caudophagie persiste malgré le recours à des mesures préventives.
Les mesures préventives sont, notamment :
- la présence de matériaux manipulables par les animaux
,
- une surface par animal adaptée dans les cases collectives,
- la maîtrise de la qualité et de la température de l'air ambiant, et des courants d'air,
- une alimentation adaptée et un abreuvement suffisant,
- la limitation des mélanges entre porcs.
 »

La France a été rappelée à l’ordre par la Commission européenne en février 2020 sur ce point précis : 7 ans après son entrée en vigueur, la filière porcine française n’applique toujours pas la loi en matière de coupe des queues. La Commission européenne précise : « il n'existe pas de cadre solide pour garantir que les éleveurs mettront en place les mesures d'amélioration nécessaires, ni d'orientation pour l'évaluation de ces mesures par les inspecteurs. »
Nous sommes au cœur du problème.
La question est : est-ce que tout a été mis en œuvre dans cet élevage pour éviter la coupe des queues ?
La réponse est claire : non. L’enrichissement du milieu est un des moyens pour agir contre la caudophagie, comme le précise d’ailleurs le vade-mecum. Dans cet élevage, elle est inexistante ou non conforme, selon les enclos.

Des matériaux manipulables ?

L’arrêté du 16 janvier 2003 établissant les normes minimales relatives à la protection des porcs précise que les cochons doivent avoir accès à des matériaux manipulables :
« Tous les porcs doivent pouvoir accéder en permanence à une quantité suffisante de matériaux permettant des activités de recherche et de manipulation suffisantes, tels que la paille, le foin, la sciure de bois, le compost de champignons, la tourbe ou un mélange de ces matériaux, qui ne compromette pas la santé des animaux.
Le type et le nombre de matériaux manipulables sont les suivants :
- pour les cases contenant jusqu'à 25 porcs : au moins un matériau optimal ou un matériau sous-optimal et un matériau d'intérêt minime ;
- pour les cases contenant de 26 à 40 porcs : au moins un matériau optimal, ou deux matériaux sous-optimaux ou un si plus de deux porcs peuvent accéder simultanément, et un d'intérêt minime ;
- pour les cases contenant plus de 40 porcs : au moins un matériau optimal ou deux matériaux sous-optimaux et deux matériaux d'intérêt minime ou un si plus de deux porcs peuvent accéder simultanément ;
- dans le cas particulier des cases contenant jusqu'à 10 porcs femelles reproductrices, des verrats en case individuelle et des cochettes et porcs femelles reproductrices en stalle individuelle : au moins un matériau optimal ou sous-optimal. 
»
Pour en savoir plus sur ces matériaux, on peut se référer à la recommandation du 8 mars 2016.
Sur les images, on constate qu’aucun matériau n’est disponible dans la majorité des enclos et des cases. Dans quelques enclos, une chaîne pend du plafond : elle ne répond clairement pas aux qualités requises.

Des services vétérinaires peuvent-ils mentir ?

La réponse est évidente : oui.

Le travail et les images de L214 ont été plusieurs fois mis en doute, notamment par les autorités. L’exemple récent le plus parlant concerne l’abattoir Sobeval. Les services du ministère de l’Agriculture et de la préfecture (services vétérinaires) se sont accordés pour mentir, affirmer qu’aucune non-conformité n’était relevée par leurs services… jusqu’à ce qu’un mail leur échappe et vienne dévoiler leurs mensonges : ils relevaient les mêmes non-conformités que L214 mais avaient élaboré des « éléments de langage béton » pour nier avec aplomb les infractions. Si une erreur de destinataire de mail n’avait pas eu lieu, nous en serions restés à la version des autorités couvrant les violations de la réglementation d’un abattoir et mettant en doute le sérieux du travail d’enquête de L214.

En savoir plus sur la défaillance des services de l’État au sujet de l’abattoir Sobeval

Il nous paraît aujourd’hui nécessaire de prendre avec de la distance les communications de l’État au sujet des contrôles, des manquements à la réglementation, en particulier dès que des élevages, des transports ou des abattoirs sont concernés. Le ministère de l’Agriculture n’a manifestement aucune indépendance vis-à-vis des filières et des syndicats agricoles.
Il est impératif de retirer l’attribution « condition animale » à ce ministère et de la confier à un ministère moins exposé à l’influence des lobbies de l’agroalimentaire.