Bannière « Ouvrir les yeux, ouvrir son cœur »

« Ouvrir les yeux, ouvrir son cœur »

  • Article du Mercredi 25 février 2015

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« Ouvrir les yeux, ouvrir son cœur ». C’est le titre de l’ouvrage. Il suggère que les deux actes sont liés, que la connaissance mène à la compassion.

Lau R utilise la forme d’un journal de bord pour évoquer sa vie de nouvelle « veggie », comme elle se baptise elle-même. Elle nous livre ses réflexions, l’évolution de sa prise de conscience, la découverte de  ses limites.  Elle tente  de  se  souvenir :  comment  considérait-elle les  végétariens  avant  d’en  faire partie ? Elle remonte plus loin, dans son enfance, et s’étonne de se remémorer qu’elle manifestait déjà un dégoût pour la viande, pour le poisson, pour le lait, produits qu’elle avait finalement appris à aimer au  fil  des  années. Elle  revient  sur  son  déclic, le témoignage  poignant  d’une  étudiante  vétérinaire en abattoir  (qu’on  peut  lire  en  annexe),  découvert  par  hasard  sur  Internet,  sur  le  bouleversement  qu’il suscite en elle, les tremblements, le choc, les pleurs. On est loin des publicités mettant en scène des végétariens heureux et épanouis. Et pour cause, ce livre n’est pas une publicité pour le végétarisme, c’est un livre dont le substrat est l’authenticité.

Loin de revendiquer une quelconque perfection ou simplement une prétention de cohérence, l’auteure nous  engage  à  faire  de  notre mieux,  à  écouter  notre  conscience.  Elle  ne  se  présente  pas  comme  un modèle à suivre. Si son récit a une valeur d’exemplarité, c’est parce qu’il est empreint de tolérance, de sincérité et d’humilité.

L’auteure  avoue  sa  mélancolie,  admet  que  quand  elle  a  pris  conscience  de  ce  qu’elle  ignorait jusqu’ici  «  [s]a  croyance  en  l’humanité  s’est  effondrée  »,  parle  de  sa  culpabilité  d’avoir  été  si longtemps  aveugle.  En  ce  qui  concerne  le  changement  de  son  régime  alimentaire,  elle  évoque franchement avoir connu le triptyque : frustration, tentation, transgression.

Renoncer  à  participer  à  l’exploitation  animale  entraîne  nécessairement  des  choix  pratiques  ;  cela implique également de nouveaux positionnements éthiques : elle changera de regard sur l’agriculture biologique, sur la publicité, sur la pollution.

On suit sa vie de veggie , son « coming-out », sa participation aux premières actions militantes, ses premiers débats, émaillés de la mauvaise foi qui résonne en nous tant elle est proche de celle que nous rencontrons quand nous essayons de faire entendre la voix des animaux.

Outre le fait que ce livre nous touche par sa sensibilité, il présente tout un pan didactique. L’auteure fait  l’état  des  lieux  des  conséquences  morales  et  sanitaires  de  la  consommation  de  viande,  décrit les  conditions  de  vie  des  vaches  et  des  poissons,  des  animaux  de  compagnie,  des  animaux  de  parcs aquatiques.

Le titre « Ouvrir les yeux, ouvrir son cœur » est un juste reflet du livre, qui aide effectivement à ouvrir les yeux du lecteur sur une réalité qui n’est pas réjouissante. Avec douceur et empathie, il nous aide également  à  ouvrir  notre  cœur,  à  valoriser la  compassion,  à  chercher  à  devenir meilleur, mais  aussi bienveillant avec nous-mêmes et avec les autres, à reconnaître et à prendre en compte nos limites.

Le  dernier  chapitre,  sur  le  revenu  de  base,  semble  difficilement  se  raccrocher  au  reste  de  l’œuvre, le lien entre la  revendication d’un  revenu de base inconditionnel et la place des animaux dans notre société  aurait  gagné  à  être  explicité.  Cependant,  il  permet  de  refermer  l’ouvrage  avec  une  vision optimiste de l’humanité : l’être humain est capable de changer, de s’améliorer, de se montrer solidaire. C’est  grâce  à  cette  possibilité  d’évolution  que  la  prise  en  compte  de  la  considération des animaux n’est pas qu’une utopie mais qu’elle peut être envisagée comme un avenir à construire. Ensemble.

Sara pour L214


Bannière Salon de l'agriculture : ouvrons les yeux !

Salon de l'agriculture : ouvrons les yeux !

  • Article du Mardi 24 février 2015

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Chaque année, le Salon de l’Agriculture fait la promotion de l’élevage français et fait croire que les animaux sont « respectés » et « bien traités ». C'est faux.
Depuis les années 60 et la généralisation de l’élevage industriel en France, l’élevage est une industrie où les animaux sont traités comme des machines dont on cherche continuellement à accroître le rendement, sans se soucier de leur bien-être. On ne tient compte ni de leur sensibilité, ni de leur désir de vivre.
Cette réalité est masquée par la mise en avant, au Salon de l’Agriculture, des petits éleveurs qui servent de vitrine « éthique » à l’élevage industriel.
Ne fermons pas les yeux.
 
 

L214, éthique et animaux

 

L214, éthique et animaux

 

L214, éthique et animaux

Dessins de Bramley


Bannière Angélique se lance dans la Course des Héros aux couleurs de L214

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En passant par Paris avec mes sabots (clin d’œil à la chanson En passant pas la Lorraine)... je suis devenue végétarienne et je milite pour L214 en participant à des courses à pieds.

Bonjour à toutes et à tous,

Je suis très heureuse de pouvoir partager avec vous une partie de mon histoire, et par ailleurs aussi mes premiers pas sur le chemin de la défense du droit des animaux. Je tiens de tout cœur à vous remercier de l’intérêt que vous portez à mon témoignage, en me faisant l’honneur de lire mon article.

Je m’appelle Angélique, je suis d’origine lorraine et je vis à Paris depuis 1 an. Après des études de commerce international et une première expérience professionnelle en alternance dans le domaine de l’agroalimentaire, j’ai pris la décision de quitter l’Est de la France pour commencer ma vie dans la capitale. C’est sans aucun doute une des meilleures décisions que j’ai prise.

Je ne dois pas oublier de vous préciser que je suis passionnée de nature et particulièrement par les animaux. Petite, je voulais devenir vétérinaire et je passais énormément de temps dans le jardin de mes grands-parents à observer toute sorte d’oiseaux, d’insectes ou plus rarement de mammifères, toujours en compagnie de mon chat. Je dirais que j’ai eu la chance d’être élevée de manière à développer un profond respect et une admiration pour la nature. Adolescente, j’ai même été bénévole à la SPA.

Aujourd’hui, je travaille dans le service commercial d’une entreprise qui vend de l’acier à outil pour le marché français. Je devine vos réactions : « Mais que fait-elle pour les animaux ? »

Ma rencontre avec les membres de L214 & mon changement d’alimentation

Au courant du mois d’octobre, je suis rentrée en contact avec l’association L214, dont j’admire les actions. C’est également à ce moment-là que j’ai commencé à réfléchir à mon propre rapport aux animaux. Je les adore et pourtant… je les mangeais. Plus haut, en parlant de mon alternance, je n’avais pas mentionné que je travaillais pour le marché de la viande. Déjà à l’époque, j’avais commencé à me demander si nous avions vraiment besoin d’en consommer, et si nous étions obligés de les faire tant souffrir pour notre plaisir gustatif.

En conséquence, j’avais commencé par manger moins de viande ; mon copain avait pris en premier cette initiative. J’avoue que c’est même moi qui ai eu le plus de mal à m’adapter à mon nouveau régime, malgré mon bon raisonnement.

Changer mon mode de vie n’était pas simple, du moins pas au début, d’autant plus qu’en Lorraine la viande faisait partie de mon alimentation quotidienne : la charcuterie en Lorraine, c’est culturel ! Cette expression me gêne, car au nom de la culture nous ne devrions pas nous permettre d’infliger des souffrances aux bêtes.

Après quelques échecs, j’ai enfin réussi à totalement retirer la viande de mon alimentation !

Depuis septembre 2014, je suis végétarienne. À présent, je me sens beaucoup mieux avec mes propres principes, et je trouve que ce régime est également bénéfique pour ma santé. Effectivement, durant mes études j’avais pris beaucoup de poids. Avec un peu de sport et un régime végétarien adapté j’ai réussi à retrouver un poids convenable et je compte bien continuer comme ça.

Courir pour une cause : courir pour ceux qui ne le peuvent pas

C’est grâce à mon amie Carole que j’ai eu le courage de commencer le running. Pendant nos séances d’entraînement, elle me parlait des courses auxquelles elle participait. Motivée et encouragée, j’ai franchi le pas en m’inscrivant à ma première course à pieds : la Corrida de Noël (6 km). Elle a eu lieu le 14 décembre 2014 à Issy-les-Moulineaux.

Peu de temps avant, l’équipe L214 m’avait contactée afin de traduire un tract contre le foie gras en allemand. Un rêve se réalisait : je pouvais mettre mes compétences aux services des animaux. C’est précisément à ce moment qu’a germé dans mon esprit l’idée de courir pour L214.

Symboliquement, la course à pieds représente à mes yeux la liberté, le dépassement de soi et la ténacité. Des qualités similaires à celles que partagent les membres de L214. Courir pour les animaux dans leurs cages qui, eux, ne peuvent pas bouger, courir en pensant à eux, en souhaitant un profond changement de leurs conditions de vie.

Je cours pour ceux qui ne le peuvent pas, pour ceux qui ne sont pas libre de courir !

Mais allais-je réussir à au moins finir cette course ? Allais-je abandonner alors que beaucoup de personnes me soutenaient ce jour-là ? Est-ce que ma vieille blessure à la cheville allait se montrer clémente ce jour-là ? Malgré une bonne préparation, un régime adapté et une progression dans mes courses en séance d’entraînement, j’étais très stressée. J’étais arrivée très tôt, je m’étais équipée de mon dossard, de mon T-shirt à l’effigie de L214 et de mes cornes de rennes ; peu à peu, j’ai pu prendre mes marques.

À 9h45, l’échauffement de ma course débuta. À 10h précise, le départ de la course fut donné ! J’étais partie avec ma joyeuse bande avec comme objectif la ligne d’arrivée. Les premières minutes sont les plus difficiles. Il faut se calmer, trouver son rythme, ne surtout pas partir trop vite. Je veillais principalement à ne pas avoir de points de côté, car je sais que c’est une de mes faiblesses. Les deux premiers kilomètres ont été rapidement atteints, car je ne faisais pas trop attention à la distance parcourue.

L’ambiance d’une course nous amène à nous dépasser : certains spectateurs nous encourageaient, d’autres nous tendaient la main. La musique des orchestres me donnait de l’énergie. J’avais entendu de la musique folklorique française, des rythmes espagnols sans doute pour faire un clin d’œil au nom de la course. Le dernier orchestre annonçait la couleur : il fallait fournir un dernier effort. Les musiciens tenaient d’énormes tambours laissant retentir des rythmes africains. Je trouve que cet instrument a eu un effet très dynamisant et a permis d’éveiller la « guerrière en moi ». Tout au long de la course, je pensais à L214 et aux animaux, particulièrement sur la fin de la course quand je commençais à fatiguer.

Mes cornes de rennes et les couleurs orange et noir se distinguaient bien de la foule des Pères Noël et de leurs manteaux rouges. Mon passage de fatigue ne dura qu’un moment, au bout d’une rue j’ai entendu des personnes crier : « Allez, c’est la dernière, courage ! » Contente, je gardais la tête haute, j’avais compris que c’étaient mes dernières foulées et que j’allais réussir le challenge que je m’étais fixée. La ligne d’arrivée se fit apercevoir. Des photographes mitraillaient les coureurs dans leur dernier effort. Arrivée à leur niveau, j’ai eu un élan d’énergie inexplicable et j’ai terminé ma course en sprintant.

Passée la ligne d’arrivée, j’ai éprouvé un mélange de joie et de fierté.

Le parcours était terminé, j’ai continué mon chemin jusqu’à une personne qui me tendait joyeusement la médaille de finisher de cette course. J’ai vraiment eu de superbes sensations, ce fut une agréable première expérience. Je pense aussi qu’il est important de courir avec un état d’esprit, de courir pour une cause qui vous motive. Ma cause, je l’ai trouvée, c’est la défense du droit des animaux.

Mon prochain objectif est de parcourir les 10km de la Course des Héros sous les couleurs de L214, en juin prochain à Paris !

Pour cette course des héros (10km) : je dois récolter un minimum de 250 euros de dons qui seront entièrement versés à L214. Je vous invite à visiter ma page si vous avez envie de m’aider à concrétiser mon projet.

Je participerai aussi aux courses suivantes :

Foulées du Tertre 2015 (10km), le 21 Mars 2015
La Cosacienne (10km), le 12 Avril 2015
Nike Women's Paris, le 7 Juin 2015

Clèm pour L214


Bannière Métro de Paris: nos affiches refusées!

Métro de Paris: nos affiches refusées!

  • Article du Dimanche 22 février 2015

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En décembre dernier, nous avons voulu encourager les voyageurs de la RATP à réfléchir à la réalité du foie gras, par une campagne d'affichage dans le métro. L'une après l'autre, nos 3 propositions ont été repoussées par la société Media Transports.

# Première proposition

Parce que seuls les mâles sont utilisés dans la production de foie gras, une grande partie des canetons femelles sont tués à la naissance, dans les couvoirs. Le broyage des animaux vivants est l'une des méthodes les plus courantes pour sacrifier les poussins sortis de l'oeuf. Peu de consommateurs de foie gras connaissent cette réalité glauque, et même les personnes se montrant peu sensibles au problème du gavage trouvent en général cet acte inacceptable. 

 
En réponse à notre demande, Media Transports nous transfère l'avis de l'ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité). La société d'affichage se base sur cette position pour ne pas "donner une suite favorable au projet de communication", et nous demander de "renvoyer un visuel plus conforme".
 
Sur son site internet, l'ARPP précise qu'elle poursuit  la mission "de mener une action en faveur d’une publicité loyale, véridique et saine dans l’intérêt des consommateurs, du public et des professionnels de la publicité." 

 

Nous copions un extrait de l'avis de l'ARPP sur notre affiche :

« Nous avons bien noté que cette publicité émanait d’une organisation de défense des animaux utilisés dans la consommation alimentaire, objet sur lequel il ne nous appartient pas de nous prononcer. Sur le contenu proprement dit de la publicité transmise, en l’absence d’informations concernant les éléments justificatifs dont disposerait l’annonceur lui permettant d’affirmer que « Dans la production de foie gras, les canetons femelles sont broyés vivants » une telle allégation peut être perçue comme excessive. [...] Par ailleurs, l’emploi des termes « broyés vivants » nous paraît, dans ce contexte, de nature à choquer la sensibilité d’une partie du public. »
 
L'envoi de notre part d'un courrier argumenté à Media Transports ne changera rien à sa décision initiale.
 

# Seconde proposition

 
Nous décidons de recentrer notre message sur la pratique du gavage : au moins, il est impossible de contester que cela existe. Puisque le gavage est un procédé protégé au titre du patrimoine gastronomique et culturel de la France, on doit bien pouvoir librement le représenter ? Afin de mettre toutes les chances de notre côté, nous choisissons de montrer ce qui se fait de plus traditionnel et artisanal : le gavage d'une oie en parc - plutôt que ce qui se fait de plus courant (le gavage à la pompe d'oiseaux en batterie).
 
 
Treize jours s'écoulent. Nos relances téléphoniques restent sans réponse.
 

# Troisième proposition

16 décembre. Puisque les jours filent et que la simple vérité se révèle immontrable, nous décidons de proposer une nouvelle affiche qui serait un simple appel à l'empathie, sentiment toujours encouragé pendant les fêtes : sur les murs du métro parisien, de nombreuses ONG affichent en effet des campagnes d'appel à la générosité à cette période de l'année.
 
 
S'en suit... un nouveau silence radio de la part de Media Transports. Deux semaines s'écoulent sans réponse à notre association.
 
Ce n'est que la saison des fêtes terminée, le 31 décembre, que Media Transports daignera nous transférer un message qui en dit long :
 
"Je vous confirme que l’affichage de ce visuel dans le métro n’est pas souhaité en cette période de fêtes."
 
"En cette période de fêtes", les publicités pour le foie gras ont pourtant largement occupé les murs du métro de Paris.
 
Donner une information "loyale" et "véridique" est évidemment un objectif bien louable mais il semblerait que l'affichage sur les murs du métro parisien réponde à d'autres critères moins glorieux.
 
Vous pouvez signer jusqu'au 28 février notre pétition demandant à la Commission européenne d'intervenir contre les infractions commises dans la production de foie gras :
 
 
 
Johanne pour L214

Bannière Les animaux ne sont plus des biens meubles

Les animaux ne sont plus des biens meubles

  • Article du Mercredi 18 février 2015

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Article paru le 10 février 2015 sur Feminon Bio.

Mercredi 28 janvier 2015, l’Assemblée nationale a voté en lecture définitive la disposition de loi reconnaissant l’animal comme étant un « être vivant doué de sensibilité ». Quelles sont les conséquences de ce changement ?

Grâce à l'amendement déposé par Jean Glavany, l’animal est désormais reconnu comme un « être vivant doué de sensibilité » dans le Code civil. Mais ce changement a surtout une portée symbolique. En effet, aucun statut de l’animal n’a été créé. 

Une portée symbolique qui cristallise les résistances
Les échanges qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale en disent long sur les résistances exercées face à tout ce qui pourrait menacer l’exploitation des animaux.
Le député Marc Le Fur a estimé ainsi que cette validation intervient « au moment même où des efforts considérables ont été réalisés en faveur du bien-être animal. J’en veux pour preuve ce qui s’est passé avec les porcs et les truies, qui sont désormais libres de leurs mouvements dans leurs stalles, ou encore avec les poules pondeuses, dont l’espace s’est sensiblement élargi, passant à 700 centimètres carrés alors qu’elles étaient auparavant très confinées ». Une déclaration qui laisse perplexe lorsqu’on sait que les éleveurs peuvent encore maintenir les truies en stalle individuelle jusqu’à 4 semaines après l’insémination, ce qui finit par représenter la moitié de leur vie. Quant aux millions de poules pondeuses en batterie, leur espace de vie, auparavant équivalent à la surface d’une feuille A4, s’est « sensiblement élargi » depuis la réforme de 2012 de la superficie de… deux tickets de métro.
De son côté, tout en admettant que « nul ne conteste la nécessité de lutter contre la cruauté et la maltraitance à l’égard des animaux », le député Philippe Gosselin s’est inquiété des conséquences de cet amendement sur l’élevage, l’industrie, la chasse à courre et l’expérimentation animale. Un fantastique grand écart révélateur d’une société qui accorde à la fois aux animaux le statut d’« êtres vivants doués de sensibilité » mais qui s’avère, pour l’heure, incapable ne fut-ce que d’envisager d’abolir des pratiques cruelles envers ces mêmes êtres.
Accusé de n’avoir pas consulté les professionnels des filières agricoles et industrielles, les chasseurs et les laboratoires, Jean Glavany a rappelé que le règlement de l’Assemblée nationale a été respecté à toutes les étapes de la procédure, et que des mois de débats ont précédé la validation de son amendement. Il souligne même avoir « eu une conversation avec le président de la FNSEA, parce qu’il est vrai qu’il existait une inquiétude, et celle-ci a été ainsi balayée ».
Des textes à faire respecter
Et il serait effectivement illusoire d’attendre de cette reconnaissance juridique des conséquences pratiques sur le traitement des animaux. L’article L214-1 du Code rural a beau stipuler depuis 1976 que « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce », il est évident qu’il n’a jamais été sérieusement pris en compte ni dans les pratiques ni dans le droit. 
Cet article exprimait pourtant un souci de protection, le début d’une prise de conscience que les conditions de vie des animaux domestiques doivent répondre à certains impératifs, que l’humain se doit de respecter. Mais l’élevage, régit par ce Code, autorise des pratiques comme le gavage, la castration et l’écornage à vif, la séparation des mères et de leurs petits, le broyage des poussins vivants, l’entassement des animaux par milliers dans des hangars fermés et le fait d’être tué à la chaîne. L’association L214 a même choisi son nom pour mieux souligner l’existence de cet article essentiel et jamais appliqué.
Quant aux animaux sauvages, leur caractère d’êtres sensibles n'est pas reconnu dans le Code de l'environnement (qui régit notamment la chasse) et, surtout, ces derniers ne sont pas protégés des mauvais traitements.
Une avancée vers un monde meilleur
Il reste cependant l’espoir que cette avancée juridique, même symbolique, relance le débat public sur la place accordée aux animaux dans notre société. Pour la Fondation 30 millions d’Amis, « la réforme va permettre de créer un gisement de synergies entre le droit civil et le droit pénal, ou le droit rural, qui au cas par cas et petit à petit, bouleversera l’ensemble du droit animalier ».
Cet amendement s’inscrit en tous cas dans un lent mais perceptible changement de notre façon de voir les animaux ; d’ailleurs, il fait suite à une pétition lancée par la Fondation 30 millions d’amis et qui a récolté en deux ans plus de 800 000 signatures. Et pour une fois, les lobbies de la chasse et de l'élevage n’ont pas réussi à torpiller une décision favorable aux animaux, ne fut-ce que symboliquement. Pour Jean Glavany, l’amendement 59 « est une avancée modeste en termes de droit, mais de grande portée symbolique. Et le droit peut aussi, de temps en temps, relever du symbolique pour faire avancer les idées ».
Cet amendement constitue de fait un nouveau jalon sur la longue route qui mène à une réelle prise en compte des intérêts des animaux, qui ne devraient pas être exploités comme des machines mais respectés comme les êtres sensibles qu’ils sont.

Bannière La cruauté envers les animaux ne s’arrêtera pas tant que nous continuerons de manger de la viande

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Dans un article publié le 3 février 2015 dans The Guardian, Peter Singer, auteur de La libération animale, fait le point 40 ans après la publication de son ouvrage majeur. Il réagit notamment à la diffusion d'une vidéo faite par Animal Aid, une association militante, filmée en Angleterre dans un abattoir où il a été constaté des actes de cruauté sur des animaux. Pour Peter Singer, tant que nous continuerons à consommer de la viande, ces actes de maltraitance demeureront inévitables. Voici la traduction de cet article par Kévin Barralon. Merci à lui.


Lorsque j’ai publié La Libération animale, j’espérais que 40 ans plus tard, il n’y aurait plus d’abattoirs — et qu’il n’y aurait plus, également, d’histoires dans les journaux au sujet d’atrocités comme celle d’un abattoir dans le nord de l’Angleterre. Les arguments contre l’oppression que nous exerçons sur les animaux me semblaient si évidents et irréfutables qu’il était certain qu’un puissant mouvement allait émerger, reléguant ces abus dans l’histoire, à l'instar du mouvement anti-esclavagiste qui a mis fin à la traite des noirs.

Du moins, c’est ce que j’imaginais dans mes moments les plus optimistes (ou naïfs). Dans mes moments les plus pessimistes (ou réalistes), j’ai compris l’immensité de la tâche qui consiste à changer des habitudes aussi profondément enracinées que manger de la viande et transformer des points de vue aussi prépondérants que le spécisme. Plus de 200 ans après l’abolition de l’esclavage, le racisme est toujours là. Et même l’esclavage, alors qu’il est partout illégal, existe toujours. Comment ai-je pu m’imaginer que mettre fin au spécisme et à l’esclavage des animaux serait plus facile que mettre fin au racisme et à l’esclavage d'êtres humains ?

Dans le contexte de ces hypothèses les plus réalistes, nous pouvons déplorer le fait que les animaux soient toujours maltraités à grande échelle. Mais il ne faut pas désespérer. Dans de nombreuses régions du monde, y compris en Europe et aux Etats-Unis, il y a eu d’énormes progrès vers un changement d’attitude envers les animaux. Un mouvement puissant pour la défense des animaux a vu le jour, et ça a fait une différence pour des milliards d’animaux.

En 1971, lorsque quelques étudiants et moi avions mis en place un écran à Oxford pour montrer aux passants comment leurs œufs et leur veau sont produits, les gens nous demandaient si nous imaginions réellement que nous pourrions gagner face à la puissance politique et financière de l’industrie agroalimentaire. Mais le mouvement pour les animaux a remis en cause cette industrie avec succès, cette dernière ayant dû réaliser des réformes dans toute l’Union européenne qui exige désormais que les animaux d’élevage aient plus d’espace et de meilleures conditions de vie. Et des changements similaires sont intervenus de la même manière en Californie. Certes, ces changements sont encore loin de rendre la vie des animaux d’élevage décente, mais ils constituent une amélioration significative par rapport aux pratiques courantes avant les réformes.

Le nombre de personnes qui ont complètement arrêté de manger des animaux ou ont réduit leur consommation de viande pour des raisons éthiques est peut-être encore plus satisfaisant. Dans les années 1970, pour être végétarien il fallait être excentrique — pensée reflétée dans le nom de ce qui était alors le meilleur restaurant végétarien, Cranks ( = personnes excentriques). Si vous utilisiez le terme « vegan », vous obteniez invariablement un regard vide et vous deviez expliquer ce que cela signifiait.

Malgré tout cela, il est probablement vrai qu’il y ait plus d’animaux encore qui souffrent de la main des hommes qu’auparavant. C’est parce qu’il y a plus de gens riches dans le monde qu’auparavant, et le fait de satisfaire leur demande en viande signifie un vaste développement d’élevages industriels, plus particulièrement en Chine. Mais, le fait de voir dans cela une preuve que les défenseurs des animaux n’ont pas fait de progrès reviendrait à dire que, parce qu’il y a plus d’esclaves dans le monde aujourd’hui qu’en 1800, le mouvement anti-esclavagiste n’a pas fait de progrès. Avec une population mondiale qui a été multipliée par sept depuis 1800, les nombres ne nous expliquent pas l’histoire intégralement.

Les progrès ne sont jamais définitifs. Il y a toujours des périodes où nous avons l’impression que les choses stagnent, ou même que nous régressons. Périodiquement, des articles nous parlent, par exemple, du retour de la fourrure. Mais je doute que la fourrure ait jamais été aussi indiscutablement acceptée qu’il y a 40 ans en arrière. Le fait que les journaux nous exposent largement des faits au sujet de maltraitance d’animaux destinés à l’alimentation dans certains abattoirs est lui-même un progrès.

Dans le même temps, il y a une leçon simple à tirer des vidéos réalisées par les enquêteurs d’Animal Aid (une association qui milite pour les droits des animaux et qui a filmé les actes de maltraitance précités dans un abattoir en Angleterre) : si vous transformez les animaux en choses à utiliser et que vous donnez aux travailleurs le contrôle total sur ces derniers, il ne sera jamais possible de stopper l'existence de ce genre d’abus montrés dans les vidéos. Licencier un ou deux travailleurs fera d’eux des boucs-émissaires. Le problème n’est pas un ou deux salariés, ni la pratique de l’abattage halal, mais le système, et le système ne changera pas jusqu’à ce que les gens arrêtent d’acheter de la viande.


La vidéo d'enquête d'Animal Aid :