Bannière Emilie : rester fort

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Virginie a contacté L214 il y a quelques mois pour nous faire part d’un projet de livre dont les droits d’auteur seraient reversés en partie à L214 en souvenir d’Emilie, parce que Virginie et Ian, ses parents, et Laura, sa soeur, sont convaincus que c’est ce qu’elle aurait voulu. J’ai alors découvert l’histoire d’Emilie.

Composé de textes d’Emilie, de Laura, de Virginie et de Ian, c’est une boule qui se forme davantage au creux du ventre à chaque page de ce livre.

Emilie lors d'une manifestation anti-corrida

Emilie était une jeune fille qui aimait lire et écrire, qui refusait de manger les animaux, qui participait à des actions pour les défendre... mais elle était aussi le souffre-douleur de jeunes de son collège. Deux années et demi de coups, de cheveux tirés, de moqueries, d’humiliations parfois sous le regard du personnel du collège qui n’est pas intervenu.

Ses récits nous font sentir l’intensité de son calvaire vécu jour après jour. Et de cette solitude dans laquelle Emilie s’est enfermée, se dévalorisant sans cesse. Elle a parfaitement caché sa détresse à sa famille qui n’a découvert les faits que plus tard, trop tard. Emilie était déjà brisée et n’a jamais pu se reconstruire. Elle a mis fin à ses jours avant ses 18 ans après des années de lutte pour s’en sortir, en vain.

C’est une histoire à glacer le sang. Si Virginie, Ian et Laura témoignent, c’est pour mettre en garde sur ces violences habituellement passées sous silence, pour alerter les familles, pour que les victimes puissent se sentir écoutées.

Alerter aussi celles et ceux qui prennent plaisir à railler une personne. Leur apprendre à être attentifs au moment où l’on bascule de la blague sans méchanceté, à celle qui blesse, à celle qui tourne au harcèlement, à celle qui torture. Se méfier de l’effet de groupe qui nous entraîne vers cette violence larvée et destructrice, à cette agression verbale qui dégénère souvent en violence physique. Ce livre s’adresse à chacun de nous. Pour que disparaissent bourreaux, complices et victimes. 

Emilie avant une manifestation anti-corrida

Emilie rêvait d’un monde plus juste, d’un monde où serait pris en compte l’ensemble des êtres sentients. Un monde où personne ne serait torturé par un autre. Puisse son voeu être exaucé.

 

Emilie Monk, Rester fort, Editions Slatkine&Cie, 2017.

 


Bannière Terrifiées, elles s’échappent d’un abattoir

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C'est sous ce titre évocateur que cet article retrace la résistance de six bovins (5 vaches et un jeune mâle) face à la mort : les animaux, terrifiés, ont réussi à déjouer la surveillance d’un abattoir - lieu dont aucun animal n’est censé ressortir vivant. Après s’être échappés par une porte non “sécurisée”, ils ont erré plusieurs heures dans le centre ville de Saint-Louis (Missouri, États-Unis), avant d’être finalement capturés par la police.

La résistance des animaux

Cet article nous plonge au cœur de la résistance animale, une thématique rarement évoquée et qui, lorsqu’elle l’est, dévalorise ou tourne généralement en ridicule les initiatives des animaux. Ainsi, exemples parmi tant d’autres, une génisse qui a tenté de s’échapper d’un marché aux bestiaux “voulait faire une fugue”, une vingtaine de veaux qui s’enfuient ensemble “prennent la poudre d’escampette”, une antilope qui s’est échappée de sa prison dans un zoo s’est “baladée”.

L’immense majorité des évasions d’animaux, réussies ou non, sont probablement  passées sous silence. Lorsqu’elles sont rapportées, elles sont présentées comme des cas insolites. Pourtant, les animaux résistent de toutes leurs forces aux diverses formes de contrainte auxquelles les humains les soumettent, d’autant plus que c’est souvent pour eux une question de vie ou de mort. En juin 2016, un bœuf qui avait réussi à s’enfuir d’un abattoir a été tué par la police. En février 2017, c’est un taureau qui a réussi à s’évader d’un abattoir - il est mort d’une overdose de tranquillisants injectés lors de la course-poursuite qui s’en est suivie. En septembre 2016, au zoo de Leipzig, un lion a été tué pour s’être échappé.

Ces évasions, à nos yeux souvent spectaculaires, sont autant d’actes de résistance active rendus possibles par une combinaison de différents éléments comme la chance (une porte non verrouillée) et la force physique (pourvoir courir vite, avoir une carrure impressionnante). Une truie de réforme qui a passé plus de la moitié de sa vie dans une cage minuscule ne peut s’enfuir en courant : elle peut à peine marcher. Ainsi, la personnalité ou la volonté des animaux n’est pas forcément le facteur déterminant, des animaux très déterminés à résister - et ils sont sans doute très nombreux - pouvant n’avoir absolument aucune chance de lutter.

Bovin à l'abattoir de Mauléon
Bovin à l'abattoir de Mauléon (2016)

La résistance des animaux utilisés à des fins alimentaires en élevage est d’autant plus admirable qu’au cours de la domestication, ils ont été sélectionnés pour leur docilité. Ils essaient pourtant de résister, mais leurs moyens sont faibles et les résistances vite maîtrisées. En élevage, les murs, cages, chaînes et fils électrifiés contiennent les animaux. La coupe des cornes des bovins, des becs des poules pondeuses, des queues et des dents pour les porcelets, la castration et bien d’autres mutilations systématiques sont d’autres moyens qui utilisent la force pour contraindre des animaux à vivre dans des espaces réduits et hostiles et à briser leur résistance - une vache écornée se défend nettement moins efficacement. Les bâtons, les aiguillons électriques, les coups et les cris sont d’utilisation commune pour faire entrer les animaux dans les bétaillères et les conduire à l’abattoir.

Beaucoup d’animaux n’ont pas la chance ou la force de pouvoir s’enfuir, mais ils résistent avec les moyens dont ils disposent. Ils  refusent d’avancer, de bouger, se débattent, crient… Les enquêtes de L214 ont ainsi montré quantité d’animaux - chevaux, vaches, moutons, cochons - luttant désespérément contre la mort dans les abattoirs. Des animaux plus petits, comme les poules, les lapins ou les canards, résistent aussi comme ils peuvent, mais ils sont évidemment rapidement et facilement brisés.

Cheval cherchant à fuir, abattoir de Pézenas
Cheval cherchant à fuir, abattoir de Pézenas (2016)

Sauver les fugitifs

Seule une poignée d’animaux parviennent à s’échapper, et beaucoup paient leur résistance de leur vie.

Certains réussissent à s’enfuir loin des humains et à s’adapter à un nouvel environnement. Ils apprennent par exemple à vivre en forêt, comme ces vaches “sauvages”, qui sont cependant régulièrement la cible d’une sanglante répression. Ou bien on ignore ce qu’ils deviennent, tel ce cochon qui a bravement sauté du camion en route vers l'abattoir.

D’autres sont pris en charge par des refuges, véritables havres de paix où ils sont protégés et peuvent enfin s’épanouir. Mais, de plus en plus, éleveurs et abattoirs profitent de la compassion des sauveteurs : en juillet 2015, un éleveur réclamait 10 000 € pour le rachat d’une vache échappée d’un abattoir, et ce n’est pas moins de 1800 $ (1650 €), soit plus que le montant du marché, que l’abattoir a exigé pour le rachat de chacun des 6 bovins qui ont pris la fuite à Saint-Louis. Généralement, des cagnottes sont mises en place pour le rachat des animaux, mais donner tant d’argent à un abattoir ou à un éleveur pose évidemment des questions éthiques auxquelles il n’est pas simple de répondre.

Mais aussi importants soient-ils, les quelques animaux sauvés ne constituent qu’une infime minorité de ceux destinés à mourir dans les abattoirs - 3 millions d’animaux terrestres par jour en France. Pourtant, les animaux sont des habitants de la Terre au même titre que nous. Apprenons à vivre en bonne intelligence avec eux ! Et n’oublions pas qu’on peut tous sauver des animaux en végétalisant notre alimentation dès maintenant - et épargner ainsi à des dizaines, voire des centaines d’animaux d’une mort certaine.

Veau sanctuaire (photo Mark Peters)
Veau sauvé à Poplar Spring Animal Sanctuary (photo : Mark Peters)

En savoir plus sur la résistance des animaux :
“Comment les animaux résistent ?” Conférence donnée le 10 mars 2016 à Vegan Folie’s.

 


Bannière [Témoignage] Cécile : épargner les agneaux de Pâques

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Après avoir visité un abattoir en avril 2012 lors de ses études d’agronomie, Cécile a arrêté de manger les animaux. Aujourd’hui végane et militante pour la cause animale, elle nous livre le témoignage poignant qu’elle a écrit un an après sa visite. Les agneaux la remercient !

Nous étions en Haute-Loire, la semaine juste avant Pâques. C’était une semaine d’“enquête départementale”, comme cela s'appelait, une semaine où nous étions amenés à rencontrer différents acteurs du secteur agricole d’un département, pour en comprendre les enjeux.

Quand l’occasion s’est présentée de visiter un abattoir, je me suis tout de suite portée volontaire. Je voulais savoir ce qu’il s’y passe, et comment cela se passe. En fait, j’étais tout simplement intriguée par cette étape de “fabrication” dont on ignore tout ou presque, même en école d’agronomie.

Je dois avouer que je n'appréhendais pas particulièrement cette visite. Pour vous dire, je crois que j’étais à peu près dans le même état d’esprit que le jour où j’ai visité une usine de production de yaourts !

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Avril 2012, la semaine précédant Pâques

"Nous sommes 7 dans la voiture de location.

Au fur et à mesure que nous approchons de l’abattoir, l’ambiance plutôt joyeuse au départ s’alourdit peu à peu. Je ne comprends d’abord pas bien pourquoi les autres se taisent. Puis l’odeur commence à apparaître. Une odeur âpre, celle de la mort et du sang. Je prends conscience, tardivement, que je vais assister à une tuerie. Lorsque nous descendons de voiture, personne ne dit un mot. Je me demande soudain pourquoi je suis venue. Je suis le groupe à reculons. Au-dehors, l’odeur se fait plus prégnante, la peur et le sang se mêlent étrangement.

Nous entrons.

Une secrétaire nous accueille. Des gens circulent. Nous sommes dans la partie administrative de l’abattoir, mais ça sent déjà la mort à plein nez. Je repère quelques gouttes de sang sur les murs. Des ouvriers massifs déambulent avec de grandes bottes blanches tachées de sang.

J’ai maintenant clairement peur.

Nous enfilons nos tenues : charlotte, combinaison, protèges-chaussures. Je tremble.

Je me sens devenir pâle. Instinctivement, j’ai envie de fuir.

Je continue de suivre le groupe à reculons. Je suis la dernière de la file. La grande porte métallique s’ouvre. L’odeur de mort devient suffocante. Le premier entre, puis le deuxième... le troisième... le quatrième… Je les regarde, pétrifiée. Ça va être mon tour.

Je m’approche le coeur battant. Je passe la tête dans l’embrasure de la porte, juste assez pour voir ce qu’il se passe.

Ce sont les hurlements des agneaux qui m’horrifient d’abord.

On nous explique que ce sont des agneaux de Pâques, je n’écoute même pas.

Les jeunes agneaux, parqués entre des barrières métalliques, sont pris de panique. Ils s’épuisent à hurler toujours plus fort en essayant de s’échapper coûte que coûte. Ils se grimpent dessus les uns les autres pour tenter de franchir les barrières, se blessent, hurlent encore plus fort. L’odeur de mort insoutenable, c’est celle de leurs semblables.

Moi, je n’ai toujours pas fait un pas. À l’abri, sidérée.

Avec une dernière lueur d’espoir dans les yeux, un agneau m’implore du regard.

C’en est trop, je prends la fuite. Je referme la porte et rebrousse chemin à toute vitesse. Je rends ma tenue. Je lance un regard noir à la secrétaire qui marmonne à mon passage, froide, impassible, sans doute usée par ce métier sordide : “ah oui, y en a qui craignent hein...”, avant de laisser échapper un soupir réprobateur.

Sur le moment, trop occupée à fuir le plus rapidement possible, je ne relève pas. Mais ses paroles, cet abominable euphémisme “craindre” (mais craindre quoi au juste ? craindre la peur et la mort ? craindre la souffrance d’autrui ?) résonnent ensuite dans ma tête pendant de longues minutes, qui deviendront ensuite des jours et des mois…

Je sors. Je suis en état de choc, incapable de prononcer le moindre mot.

Je rejoins mon amie Gwénaëlle dans la voiture. Accablée par l’odeur et les cris dès le parking, elle n’avait pas réussi à entrer dans le bâtiment. On pleure, sans un mot, pendant une bonne demi-heure, dans les bras l’une de l’autre. On réussit enfin à sortir de voiture. On marche loin, le plus loin possible, pour ne plus sentir la mort.

Je commence, sans le savoir, la première phase d’un deuil qui sera long. Le deuil de tous les individus à qui j’ai ôté la vie en 20 ans d’existence. Tous ces êtres, sensibles, intelligents, qui n’avaient pas envie de mourir. Je n’ose même pas imaginer combien ils sont.

Mes larmes sont intarissables. Au bout d’une heure, peut-être deux, nous revenons vers l’abattoir. Les autres ont fini la visite.

Nous avons rendez-vous avec le directeur. On me dit de venir, que ça peut être intéressant. Je suis le groupe, toujours sans un mot. Je ne réussis pas à les regarder en face, les autres. Ceux qui y sont allés, qui ont vu, et que ça n’ébranle pas le moins du monde. Dans le bureau du directeur, mes jambes fléchissent de nouveau. Je ne capte que quelques bribes de conversation.

J’entends un de mes collègues s’étonner d’avoir vu le directeur travailler sur la chaîne avec les ouvriers pendant la visite. Et celui-ci de répondre avec humour : “Vous avez déjà entendu parler de sadisme animal ? Quand il manque un employé, je vais me faire plaisir sur la chaîne ! (rire)”

Mais comment peut-on rire de ça ?

Là encore, c’en est trop pour moi. Je quitte le bureau brusquement pour m’effondrer à l’extérieur. Je ne rentrerai pas de nouveau. Je ne participerai plus à ce massacre. Voilà ce que je me suis promis ce jour-là. ”

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Sur les six étudiants présents ce jour-là, nous sommes deux à ne plus manger les animaux. Et vous, ouvrirez-vous les yeux ?

 

Aller plus loin :

L’abattage des agneaux à Mauléon-Licharre (2016)

L'alimentation végétale en pratique


Bannière Sara : agir pour les animaux

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Impliquée depuis des années pour les animaux, Sara a accepté de se confier sur son parcours. Ayant vécu et travaillé en France, au Maroc, aux États-Unis, cette jeune maman qui travaille aujourd’hui aux îles Canaries compare les différentes approches du véganisme qu’elle a connues. Sara, les animaux te disent merci pour ton engagement !

J’ai eu le déclic en 2004, en allant sur des forums d’actualité générale. Parmi les différents sujets abordés, certains portaient sur le végétarisme. J’avoue qu’au début je trouvais les végés plutôt lourds (et c’est sans doute parce qu’ils remettaient en question ma façon de vivre), mais petit à petit ça m’a travaillé et la rigueur de leur argumentation a fini par m’impressionner ! En fait, c’était très logique et cohérent : les animaux veulent vivre ; or, manger de la viande n'est pas nécessaire, donc il est injuste de les tuer pour les manger. J’ai fini par me dire : « S’ils ont raison, il faut que je me remette en question et que j’arrête de manger de la viande et du poisson ». Au bout d’un moment, je me suis simplement lancée en me disant que j’allais essayer, et qu’un jour je remangerai probablement de la viande. Or, non seulement je n’en ai jamais remangé, mais je suis devenue vegan un an après !

J’ai fini par me dire : "S’ils ont raison, il faut que je me remette en question et que j’arrête de manger de la viande et du poisson.’" Et puis, je me suis lancée !

Je passais alors mon CAPES et j’habitais chez ma mère. Même s’il y a eu des taquineries et des agacements, dans l’ensemble ça s’est vraiment bien passé avec mon entourage et je n’ai pas rencontré de difficultés.

Sara dans le cortège de la Veggie Pride

Par contre, ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est qu’avant je percevais le monde comme étant quelque chose de bien pensé, même si évidemment je voyais bien que certaines choses n’étaient pas top. Une fois végétarienne, je me suis rendue compte du sort réservé aux animaux, et ça a été un choc : d’un coup je me suis rendue compte qu’il y avait une injustice terrible. Je pense qu’avant, j’étais aveuglée par le fait que je les mangeais. J’ai aussi réalisé qu’il pouvait y avoir d’autres choses injustes dont je ne me rendais pas compte, et ça a été vraiment un gros bouleversement dans ma façon d’appréhender le monde.

Me rendre compte du sort réservé aux animaux a été un choc qui a ébranlé la façon dont je voyais le monde.

Aujourd’hui, il y a bien sûr énormément de choses que je trouve injustes, mais aucune ne l’est autant que le sort qu’on réserve aux animaux, tant par leur nombre que par la cruauté qu'on leur fait endurer.

Puis, assez rapidement, j’ai rencontré d’autres femmes qui étaient devenues végétariennes en même temps que moi et on a créé une petite association à Lyon, Avely (qui n’existe plus). Il n’était évidemment plus question de remanger de la viande ! Surtout que j’estimais et admirais les personnes végés que je rencontrais, ce qui ne faisait que me convaincre toujours plus du bien-fondé de mon choix. Je trouvais ça normal de passer au végétalisme, mais ça semblait vraiment difficile, surtout que j’adore le fromage. Comme je voyais que les gens y arrivaient, je me suis dit qu’il n’y avait pas de raison que je n’y arrive pas, et je suis devenue végétalienne un an après, en 2005 – c’était après une action Sang des bêtes.

Si elle arrivait à être vegan, il n’y avait pas de raison que je ne réussisse pas à l’être.

Au début de mon végétalisme, je faisais de petites exceptions. Puis j’ai vu qu’une amie, Amélie, y arrivait alors que comme moi, elle allait à la fac, mangeait souvent sur le pouce, vivait à l’époque avec une personne non végétarienne ; je me suis donc dit que si elle y arrivait, je pouvais y arriver aussi. Maintenant, on trouve du fromage végétal et certains sont vraiment bons (et d’autres beaucoup moins réussi !) et j’en mange avec plaisir de temps en temps mais, bizarrement, le fromage ne m’a pas manqué - la viande non plus d’ailleurs, il a juste suffit que je fasse le premier pas !

Avec Avely, on faisait des stands d’information, on a aussi organisé quelques repas et fait des actions avec l’antenne lyonnaise de l’Association Végétarienne de France (AVF), puis j’ai été mutée en Lorraine. Côté militantisme, j’ai aussi pas mal participé à l’organisation de la Veggie Pride et un peu à celle des Estivales de la question animale, et j’ai été quelques temps correspondante AVF quand j’étais à Saint-Étienne. J’ai aussi tenu des stands pour Stop Gavage, l’association qui a précédé L214 puis, avec L214 j’ai participé à des actions compteur, des actions Monoprix, etc. Quand je repasse sur Lyon, si je peux, j’en profite pour participer à une action si quelque chose est organisé.

Sara à un stand d'info à Marseille

En 2013, avec mon compagnon, nous sommes partis travailler et vivre à Casablanca au Maroc pour un an, et depuis j’aide L214 à distance en faisant des relectures de divers documents, peut-être aussi que je vais essayer de m’investir par l’écriture.

Au Maroc, nous avons rencontré quelques végétariens, qui étaient aussi investis pour la liberté religieuse, le féminisme... Rissrine, un restaurant vegan, qui vient d’ouvrir à Casablanca, a bien conscience que, pour l’instant « Etre végétarien ou végétalien au Maroc, c’est souvent choisir entre son estomac et sa vie sociale » et ils sont déterminés à faire bouger les choses ! Mais la route sera longue : les gens achètent beaucoup de viande, et le discours végétarien rencontre souvent beaucoup d’incompréhension. J’ai l’impression qu’il y a une sorte de conformisme culturel.

À Los Angeles, c’est tellement plus facile d’être vegan !

En 2015, nous sommes partis travailler un an à Los Angeles (États-Unis) et c’était vraiment le paradis des vegans ! J’ai rencontré des enfants vegan de naissance, c’est un mode de vie très développé, mais en même temps très peu militant. Un salon vegan commercial peut attirer plus de 10 000 personnes, alors que nous n’étions qu’une petite centaine à la Marche pour la fermeture des abattoirs… En tous cas, les gens sont beaucoup plus ouverts qu’en France : les restaurants végé sont remplis de personnes non végé et c’est très facile de manger vegan partout. Pendant mon année à Los Angeles, je suis tombée enceinte et ça s’est vraiment très bien passé. Le corps médical (échographistes, médecins) me donnait spontanément des conseils nutritionnels, c’était super ! À l’hôpital où j’ai accouché, j’avais chaque jour le choix entre une douzaine de délicieux plats vegan ! Aux États-Unis, où beaucoup plus d’aliments courant sont supplémentés, l’ensemble de la population, vegan ou non, est vraiment poussée à se supplémenter, et on ne passe pas pour des extraterrestres quand on dit qu’on doit se prendre de la vitamine B12 !

En France, quand on est vegan, on n’ose souvent pas en parler au corps médical de peur d’être stigmatisé. Ça marginalise encore plus les vegan.

Mais en France, c’est une tout autre histoire. Cet été, le pédiatre de notre fils nous a juste dit : « Faites attention aux carences », sans nous proposer aucune aide concrète ni information, ce qui est vite culpabilisant et inquiétant. Un autre pédiatre nous a carrément dit : « Ce n’est pas bien ce que vous faites », ce qui est un jugement moral et non une information médicale. Et quand nous avons demandé des précisions nutritionnelles, nous nous sommes vus opposer une fin de non-recevoir et il nous a carrément dit : « Vous vous y connaissez mieux que moi ».

On sent un climat de suspicion très fort, qui peut vraiment pousser les parents à avoir peur de dire qu’ils sont vegan, ce qui les isole et les empêche d’accéder à l’information. Ici, on entend seulement parler des enfants vegan quand il y a eu un drame !

Depuis la rentrée 2016, nous vivons et travaillons aux îles Canaries (Espagne). Même si j’ai peu de recul, car cela ne fait que quelques mois que nous y vivons, le véganisme y semble mieux accepté qu’en France. Par exemple, à la crèche, en parallèle du menu traditionnel, il y a un menu végétarien sans produits laitiers, dont bénéficie notre fils ainsi que trois ou quatre autres enfants. D’ailleurs, vu que c’est une grosse entreprise qui prépare les repas, ça veut dire qu’il y a de la demande. Aux Canaries, Igualdad Animal fait un travail remarquable pour que les choses bougent.

Pour moi, en France, L214 fait énormément avancer la cause des animaux, du végétarisme et du véganisme

Sara en actionEn tous cas, en France, pour moi, L214 fait énormément avancer la cause des animaux, du végétarisme et du véganisme. Je ne reviendrai jamais en arrière, mais je ne nie pas qu’être vegan ça reste encore un effort de tous les jours, même si ce n’est évidemment pas dur au point de renoncer. Dans chaque nouvelle relation il faut annoncer la couleur, expliquer, et ce n’est pas toujours très fluide même si c’est de mieux en mieux accepté. Quand quelqu’un m’invite, je lui dis tout de suite et je propose d’apporter un plat. Ce qui est sûr, c’est que plus il y aura de personnes vegan, plus ce sera facile de l’être, et moins d’animaux seront tués !

Aller plus loin :

→  Le PNNS et l'alimentation végétalienne
→ Positions médicales et scientifiques
→ Vegan à tous les âges de la vie !

 

 

 

 

 

 

 

 


Bannière Le ministre de l’Agriculture invite L214 dans les abattoirs

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Satisfait de son bilan à la tête du ministère de l’Agriculture, Stéphane Le Foll s’est prononcé ce matin lors d’une conférence de presse en faveur d’une transparence totale dans les abattoirs et annonce toute une série de mesures. Preuve de sa volonté, il convie L214 à mener librement l’enquête.

À moins d’un mois de la fin du quinquennat, le recordman de longévité au poste de ministre de l'Agriculture surprend par son audace. Confiant dans la politique menée ces derniers mois en matière de mieux-être animal, il invite L214, « l’association qui lui donne tant de fil à retordre », à filmer librement dans les abattoirs de son choix.

 

agneau abattoir Mauléon

 

Une décision très controversée par les représentants de la filière viande inquiets du scandale que pourraient susciter de nouvelles images. Invité lundi dernier au traditionnel barbecue de Printemps d’Interbev, Stéphane le Foll a tenté de les rassurer en affirmant avoir pris « toutes les dispositions pour résoudre les légers dysfonctionnements constatés. » Et le ministre d’ajouter que « si tous les abattoirs disposent d'un agrément, c'est bien qu'ils sont parfaitement en règle et garantissent aux animaux un niveau idéal de confort et de bien-être. L214 ne pourra que documenter des pratiques qui restaureront la confiance du consommateur. »

Interrogé sur la pénibilité du travail, le ministre répond : « les employés d'abattoir qui le souhaitent pourront suivre des stages de reconversion dans des domaines garantis sans exploitation animale : cuisine vegan, refuges pour animaux, éthologie… Quant à ceux qui expriment le souhait de rester à l'abattoir, le ministère dispensera des stages de lanceurs d'alerte, qui seront donnés gratuitement à l'abattoir de Limoges. »

 

couteau à bout rond

Parmi les autres mesures phares figure notamment l’utilisation de couteaux à bout rond, une idée que le ministre se targue d’avoir eue lui-même après s’être blessé en coupant du saucisson. « On ne peut pas sciemment se permettre d'employer des couteaux pointus dans un abattoir. C'est un risque inconsidéré totalement incompatible avec la notion de bien-être animal. »

Mais pour le premier agriculteur de France, pas question de faire preuve d’un optimisme effréné : « J’ai conscience que ces mesures ne sont pas le remède à tous les maux. La principale source de souffrance reste intimement liée aux cadences infernales. » Droit dans ses bottes, il s’insurge : « C’est aux consommateurs de nous soutenir en arrêtant de manger de la viande parce que seuls, on ne pourra jamais y arriver ! »

Le ministère exige toutefois que les images tournées à l’intérieur des locaux soient entièrement floutées et précise que toute visite devra faire l’objet d’une demande préalable auprès du cabinet ministériel. Enfin, pour des questions évidentes de sécurité, aucun reportage ne pourra être réalisé pendant les heures d’abattage. Pas Foll la guêpe !