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Défaite des maîtres et des possesseurs : un roman de Vincent Message

  • Article du Lundi 13 juin 2016

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Iris est sans papiers. Comme si cela ne suffisait pas, elle vient d'être hospitalisée après un grave accident, et, cerise sur le gâteau, elle est humaine. Ce qui aurait été un privilège à notre époque est devenu un problème. Dans un monde où les humains ont été asservis au même titre que les animaux par une autre espèce, Iris a plus de chances d'être euthanasiée que soignée. Malo Claeys, son maître, va tenter le tout pour le tout pour la sauver.

“Et si des extraterrestres asservissaient les humains au prétexte qu’ils sont moins intelligents, conscients, ou que sais-je ? Serait-ce acceptable ?” Reprenant une des objections classiques à l'alimentation carnée, Vincent Message nous livre un récit hors-norme, qui remet en cause l'une des pratiques les plus ancrées dans notre société : le fait de manger les animaux.

Si le sujet de ce roman le classe dans la catégorie science-fiction, il en dépasse également les frontières. Tout au long de l'histoire, racontée par Malo Claeys à la première personne, les ressemblances frappantes entre notre monde et le sien se font de plus en plus dérangeantes. En nous mettant à la place des animaux, l'auteur dévoile la schizophrénie morale qui caractérise notre rapport à ces derniers. Si nous sommes capables de les chérir, de prendre soin d'eux et de reconnaître leur sensibilité, nous les élevons et les tuons pour nous nourrir de leurs cadavres. L'organisation de cette nouvelle espèce dominante semble si illogique et injuste vis-à-vis des humains, qu'on en oublierait presque que c'est notre portrait qui est dressé à travers elle. Un portrait bien peu flatteur : par le biais de la description de ce monde, on aperçoit en filigrane les atrocités du nôtre. Les poules encagées, les cochons égorgés, les veaux séparés de leur mère, les chiens et les chats euthanasiés… tous sont remplacés par des humains qui connaissent un sort similaire, tués aux alentours de leurs 15 ans pour la plupart. L'introspection du héros nous entraîne dans une réflexion philosophique et éthique sur la place accordée aux animaux : sa réflexion le mènera d'un point de vue bienveillant mais paternaliste à une conviction égalitaire et antispéciste. Si bien qu'on croirait parfois entendre l'écho des pensées de Peter Singer, le philosophe fondateur du mouvement moderne pour les droits des animaux. C'est d'ailleurs peut-être le cas.

Bien plus que le récit d'un drame entre deux individus, Défaite des maîtres et des possesseurs interroge le fonctionnement de notre société tout entière. Y a-t-il une justification morale à la manière dont nous traitons les animaux ? Est-il acceptable de les élever et de les tuer par milliards pour nous nourrir comme nous le faisons ? Après pareille lecture, il nous semble bien difficile de répondre par l'affirmative.

Interview de l’auteur (vidéo) 

Défaite des maîtres et possesseurs, Seuil, 18 €. En vente dans la boutique en ligne de L214.

illustration défaite des maîtres et possesseurs Vincent Message

photo bannière: Animal Empathy Project