Les œufs dans l'alimentation, bientôt du passé ?

  • Article du Lundi 9 décembre 2013

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Le célèbre magazine économique Forbes lui a consacré un article le mois dernier : la start-up californienne Hampton Creek pourrait révolutionner l'industrie alimentaire. Son secret ? Des substituts aux œufs, moins chers et plus économes en ressources, qui pourraient bien rendre les oeufs obsolètes et épargner des millions d'oiseaux.


Just Mayo, la mayonnaise sans oeufs de Hampton Creek

Pour Josh Tetrick, fondateur et PDG de Hampton Creek, entreprise qu'il a lancée il y a deux ans, le ratio énergétique de la production d'oeufs (39 calories utilisées pour 1 calorie produite) en fait un des secteurs alimentaires les plus inefficaces derrière la production de viande de boeuf et de veau. Ayant vécu 7 ans en Afrique subsaharienne où il a pu observer le manque de disponibilité alimentaire, il évoque un meilleur partage des ressources comme une des raisons qui l'ont poussé à créer des substituts d'oeufs.

Mais des milliers - des millions – d'autres individus sont autant de raisons qui poussent Hampton Creek dans ses recherches : aux États-Unis, 90% des poules pondeuses sont élevées en cages de batterie, comme 80% des poules pondeuses en France. Dans les deux cas, les poules vivent dans des bâtiments sans fenêtres sur un sol grillagé, et n'ont jamais accès à l'extérieur. Elles sont entassées dans des cages trop petites pour pouvoir étendre leurs ailes, et la promiscuité crée des comportements violents; pour cette raison, on coupe le bec des poussins de manière à éviter les blessures.


Un élevage français de poules en batterie

Après un an de ponte, les poules ne sont plus assez productives et sont envoyées à l'abattoir. Les souches de gallinacés utilisées dans les élevages de poules pondeuses sont différentes de celles utilisées pour produire des poulets de chair, les mâles sont donc broyés à la naissance (puisqu'ils ne pondent pas d'oeufs) et les femelles réformées seront abattues pour donner de la viande transformée.


Une poule après un an de ponte en élevage

Josh Tetrik estime que l'on doit changer le système entièrement. "Tout repose sur une idée: retirer l'animal de l'équation. Car quand vous retirez l'animal de l'équation, bien souvent vous en retirez également les gaz à effet de serre, le gâchis énergétique, les conditions d'élevage inhumaines, et vous y remettez vos propres valeurs." Selon lui, le consommateur ne doit plus avoir à faire de compromis quand un choix éthique s'impose. "On ne devrait pas avoir à payer plus cher, ou se contenter d'un produit moins bon. Si les gens qui ne se préoccupent pas des conséquences de leur alimentation trouvent que notre produit est moins cher, meilleur et plus pratique, ça nous convient très bien."

L'entreprise ne produira pas de substitut unique. En effet, le défi n'est pas uniquement gustatif, car il s'agit également de reproduire les propriétés de l'oeuf. Par exemple, le substitut doit maintenir ensemble l'eau et l'huile de la mayonnaise. "L'oeuf a 22 fonctionnalités différentes", ont découvert les chercheurs de l'entreprise. "Heureusement, il existe des millions d'espèces végétales dont 92% n'ont jamais été explorées dans l'alimentation, nous allons donc chercher ces différentes fonctionnalités toujours plus loin dans les plantes."

L'entreprise ne cherche pas à créer de nouvelles recettes sans oeufs, mais bien à trouver la combinaison végétale permettant de remplacer les oeufs à recette identique. Les deux premiers produits de Hampton Creek sont une mayonnaise et une pâte à cookies, et une solution devrait voir le jour pour réaliser des oeufs brouillés 100% végétaux.

Environ 35% de la production française d'oeufs n'est pas vendue sous forme d'«oeufs coquille » mais transformée en ovoproduits, c'est-à-dire en liquides utilisés dans la fabrication d'aliments. Cela représente plus de 4 milliards d'oeufs par an, soit 14 millions de poules qui pourraient être épargnées chaque année par le remplacement de ces ovoproduits par des substituts.

Sources :


Tous les lapins sont des Panpan

  • Article du Dimanche 8 décembre 2013

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Anne-Lorraine est adhérente L214, elle partage avec nous un texte qu'elle a écrit sur Panpan, un petit lapin qui a eu de la chance d'être accueilli dans un foyer comme celui d'Anne-Lorraine. Fragment de vie raconté en mémoire de Panpan et de tous les lapins de la terre.

65€, 15 jours de garantie...

Au départ je ne savais rien d’eux. Rien de plus qu’un a priori sympathique du souvenir de Panpan dans Bambi. On m’a apporté un jour un petit lapin, vraiment très petit. Avec son ticket de caisse pour le changer s’il y avait un problème. 65 €, 15 jours de garantie...


La chatte Zazi et le lapin Panpan

Comme j’avais une chatte adulte assez territoriale, et que j’avais entendu que les lapins sont des proies, Panpan restait dans sa cage. Ma fille et moi le câlinions en prenant soin de ne pas lui faire peur, en le tenant contre nous le plus délicatement possible. Quand nous le laissions sortir, il se contentait d’un petit tour autour de sa cage. La communication restait limitée. La chatte, Zazi, ne manifestait aucune hostilité. J’ai donc décidé de le laisser libre.

Le salon est devenu « la chambre de Panpan »

J’ai installé son immense cage, porte ouverte. Et la vie de maison a changé.


Zazi et Panpan sur le canapé

Dès qu’il a compris que sa cage ne se fermait plus jamais, il a commencé à explorer son domaine. Exploration qui se fait largement avec les dents ! Il a réaménagé le salon à sa convenance, agrémenté le dessous du canapé de galeries et sculpté les plinthes. Puis il a entreprit de nous apprivoiser ! Il était visiblement ravi et nous le faisait savoir par de longues séances de câlins. Mais c’est avec la chatte Zazi qu’il a développé des manœuvres de séduction surprenantes… Panpan avait beaucoup d’intérêt pour elle et cherchait son contact. Cependant, dès qu’il montait à côté d’elle sur le canapé, elle partait ou le repoussait. Amoureux éconduit, il restait au pied du canapé ou à l’autre bout du canapé. Après quelques déconvenues, il a élaboré une stratégie. Il montait sur le coin opposé du canapé et centimètre par centimètre, se rapprochait d’elle. Les premières fois, arrivé près d’elle, il se collait à elle mais l’orgueilleuse Zazi n’allait tout de même pas se laisser conquérir si facilement et l’envoyait littéralement valser plus loin d’un coup de patte, sans griffe, mais déterminée.

Panpan ne renonçait jamais

Il a peaufiné sa stratégie : parvenu à 2 ou 3 centimètres de la poilue de sa vie, il se penchait très légèrement sur le côté, juste assez pour les poils se frôlent. Zazi détournait la tête comme si elle n’avait rien vu. C’était génial. Ils passaient de longues heures ainsi sur le canapé, à se faire des câlins comme si de rien n’était… Et parfois, comble du bonheur, Zazi daignait lui rendre son amour, se tournait vers lui et lui léchait la tête. On entendait les petits frottements de dents que les lapins émettent dans les grands moments de plaisir du bout du salon !


Tendre câlin

Avec les humains de la maison, Panpan était aussi un grand séducteur. Le matin quand j’entrais dans sa chambre, il accourait vers moi et se dressait pour que je le prenne dans les bras. Suivait une longue séance de bisous, frottements de mentons et grincement de dents pour nous montrer à quel point nous étions heureux de nous retrouver. Panpan gambadait ensuite autour de moi et courait derrière les balles de papier que je lui lançais. Quand des inconnus venaient, il était immédiatement accueillant, grimpait sur les genoux et manifestait son intérêt pour les contacts.

Un jour, une chatonne est venue agrandir notre tribu

Panpan a pris très au sérieux sont rôle d’éducateur et fait respecter sa place dans la hiérarchie familiale. Galaxy, la chatonne, était la bienvenue mais qu’elle était la dernière arrivée, donc dernière servie. Il avait un petit coussin près du radiateur. Zazi s’y couchait fréquemment. Panpan se mettait alors près d’elle et, comble du bonheur, Zazi posait sa tête sur lui pour dormir ! En revanche, lorsque Galaxie voulait le coussin, il l’a faisait déguerpir sans délai ! Galaxie a beaucoup appris de lui. Petite, elle se laissait tomber sur le côté, comme le font les lapins, pour se coucher ! Elle mangeait des graines et du foin et jouait avec Panpan comme elle l’aurait fait avec un autre chaton. Panpan était assez costaud pour se défendre mais par sécurité, les jeux se faisaient toujours en notre présence. Des heures de rires. Ils se coursaient dans l’appartement et c’était toujours magique de voir Panpan poursuivre les chattes et l’inverse quelques secondes plus tard.
J’ai dû quitter la France pour le Canada. Zazi et Galaxy sont restées en France avec leur « maman » humaine et Panpan est venu avec moi. Après notre arrivée, j’ai adopté une chatte de son âge. Panpan avait toujours vécu avec des chats et je ne voulais pas qu’il se sente seul. Ils sont devenus très copains. J’ai eu aussi beaucoup de chats en famille d’accueil. Je présentais Panpan aux chatons et il était toujours très accueillant et savait se faire respecter. Une chatonne a même essayé de le téter une fois !


Une copine chatte de Panpan : Martha

Il laisse un grand vide

Panpan est mort à dix ans, pendant une période de canicule trop longue pour son petit corps et son âge.

Son comportement et ses capacités, intelligentes et sensibles, nous ont étonnés quotidiennement. Les souffrances imposées aux lapins exploités sont intolérables. Ce sont des êtres à l’intelligence très fine, à la sensibilité très développée. Leurs capacités sont immenses. Il est tout aussi insupportable de les voir confinés, trop souvent encore, dans les petites cages d’une salle de classe ou d’une chambre d’enfants où les enfants n’apprendront certainement pas à respecter les animaux mais à les dominer. On entend souvent parler de lapins mordeurs. Panpan ne mordait pas. Ce tout petit lapin a illuminé la vie de la maison pendant 10 ans. Sa présence joyeuse a fait notre bonheur chaque jour...


Un lapin mort entre mes mains - texte de Nina

  • Article du Lundi 2 décembre 2013

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L214 a réalisé une tournée d'actions en France en octobre 2013 pour dénoncer les conditions abominables d'élevage des lapins Made In France. Ces actions ont eu lieu dans 7 villes, nous vous proposons un arrêt à Strasbourg où Nina, participante, pose des mots sur son ressenti. Merci à elle.

Happening de l’association L214 Tous sensibles à Strasbourg le mardi 22 octobre 14h place Kléber

Après avoir hésité à me lancer dans cette action, je réalisai qu’il m’était plus difficile encore de ne rien faire, de ne pas m’engager. Parce qu’il s’agit bien ici d’engagement.

Participer à cette action a scellé mes positions, je sais pourquoi je l’ai fait, je sais ce que signifie pour moi que de s’aventurer sur la voie du végétarisme.

Debout, droite, une combinaison, un T-shirt rappelant la raison de notre présence, des gants, je regarde loin devant moi. J’attends, comme toutes les autres personnes qui sont venues pour montrer leur indignation face aux traitements infligés aux lapins élevés pour être abattus, élevés comme marchandises.

Ce que l’on nous avait annoncé arrive : chacun de nous porte maintenant un lapin sacrifié au nom d’une société de rendement, un lapin dans nos bras, mort, dur comme de la pierre.

Je te tiens dans mes bras. Même si tu ne ressens plus la chaleur que je peux t’offrir, je suis là pour toi, nous sommes là pour vous, êtres sacrifiés pour une société qui n’est pas la vôtre, qui vous méprise, qui est la nôtre mais dont nous ne voulons plus. Pardon. Pardon d’avoir laissé faire ça. Nous n’acceptons pas que vous soyez morts sans raison ; aujourd’hui nous vous rendons hommage, nous accrochant à l’espoir d’éveiller les consciences qui nous observent, portant contre nous ces lapins qui ne sont plus que des corps.

L’action touche à sa fin. On me retire le lapin des bras, ceux-ci retombent le long de mon corps, qui me semble incroyablement vide. Je suis vide de ne pouvoir être proche de chacun d’entre-eux. Remplie d’une nouvelle volonté, celle de ne pas lâcher.


À la campagne, la souffrance animale s'entend aussi

  • Article du Samedi 23 novembre 2013

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Des cris dans la nuit ont réveillé et inquiété les habitants d'un petit village situé dans l'État du Massachusetts. La police rassure : « cela se produit chaque année et c'est normal ».
Coupure de presse parue dans un journal local traduit de l'américain par Marie Ramblier pour L214.

Ces sons étranges s’avèrent être des gémissements de vaches séparées de leurs veaux

NEWBURY — 23/10/2013 — La police a rassuré les résidents qui ont entendu des bruits étranges venant de la ferme Sunshine Dairy dans la nuit de lundi et ce jusqu’à hier matin.

Selon le sergent Patty Fisher, ces meuglements sont émis par les vaches qui manifestent leur douleur au moment où on leur enlève leurs veaux. Il explique que les vaches sont séparées de leurs veaux tous les ans et qu’il s’agit d’une pratique normale pour le bon fonctionnement d’une ferme laitière.

Elle ajoute que « cela se produit tous les ans à la même période ».

Après avoir reçu au moins quatre appels entre minuit et 7 heures hier matin suite à ces bruits, Fisher a immédiatement publié un message sur sa page Facebook :

« Les personnes qui habitent près de la ferme Sunshine Dairy et qui entendent de très forts gémissements à toute heure du jour et de la nuit ne doivent pas s’inquiéter. Les vaches ne sont pas stressées et les bruits qu’elles manifestent sont tout à fait normaux. »

Le fait de séparer les vaches de leurs veaux ne manque pas de soulever une controverse de la part de nombreux bloggeurs et défenseurs des droits des animaux qui qualifient cette pratique inhumaine et cruelle. Les vaches sont séparées de leurs veaux peu de temps après leur naissance pour qu’ils ne boivent pas le lait de leur mère. Ils sont ensuite isolés dans de petits boxes en attendant qu’ils grandissent pour être placés avec d’autres veaux, selon plusieurs sites web de fermes laitières.


Une semaine à Woodstock

  • Article du Lundi 11 novembre 2013

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J’ai entendu parler la première fois du Woodstock Farm Animal Sanctuary à Chicago, dans un petit restaurant végétarien, le Chicago Diner. Une affiche dans le restaurant mentionnait « We proudly support Woodstock Farm Animal Sanctuary » avec la photo des deux canards qu’ils parrainaient, Mickey et Jo.

Trois ans plus tard, je revois encore cette affichette. Ce qu’elle provoque en moi. À ce moment là, je suis végétarienne depuis plus de 20 ans. J’aspire au végétalisme sans y parvenir. Droguée au fromage, aux œufs. Je fais des tentatives, j’échoue, je recommence. C’est comme avec la cigarette, mais il n’y a pas de patchs de Saint-Nectaire fermier. Je suis végétarienne parce que j’aime les animaux, je ne me sens aucun droit sur eux. Je sais qu’ils sont comme nos frères, nos sœurs, nos parents. Comme nous, des êtres doués d’intelligence, de compassion, de tendresse. Des êtres sociaux qui ont des liens de famille et d’amitiés. Ils sont avec nous. Pas pour nous.

Je suis allée passer quelques jours à Woodstock l’été dernier. Citadine survoltée et à bout de souffle, j’ai besoin de la présence des animaux, je veux apprendre ce qu’est une ferme sanctuaire. Je me propose comme bénévole pour une petite semaine. J’ai été accueillie avec chaleur par les gens et les animaux. J’ai beaucoup reçu. Immensément.

Le sanctuaire est à quelques minutes de Woodstock, à deux heures au nord de New York, dans les montagnes Catskill. La route est belle, la végétation exubérante, trouée de jolies maisons en bois.
Le sanctuaire a été créé par Jenny Brown et son mari, Doug Abel. Jenny travaillait dans le cinéma. Végane depuis longtemps, impliquée dans quelques associations pour lesquelles elle avait réalisé des reportages en caméra cachée, elle abandonne sa carrière pour se consacrer aux animaux et militer pour leur défense. Elle passe une année dans une ferme sanctuaire pour se former aux soins et se préparer à créer son propre sanctuaire.
En 2004, son mari et elle achètent la ferme de Woodstock. Ils s’y marient, les amis leur offrent les premières clôtures et poulaillers ! La ferme s’est agrandie d’une maison d’hôte. Elle est ouverte à tous, il faut juste y respecter la politique vegan. Le petit déjeuner suffit à convaincre les plus septiques.

Environ quatre cents animaux vivent ici. Des chèvres, des moutons, des cochons, des poules et des coqs, des canards, des dindons, des lapins, des vaches, une mule. Il y a aussi des chiens et des chats. Tous sont amicaux et curieux.

La ferme est organisée en différents espaces pour répondre aux besoins et au confort de ses habitants. La première impression qui me saisie est la sérénité qui émane de toute chose. C’est un havre de paix. Jamais cette image n’a été plus juste dans mon esprit. Chacun ici est en sécurité. Je me sens sereine comme jamais je ne l’ai été. Confortablement installée dans une chaise à bascule, je regarde la nuit tomber sur la ferme tandis qu’autour de moi s’illuminent des lucioles.

Le lendemain matin, après un petit déjeuner vegan et gastronomique, je me présente à la ferme. Je ne sais rien faire de particulier, je suis juste forte de ma bonne volonté et je n’ai pas peur de me salir.

En compagnie de deux autres bénévoles, le premier travail de la journée consiste à nettoyer la litière des moutons. Sheila, la soigneuse qui nous supervise, nous les présente. Chacun a son nom et Sheila, comme toutes les autres personnes de la ferme, connaît l’histoire de chacun. Elle insiste sur les plus fragiles en nous recommandant de leur porter attention. Il fait une chaleur accablante. Les animaux très âgés ou de santé faible sont particulièrement surveillés. Les moutons ne nous connaissent pas, nos gestes sont maladroits, et pourtant la plupart viennent nous saluer et nous rendent nos caresses par de petits coups de tête. Je remarquerai vite que c’est le cas de tous les autres résidents de la ferme. Et il n’y a pas de crainte en eux. Moi qui croyais que tous les moutons étaient super peureux…

Alors que nous finissons, un nouveau mouton arrive. Dès son arrivée, Jenny s’installe dans la paille avec lui, dans un petit box collé contre celui des autres moutons. Il est apeuré, tremblant. Elle lui enlève l’étiquette qu’il a dans l’oreille et ramasse une crotte pour la faire examiner, vérifier son état de santé. Les gestes sont précis, rapides, professionnels et toujours très doux. Il ne sera plus jamais un numéro. C’en est terminé de l’esclavage mais il ne le sait pas encore. Son inquiétude fait mal au cœur mais il va vite comprendre. Les autres moutons se pressent de l’autre côté du box pour venir voir le nouveau. Sans doute joignent-ils leurs efforts à ceux de Jenny pour lui dire que maintenant, tout va bien. Il est sauvé. Il est rejoint quelques heures plus tard par un autre mouton et dès le feu vert du vétérinaire, Abbe et Izze rejoignent leur nouvelle famille.

La prochaine tâche est le nettoyage de la maison des poules. L’enclos, comme tous les autres, est vaste, séparé en deux par la maisonnette. D’un côté de grosses poules blanches, de l’autre des petites poules rousses. Je fais le nettoyage avec ces dames dans les jambes. Elles ne sont absolument pas craintives et tournicotent autour de moi. Ce n’est pas pratique mais très ludique ! En récurant la maison, j’ouvre une porte intérieure, les blanches dodues vont rendre visite aux voisines rousses. Tout paraît normal, simple visite de bon voisinage. Je vais chercher Sheila pour vérifier le travail. Il faut remettre vite fait les poules blanches chez elles ! En fait, même si elles sont bonnes voisines, les blanches n’ont pas le droit d’aller chez les rousses. Elles étaient destinées à être mangées. Elles sont donc génétiquement programmées, modifiées, pour être énormes. Elles peuvent manger tout ce qu’elles trouvent dans la terre mais les graines sont contrôlées. Les voisines rousses étaient destinées à pondre. Elles n’ont pas ce problème de poids. Donc, bonnes voisines, certes, mais très intéressées aussi les poulettes blanches… Je ruse assez facilement pour remettre de l’ordre. En fin de journée, j’ai une des plus réjouissantes vision de mon séjour : dans l’infirmerie, deux soigneurs sont devant la table d’examen, chacun tient une poule blanche dans les bras pour un bain de pattes… C’est assez drôle à voir mais la raison est que ces pauvres petites ont de graves problèmes de pattes à cause de leur poids. Il faut les surveiller et les soulager. Surtout avec la canicule qui sévit. Le lendemain après-midi, elles sont toutes rapatriées dans la maison d’accueil des visiteurs où elles pourront profiter de la climatisation… Les visiteurs se tasseront un peu.

Dans l’infirmerie, outre les poules qui prennent leur bain de pattes, je fais la connaissance d’une beauté rousse, Marybeth. Séparée de sa mère à la naissance pour devenir à son tour une vache laitière. Marybeth a 6 semaines.

Elle a été sortie de l’usine de lait parce qu’elle a une infection sanguine. Elle n’est donc pas « bonne pour le service ». Une dame a réussi à la récupérer avant qu’elle ne parte pour l’abattoir et elle est transportée à Woodstock. Sa patte arrière est fragile à cause de son infection, elle doit voir le vétérinaire dans quelques jours. Aucune prothèse n’est possible pour une vache et elle ne peut vivre sur trois pattes, son corps adulte serait trop lourd. Si sa patte ne peut être sauvée, c’est Marybeth qui est condamnée.
Marybeth adore les câlins. Elle veut téter aussi. On me donne la permission de rentrer dans son box pour la câliner. Comme tous les bébés, elle a besoin de compagnie et de tendresse. Elle me lèche inlassablement les bras avec concentration. Sa langue est rugueuse, plus efficace qu’un gommage ! Je lui donne un seau de lait dans lequel elle donne de grands coups de tête, comme elle le ferait si elle pouvait téter sa mère… C’est bouleversant et sportif de lui tenir le seau de lait. Je me sens très privilégiée.
Chaque jour, elle a droit à quelques minutes de liberté. C’est une explosion de joie. Marybeth libérée de son box file directement vers les autres animaux, sautillant en gestes désordonnées de ses membres gourds, elle lance des éclats de bonheur autour d’elle, provoque l’hilarité et nous brise le cœur. Tant de joie, tant d’envie de vivre. Pourra-t-on seulement la sauver ? Dans un sanctuaire qui accueille 400 résidents, souvent dans un mauvais état de santé, les décès sont fréquents. Les soigneurs me disent qu’ils ne s’y habituent jamais. A chaque fois, leur cœur se fracasse.

À ce jour, Marybeth tient bien le coup, l’infection est stoppée et il semble que ses os se reconstituent. Tous les espoirs sont permis et elle est très forte !

Comme je semble dans mon élément dans la paille, on me confie des poches froides à appliquer sur les rhumatismes d’une chèvre. Elle bouge et ne me rend pas les choses faciles. Je me contorsionne en me gelant les doigts pour que la poche reste en place. Au bout d’un petit moment, elle se retourne vers moi et frotte sa tête contre la mienne. C’est intense, fraternel. Quitter ce paradis sera difficile.

Durant le week-end, la ferme est ouverte au public. Suffisamment proche de New York pour qu’on fasse l’aller retour dans la journée, elle profite aussi du passage important qu’attire la mystique ville de Woodstock. Tout le monde s’active pour bien accueillir les visiteurs. C’est une mission primordiale de l’activité du sanctuaire. Il s’agit de montrer à tous les animaux que nous exploitons par milliards dans une ignorance bien pratique de qui ils sont et de ce qu’ils subissent. Toute l’équipe se relaie pour faire visiter et expliquer, informer, sensibiliser. Devant la maison d’accueil, on peut voir un documentaire qui passe en boucle, tout en grattant la tête d’Emmet le bouc, goûter du fromage vegan, prendre des tracts pour approfondir ses connaissances. C’est Jenny qui ouvre le bal. A chaque étape, elle raconte d’où viennent les animaux. Ce que signifie concrètement leur vie en exploitation. Elle n’en rajoute pas. La description de la réalité suffit largement. Devant chaque enclos, des photos ou des modules industriels illustrent son propos. La réalité, c’est ça. Cette cage minuscule sert à entraver une truie comme celle dont vous êtes entrain de gratter le ventre et qui grogne de plaisir.

Et quand vous mangez du jambon, et bien c’est cette partie là de son corps que vous mangez. Chaque animal retrouve son individualité, Jenny n’est pas avare d’anecdotes sur leurs histoires. Il y a quelques stars ici. Comme Kayli, la vache qui s’est échappée du « marché aux bestiaux » dans lequel elle aurait dû être tuée. Elle attendait dans ce couloir de la mort avec d’autres animaux et elle a su saisir une opportunité de s’enfuir. Elle a été rattrapée par la police et ramenée au marché. Mais déjà le bruit a couru et des sympathisants sont venus demander sa grâce. Accordée par le gouverneur de l’état !

Pendant 5 jours, j’ai eu la chance de vivre au contact d’êtres précieux. Les animaux et ceux qui prennent soin d’eux, Sheila, Sue, Fela, Scott, Hervé, Jenny, Doug qui travaillent là, Gabriella et Erin qui étaient en stage, et plusieurs bénévoles comme moi. Le travail est très prenant, physique mais l’ambiance est joyeuse, chaleureuse. L’attention portée aux animaux s’étend à tous. J’ai rencontré des gens engagés, unis. Avoir partagé leur quotidien est un privilège qui m’a apporté beaucoup.

Je suis maintenant végane. Et je n’en éprouve plus aucune difficulté.

Vous pouvez découvrir plus sur cette ferme unique en visitant leur site

Pour ceux qui lisent l’anglais, vous pouvez vous procurer le livre formidable et édifiant de Jenny Brown, « The Lucky Ones, my passionate fight for farm animals » !

Anne Lorraine Vigouroux


Hommage au lapin mort tenu dans mes bras

  • Article du Dimanche 20 octobre 2013

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J’exhibe aujourd’hui ton corps pour sauver des vies. S’il est trop tard pour toi, des milliers sont encore vivants et des millions sont à venir – insémination artificielle oblige –, forcés à naître pour satisfaire l’appétit d’amateurs de civets et divers pâtés, connaisseurs de chairs mijotées, ignorants de la misérable vie du petit être qu’ils savourent.

Eux qui vont et viennent librement de par le vaste monde, ils t’ont laissé sur Terre et pour toute ta vie un espace à peine plus grand que toi. Toi dont le corps était fait pour bondir, sauter, jouer, ils t’ont définitivement enfermé dans une cage si basse que tu ne pouvais même pas te dresser, ou faire ne fut-ce un seul pas sans te cogner au grillage ou aux autres.

Enfermé dans ta prison éclairée aux néons, tu mangeais jour après jour les mêmes granulés, sans jamais rien savourer, ni boire une goutte de rosée ou profiter de la chaleur du soleil – même lui, ils le veulent entièrement pour eux.

Bourré d’antibiotiques, les pattes saignantes sur le sol grillagé, les oreilles écorchées, tu as vu nombre de tes camarades de souffrances partir pour le dernier voyage – vers l’abattoir. D’autres, comme toi, sont morts de maladie ou de neurasthénie, petites étoiles si vite éteintes, insignifiantes sinon pécuniaires pour ces humains qui comptabilisent d’un trait sur un carnet la fin de ta non-vie, même pas une survie. Cage 87, un lapin trouvé mort, petit déficit, et c’est ainsi que se remplissent toujours un peu plus les poubelles des élevages.

Je pense que tu ne m’en voudras pas, pauvre lapin, d’exposer ainsi ton cadavre en pleine rue, puisque je suis de celles et de ceux qui luttent pour un monde meilleur pour tous – humains, lapins, veaux, vaches, cochons, oies, canards, poules, poissons, moutons, chèvres, chevaux… la liste est longue de ceux qui souffrent, abandonnés, exploités, affamés, torturés… Utopiste je suis, aujourd’hui encore on me l’a dit, mais l’utopie n’est-elle pas aussi l’aspiration à une réalité idéale ? Et qu’existe-il de plus important que la fin de la souffrance et de l’injustice ? Ce n’est pas toi qui me contrediras, toi dont la vie a été volée.

Des gens s’arrêtent, des gens passent, des gens pleurent, des gens provoquent, rejettent, s’émeuvent, questionnent, tandis que ton corps pèse si densément au creux de mes mains. Et du bout de mes doigts gantés, je caresse doucement ta fourrure encore soyeuse, t’offrant ainsi le seul geste d’amour que tu aies jamais connu.

Clèm



photos : Merry Photography

pour plus d'infos sur l'élevage des lapins, vous pouvez visiter le site de L214


Lettre de L214 au Président de Super U

  • Article du Mardi 24 septembre 2013

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Après avoir obtenu de Monoprix le retrait des oeufs de poules élevées en cage de sa marque propre, L214 se tourne vers une nouvelle enseigne qui se dit engagée dans le développement d'une agriculture plus responsable : Système U.

Nous publions le courriel adressé ce 19 septembre à Serge Papin, PDG de l'enseigne, et à quatre de ses collaborateurs.

 

Monsieur le Président Directeur Général,
Madame, Messieurs,

Depuis plusieurs mois, l'association L214 propose à Système U d'examiner ensemble les moyens de s'engager en faveur d'un approvisionnement en oeufs plus attentif aux animaux que l'élevage en batterie. Fin juin, nous vous avons également transmis deux signalements concernant certains de vos fournisseurs en oeufs de type "code 3" se trouvant en infraction avec la réglementation nationale et européenne.

Nous regrettons de n'avoir pu prendre connaissance des actions menées par Système U pour garantir d'une part à votre clientèle le respect des normes minimales en élevage, mais aussi - et surtout- pour tourner votre enseigne vers la production d'oeufs de plein air et abandonner l'élevage de batterie. L'élevage des poules en cage est extrêmement préjudiciable aux animaux, quand bien même la réglementation y serait respectée.

Conformément à notre mission de sensibilisation, nous avons entamé, ce mercredi, une campagne d'information à l'attention de la clientèle des magasins U et du public. Le site internet www.Secouez-Super-U.com est notamment destiné à recueillir les signatures de citoyens et consommateurs vous demandant de mettre fin à la vente d'oeufs de batterie. Cette pétition est également hébergée sur la plateforme Change.org : www.change.org/OeufsSuperU.

Dans les semaines à venir, des actions s'adresseront, dans toute la France, à la clientèle des magasins U.

Hier, pour son lancement, la pétition "Super U : cessez de vendre des œufs de poules élevées en cage" a recueilli 3000 signatures en ligne, et 311 personnes ont signé une carte-pétition devant l'Express U de la rue Montorgueil à Paris.

Nous nous tenons à votre disposition pour évoquer les possibilités qui vont sont offertes, en tant que distributeur, pour témoigner de votre engagement en tant qu'entreprise responsable et attentive aux animaux, et serions ravis d'en discuter de vive voix.

Meilleures salutations,

L214 a également envoyé un dossier d'information à plus de 1 000 magasins U en France. Des actions ont déjà commencé, dans plusieurs régions de France, pour informer et mobiliser la clientèle des magasins.

Secouez Super U ! Signez la pétition

Avec la plateforme Change.org, L214 a mis en place une pétition adressée au PDG de Système U. Chaque jour, nous envoyons un message aux dirigeants de l'enseigne pour les informer du nombre de nouvelles signatures. Faites grimper le compteur !

Deux adresses, une pétition :
www.change.org/OeufsSuperU
www.Secouez-Super-U.com



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Jonathan répond à Daniel Bernard, auteur d'un dossier sur le végétarisme dans le magazine Marianne (à lire ici.). Cet article à charge en a fait bondir plus d'un depuis le début de l'été&nbsp! La lettre de Jonathan est une véritable réflexion sur les rapports qu'entretient notre société avec les animaux. Il nous parle d'égalité, de justice et démonte les non-arguments d'un journaliste peu scrupuleux.


Remarques préliminaires sur l’article intitulé « les végétariens : une nouvelle famille idéologique »

Magazine Marianne

Fin juin est paru un article présentant le végétarisme comme une nouvelle
idéologie, comme un mouvement tendance, à la mode. Mais pour quiconque souhaitait y trouver un
sujet traité sérieusement, ce fut le choc à cause de l’absence de réflexion de l’article. En quoi est-ce
une idéologie ? Rien n’est dit à ce sujet. Qu’y a-t-il dans cet article ? Qu’apprend-t-on ? Absolument
rien, rien d’autres que des figures de styles ironiques en guise d’argument durant six pages. Ironiser
n’est pas produire un argument, mais juste paraître savant en employant des mots compliqués pour
impressionner le lecteur qui ne connaît pas le sujet ; ce n’est pas parce que l’on emploie des mots
compliqués que ce que l’on dit a du sens. D’où la faute commise par l’auteur de « lancer » des idées
graves sans les justifier, sans les fonder. Ce qui désole, c’est le tort causé à ceux qui luttent pour la
cause des animaux, et donc avant tout aux milliards, oui milliards, d’animaux victimes de nos
pratiques chaque année.
On n’y trouve donc rien que des remarques ironiques dénuées de sens, qui
ne traitent pas, même rapidement, de la question pourtant centrale du végétarisme, à savoir la
question morale concernant le statut éthique des animaux, c’est-à-dire la façon dont nous traitons les
animaux et la façon dont nous devrions les traiter. On y apprend seulement que le végétarien serait
un bobo parisien réfugié dans le Marais, ou un maigrelet obsédé des derniers régimes en vogue qui
mangerait des bols d’épeautres et pratiquerait la privation de nourriture pour être anticonformiste.
Telle serait la finalité du végétarien : être à contre-courant. On y voit également l’auteur marqué par
« la supériorité morale » du végétarien, ce qui peut aisément se comprendre après quelques
réflexions sur la nature de la morale. Ce qui désole par ailleurs, c’est le manque de connaissance du
sujet présenté sous des formes pseudo-savantes au grand public : on peut clairement parler de
mensonge, de malhonnêteté intellectuelle. Une simple consultation de la page internet
« végétarisme » sur Wikipédia aurait pu fournir un peu de matière à l’article. Il ne sera pas utile de
reprendre ligne après ligne car cela n’aurait que peu d’intérêt et nous conduirait à rester dans le
même registre que l’article en question.

1 – Ce qu’est le végétarisme

Le minimum d’honnêteté aurait été de dire ce qu’est le végétarisme et présenter les
différentes motivations des végétariens, en ce que ces motivations sont capitales pour déterminer la
prétention à en faire une obligation morale. Il faut distinguer les végétariens éthiques des végétariens
pour des raisons de santé (pour une question nutritionnelle). Les végétariens éthiques refusent que
l’on tue des animaux pour se nourrir (si des alternatives sont possibles, comme c’est le cas dans la
quasi-totalité des communautés humaines) et ne consomment donc pas de viande (ce qui inclue la
volaille et le poisson). Un végétalien ne consomme pas d’aliments issus des animaux (lait, fromage,
crème, gélatine, œufs, etc.), car en plus du refus de la mise à mort d’animaux pour se nourrir, il refuse
l’exploitation des animaux. On appelle vegan le fait de ne consommer aucun produit d’origine
animale (cuir, laine, etc.). Nous regrouperons toutes ces positions sous le terme de « végétarien »
dans le cadre de l’article qui nous intéresse. Les végétariens éthiques condamnent donc toute
utilisation des animaux comme de simples objets et les considèrent comme des fins en soi ayant une
valeur inhérente comme c’est le cas pour chaque être humain, c’est-à-dire le droit de vivre et le droit
à être traité avec respect. Le végétarisme nutritionnel n’a aucun moyen de blâmer le carnivore car il agit au motif d’un critère égoïste consistant à ne pas manger de viande pour son propre bien-être. La
différence est donc de taille avec le végétarisme éthique puisque le végétarisme nutritionnel se
moque, au même titre que celui qui mange de la viande, du sort des animaux. Un tel végétarisme ne
peut donc être moralement prescriptif. Or, à aucun moment de l’article cette distinction pourtant
basique n’est faite. Lorsque vous dites qu’il s’agit d’une « contre-doxa alimentaire [qui] recommande
privation, abstinence et substitution », vous désignez peut-être, si c’est possible de vous comprendre,
les végétariens santés en sous-alimentation. Mais, d’une part, pourquoi se focaliser sur eux dans le
cadre d’un article traitant d’une soi-disant nouvelle idéologie moraliste ? D’autre part, pourquoi
pensez-vous que les végétariens se sous-alimentent ou se privent de manger ?

2 – La question morale centrale et les autres points de vue

A aucun moment cet article contre le végétarisme ne prend le soin d’exposer la question
centrale, à savoir celle du droit des animaux à être traités avec respect, témoignant de l’ignorance
totale de l’enjeu de la question du végétarisme, tant de la part de l’auteur que de toute la rédaction
qui valide et approuve l’article. En effet, si le végétarisme se présente en lutte, c’est parce qu’il s’agit
d’une question morale, et non pas une question de nutrition, d’esthétique (de goût), d’économie,
d’écologie ou de tradition. La première chose à faire est de distinguer les différentes motivations des
végétariens. Certes, la question nutritionnelle est intéressante comme souci de sa propre santé ; c’est
un point de vue prudentiel. Or, s’il y a une lutte pour faire reconnaître des droits aux animaux, c’est
parce qu’il y a des victimes distinctes de ceux qui consomment (ce en quoi consiste la morale, dans le
rapport aux autres) ; la question est celle de nos devoirs envers les animaux. Le problème (formulé de
façon vulgaire) en question est celui-ci : qu’est-ce qui peut justifier que se servir des animaux et les
tuer ne pose pas de problème moral, mais que faire de même avec les hommes est mal ? Sur quelle
base attribuer un droit inaliénable aux hommes mais non aux animaux ? Autrement dit, qu’est-ce qui
peut justifier moralement les souffrances que nous infligeons aux animaux ? Comment devons-nous
nous conduire à l’égard des animaux ? Or, le point de vue moral est déterminé par une justification de
ce qui est moralement juste ou non de faire, valable pour tous, à la différence de la sphère des
motivations qui relève du domaine psychologique et personnel. En tant qu’il s’agit d’une question
morale, les points de vue économiques, esthétiques, écologiques, nutritionnels, biologiques,
historiques et culturels ne peuvent servir d’arguments car le problème est d’ordre éthique, et
l’éthique est ce qui doit être tenu comme la considération première pour déterminer ce que l’on peut
faire ou non.

Nous pouvons établir une hiérarchie des valeurs, c’est-à-dire classer les valeurs qui ont
le plus d’importance, qui viennent en premier pour déterminer si on doit ou si on peut faire telle ou
telle chose. Ainsi, par exemple, les défenseurs de la corrida avancent souvent comme « raison » (car
ce n’est pas à proprement parler une raison) que la corrida est quelque chose de beau. Si tel est le
principe de raisonnement, que ce que nous trouvons beau ala priorité sur ce qui est bien et juste,
alors ce principe doit être valable dans d’autres contextes, ou alors le choix du contexte devient
arbitraire et par conséquent injustifiable. Si le critère esthétique occupait la plus haute place d’une
hiérarchie des valeurs, alors on ne pourrait plus rien condamner sous prétexte que certains trouvent
cela beau ou agréable ou plaisant ; on peut aisément imaginer les actes les plus graves et odieux
échapper à toute condamnation morale car le principe serait que ce que quelqu’un trouve beau,
plaisant ou agréable devient acceptable. Si quelqu’un trouve agréable de violer, alors on ne peut le
condamner, car pourquoi le beau primerait dans un cas mais non dans l’autre ? Or, c’est exactement
ce que nous faisons lorsque l’on dit : « mais un bon steak, c’est trop bon ». C’est pourquoi la valeur
morale est celle qui vient en premier pour déterminer si une pratique est acceptable ou inacceptable.Or toutes les conclusions s’accordent pour dire que consommer des animaux est inacceptable. D’où la
culpabilité de celui qui est conscient de ce fait mais s’en moque, culpabilité que Daniel Bernard
ressent comme « une supériorité morale » insupportable du végétarien.

3 – La nature de la moralité

Cette position se fonde sur des théories morales complexes. Nous préciserons simplement ici
que la moralité concerne le rapport entre les individus. On peut se demander ; qu’est-ce qui fait que
l’on doive respecter autrui et ne pas lui faire de mal ? Le fait qu’il puisse ressentir de la douleur. Le fait
qu’il vive et qu’il ait le droit de vivre car il a des états mentaux complexes (croyances, désirs,
émotions, etc.). Le fait qu’il ait des désirs et des émotions comme la joie et la peur. Autrement dit le
fait qu’il soit « sujet » d’une vie (selon l’expression de Tom Regan). Sinon, quoi d’autre pourrait
compter dans le fait que nous ne devrions pas faire de mal à autrui ? Le droit à être traité avec
respect est le droit de ne pas voir ses intérêts fondamentaux lésés. Mais qui est autrui ? Les blancs ?
Les hommes ? Les êtres humains ? Les êtres sensibles ? Si telles sont les raisons des considérations
des intérêts d’autrui, pourquoi les animaux se trouvent-ils exclus des relations morales ? Si nous nous
accordons pour reconnaître à chacun d’entre nous le droit de vivre, de penser, de croire, de ne pas
être torturé, pourquoi n’accorde-t-on pas ce droit aux animaux dont nous savons qu’ils sont capable
de souffrir, de désirer, de communiquer, d’être terrorisé ou content. Après avoir recherché un critère
permettant de justifier cette différence de traitement, il se trouve que rien n’autorise l’actuel
traitement des animaux. Ce n’est que l’habitude héritée des conceptions philosophiques anciennes et
modernes qui voient en l’homme un être différent par des aspects fondamentaux des animaux, alors
relégués au rang de biens dont nous pouvons disposer. L’absence de critère légitime relève donc de la
discrimination, or toute discrimination se fonde sur un critère arbitraire, c’est-à-dire injustifiable car il
pourrait être autre sans aucune raison.

Toute position morale n’est pas valide et par conséquent il faut pouvoir la justifier (à moins de
défendre une position relativiste, ce que je doute que vous fassiez). La morale se fonde sur les
principes de bienfaisance et de justice. Le premier requiert comme condition nécessaire de moralité
d’éviter le mal et de faire le bien autant que possible (bien qu’ici cette formulation reste vague). Le
second requiert l’égale considération des intérêts de chacun ; il se fonde donc sur le principe d’égalité
qui consiste à traiter semblablement les cas semblables sauf s’il y a une « bonne raison » de ne pas le
faire, une raison non arbitraire et naturelle. Il ne s’agit pas de traiter tout le monde identiquement
mais semblablement, ce que Tom Regan et Peter Singer rappellent dans leurs textes. Or, du fait que
nous partageons de nombreuses choses en commun avec les animaux, et notamment les choses qui
comptent dans les considérations morales (sensibilité, conscience, désirs), quelles bonnes raisons y a-
t-il pour se permettre de tester sur eux nos produits toxiques, de les détenir dans un univers
concentrationnaire misérable et terrifiant afin de se faire un barbecue, de les élever également pour
leur prendre leur peau afin de border des capuches ? Comme la couleur de la peau ne permet pas de
justifier un traitement différent, le « nombre de poils », nous dit Peter Singer, ne permet pas de les
exploiter. Bien sûr, il n’est pas question de donner les mêmes droits aux animaux mais de reconnaître
le droit à ne pas être maltraités, exploités ; des droits spécifiques pour les animaux. Au fondement de
la moralité se trouve donc la justice et la reconnaissance de la valeur de chaque être sujet d’une vie.
Si le cercle de la communauté morale est restreint à l’homme, il convient dès lors de l’étendre au
moins de façon à y inclure les animaux.

Dès lors, bien sûr qu’il y a un mode culpabilisateur car la morale est prescriptive. Ceux qui
condamnent l’exploitation des animaux comme un crime ne peuvent qu’attribuer à ceux qui profitent
du crime le statut de coupables. Il n’y a pas une morale par personne (relativisme individuel) et le
juste n’est pas la loi ou la coutume (relativisme culturel), ce qui reviendrez à nier toute normativité
morale, ce qui j’en suis sûr, ne serait accepté que par très peu de personnes. Comme pour tout crime,
on détermine le degré de culpabilité par le degré d’ignorance de la personne. Beaucoup de
personnes ne se sont jamais posées la question de la condition animale et sont dans une position
d’ignorance à ce sujet, mais pour reprendre l’expression de Bertolt Brecht dans La vie de Galilée, qui
ne sait pas est un ignorant, mais qui sait et ne fait rien est un criminel.

4 – Le spécisme, le racisme et la fondation métaphysique de la distinction homme animal

Vous dites dans votre article que « quelques radicaux assimilent la hiérarchisation des
espèces à la discrimination des races » et « placent l’antispécisme au même niveau de nécessité que
l’antiracisme ». Vous dites donc que la lutte contre le racisme doit avoir la priorité sur la lutte contre
le spécisme, ce en quoi consiste justement le spécisme. L’erreur qui sous-tend ce propos est
l’opposition de deux causes qui ne s’opposent pas. Elle consiste à dire qu’avant de s’occuper du sort
des animaux, il faut s’occuper de celui des hommes. Mais les défenseurs cohérents de la cause
animale font les deux et dénoncent toute forme de discrimination. Ce ne sont pas deux causes
exclusives qui seraient tels des vases communiquants. Cependant, il faut remarquer que tout le
monde s’accorde plus ou moins pour condamner la torture, le meurtre, le viol et toute forme de
crimes perpétrés contre les hommes. En revanche, peu de monde reconnaît aux animaux un droit
propre à chacun, d’où la nécessité de s’attaquer au spécisme, aucune injustice ne doit être remise à
plus tard. L’indignation courante et rhétorique de l’assimilation du spécisme, du racisme, et du
sexisme se traduit souvent par le refus de comparer les esclaves, les juifs des camps de concentration
avec les animaux détenus et exploités dans l’industrie. Ce qui est comparable, ce ne sont pas les
individus mais l’injustice de la condition qui leur est faite à tous. Il ne s’agit pas de dire que les Noirs
et les Juifs sont des animaux, cela est une incompréhension de l’analogie. L’analogie ne compare pas
les termes mais les rapports : il s’agit de la même logique de faire une discrimination, en l’occurrence
ici selon l’espèce, d’où le nom de spécisme. L’antispécisme dit qu’en effet, le traitement réservé aux
animaux est du même genre de gravité que les camps de concentration ou l’esclavage, sauf qu’il est
perpétuel. L’antispécisme dénonce toute forme de discrimination.

Rejeter l’antispécisme, c’est
finalement accepter la logique de la discrimination arbitraire qui vous apparaît comme une évidence.
Mais pour l’homme du 18ème siècle, l’esclavage et l’animalité des Noirs était une évidence. En ne
condamnant pas le spécisme comme le racisme, vous vous ôtez le moyen de condamner et de
critiquer le racisme et l’esclavage, entre autre ; cela précisément parce que vous dites que l’origine de
la différence de traitement est due aux faits que les animaux ne sont pas humains (définition
circulaire), de même l’esclavagiste dit que la raison qui légitime l’esclavage est que les Noirs ne sont
pas des Blancs. Son critère est arrêté arbitrairement, exactement comme celui du spéciste. Qui donc
n’est pas antispéciste ne peut être fondé à condamner le racisme ou toute autre discrimination de
façon raisonnable et cohérente. Il est incohérent de condamner le racisme comme discrimination
selon la couleur de la peau et non le spécisme comme discrimination selon l’espèce.

Précisions. L’absence de critère pour dire pourquoi nous traitons les animaux ainsi et non les
hommes relève donc de la discrimination, or toute discrimination se fonde sur un critère arbitraire,
c’est-à-dire injustifiable car il pourrait être autre ; c’est le paradigme de l’injustice. Si on dit que c’estl’espèce qui compte juste parce qu’on le dit, que dire à celui qui dit que c’est la couleur de peau qui
compte, ou alors le groupe sanguin ou la taille. On pourrait très bien traiter les hommes de moins
d’un mètre soixante comme nous traitons les animaux parce qu’ils ont le malheur d’être sous le
critère décidé. Mais lorsque l’on demanderait le pourquoi de ce critère, on nous répondrait quelque
chose comme : « parce que c’est ce critère qui compte ». Cet exemple vise à montrer que l’arbitraire
est injustifiable. Nous affirmons que la discrimination selon l’espèce est arbitraire comme l’est la
discrimination selon la couleur de peau, car relativement aux critères qui importent pour être un
patient moral, on ne trouve aucune différence entre les hommes blancs ou noirs, ni entre les
hommes et les animaux. La tradition philosophique a toujours recherché des propres de l’homme
susceptibles de jouer le rôle de critère discriminant, mais aucun n’est acceptable. D’ailleurs, l’idée de
propre de l’homme se fonde sur l’ignorance de qui sont les animaux. La raison ne peut jouer ce rôle
discriminant car en quoi la raison fonctionnerait-elle comme critère d’intégration à la communauté
morale ? Puis que faire dans ce cas des handicapés mentaux lourds, des vieillards séniles, et des
autres hommes qui disposent de moins de capacités mentales que la plupart des animaux ? Nous
sommes d’accord pour dire que ces personnes ont droit à autant de respect que les autres, par là
même est détruit l’idée que le critère est la raison. Le critère déterminant serait plutôt celui de la
sensibilité, de la conscience et du désir (ce qui constitue dans les termes de Regan un sujet d’une vie).
Ainsi les végétaux ne sont pas pris en compte comme ayant un statut moral. Pour avoir un statut
moral, il faut soit être un patient moral ou un agent moral. Un agent moral est un être capable
d’actions susceptibles d’être jugées comme louables ou condamnables. Un patient moral est un être
envers qui nos actions sont susceptibles d’être jugées comme louables ou condamnables. Si les
hommes adultes sont des agents moraux, il y a aucune raison d’exclure les animaux de la catégorie
des patients moraux, à laquelle les enfants, les handicapés mentaux irresponsables appartiennent.
Sur quel critère peut-on décider de ne pas considérer les animaux comme des patients moraux, des
êtres dignes de considération et de respect. Le préjugé et l’habitude.

5 – La méconnaissance de l’animal

Regard d'une vache

La façon dont nous traitons les animaux se fonde sur une méconnaissance, souvent
volontaire de l’animal. La recherche éternelle d’un propre de l’homme a toujours était le motif pour
se permettre d’utiliser les animaux à notre guise. La distinction entre l’âme et le corps que l’on
retrouve chez Descartes réduit les animaux à des corps sans âmes ni conscience. Si les animaux ne
sont que des corps mécaniques, tout est permis, ils deviennent des biens utilisables exclus du champ
de toute considération morale. On a longtemps cherché un propre de l’homme, de façon acharnée,
en se disant « voilà enfin le critère qui nous permettra de traiter les animaux comme nous le
faisons », que ce critère ait été le langage, la raison, la conscience, le rire, la parole, l’abstraction, la
mort, la sociabilité, la technique, l’histoire, etc. Mais ces constructions abstraites visant à tracer une
différence de nature entre l’homme et l’animal fut ruinée par la biologie évolutionniste, l’éthologie,
les neurosciences, mais surtout, par l’évidence de l’expérience de la vie mentale des animaux. Plus
personne ne soutient sérieusement de nos jours que les animaux ne souffrent pas, n’ont pas de
désirs, etc. La méconnaissance de l’animal fonctionne comme une protection d’ordre psychologique.
Se dire que l’animal n’est qu’un corps laisse la conscience intacte. Sinon comment vivre avec sa
conscience si on considère l’animal comme une personne dotée d’une valeur inhérente ayant droit au
respect et à la vie. Une telle perspective est refoulée par les dénégations grossières qui visent
toujours à ignorer qui sont les animaux ; en effet, cela constituerait un véritable crime digne des plus
grands crimes jamais commis, ce qui, insupportable à l’égo et à l’orgueil de chacun, est rejeté par des arguments fallacieux, irréfléchis, dogmatiques. Qui, en effet, s’intéresse aux animaux, saura que les
chats peuvent être dépressifs, que les vaches pleurent et crient leurs petits lorsqu’on les leurs enlève
dès leur naissance, que les singes, chats et souris de laboratoire souffrent de traumatismes
psychologiques comme les humains maltraités.

6 – Les pseudos-argument ou arguments alibis

Tout végétarien aura été mille fois confronté aux mêmes pseudos arguments que les
mangeurs de viandes affirment dogmatiquement pour une bonne partie, sans laisser aucune place
au doute, à croire que tous ont déjà très longuement étudié la question de l’éthique animale.
L’absence de doute dans ces réactions témoigne de la violence de la perspective d’une pratique
coupable, immonde, inqualifiable. Ces arguments sans cesse invoqués fonctionnent comme moyen
de protection psychologique. Il y en a environ 5 ou 6 arguments-alibis souvent brandis que J-B
Jeangène-Vilmer expose clairement dans son introduction à l’éthique animale. (1) L’argument
nutritionnel, souvent avancé par les sportifs et les personnes en contact avec le monde médical : « il
faut bien des protéines ». Sans répondre à ces arguments qui d’une part sont faux, mais surtout ne
changent rien à l’analyse morale, il faut comprendre que quand bien même la viande serait bonne
pour la santé, cela ne changerait rien à la question morale. Là n’est donc pas la question, peu importe
de savoir si la viande est source de fer et de protéine. (2) L’argument esthétique, consistant à dire
« c’est bon ». Le fait que ce soit bon ne fournit pas un critère d’évaluation morale et ne change donc
rien au fait que cela demeure immoral de consommer de la viande. (3) L’argument de la tradition,
disant que les hommes ont toujours mangé de la viande. Mais une chose est-elle bonne parce qu’elle
a toujours été pratiquée ? Le mythe de la tradition qui fait croire à une antique sagesse du genre
humain ne détermine pas si une action est moralement bonne ou mauvaise. Cela va contre toute
idée de progrès moral, il y a toujours eu des meurtres, de l’esclavage, des viols, de même l’excision
est une tradition. (4) L’argument naturaliste, disant que les animaux se mangent entre eux, alors
pourquoi ne pourrions-nous pas en faire autant ? D’une part, nous sommes des agents moraux tandis
que les animaux sont des patients moraux, ce qui signifie que nous n’attendons pas d’un chat qu’il
rende compte de ses actes comme un adulte responsable. En appeler à la loi de la jungle n’est pas
un modèle de moralité. D’autre part, nous avons le choix d’une autre alimentation tandis que le lion
ne peut cultiver des salades et des tomates. (5) L’argument économique affirme qu’abolir la viande
affecterait l’économie et supprimerait beaucoup de postes. Outre la vérité ou fausseté de cette
position, l’intérêt économique ne détermine pas ce qui est juste ; l’esclavage est très rentable puisque
l’on fait travailler des hommes sans les payer. (6) L’argument écologique. Même si les études
montrent que l’abandon d’une alimentation carnée suffirait amplement pour nourrir toute la planète
et serait bénéfique à la lutte contre le réchauffement climatique, dans la mesure où l’industrie de la
viande est la première cause d’émission de gaz à effet de serre, cela ne change rien au rapport de
justice lié à chaque animal dans son individualité comme être sujet d’une vie ayant droit au respect.
Finalement, aucun de ces arguments ne répond à la question morale initiale. Ils sont comme on dit,
hors-sujet.

7 – Remarques sur l’idéologie régnante

Vache

En quoi la défense des droits des animaux forme-t-elle une idéologie, outre du fait de se
situer dans l’ordre des idées ? Il n’y a rien d’idéologique au sens négatif où vous l’employez. Au
contraire, s’il y a idéologie, c’est plutôt la perpétuation du système d’imposition de la représentation de l’animal comme différant en nature de l’homme qui relève de l’idéologie. Ce fait se voit dès les
premières années d’éducation où on impose à l’enfant l’habitude de manger du poisson parce que
c’est bon pour la santé, ou pour toute autre raison, c’est-à-dire lui incorporer une représentation
comme étant naturelle et nécessaire. Dire que les végétariens forment un lobby puissant, c’est
purement inverser la réalité, en ce que tout l’intérêt et la force économique est du côté des
industries. Les publicités nous présentant de fictives vaches dans un champ, des poules dans de la
paille élevées avec amour, tranchent avec la réalité du terrain. Qui a déjà vu (de ses propres yeux) ces
véritables usines de torture ? Personne, car elles demeurent cachées. Cette forme structurale
témoigne d’une organisation sociétale visant à maintenir caché, physiquement et mentalement, ce
qu’impliquent nos pratiques. A ne pas voir ces boucheries, nous évitions d’y penser. Mais les images
existent. La loi nous dit que les animaux ne sont que des biens meubles et que lorsque vous battez un
chien, c’est à son propriétaire que vous causez du tort. La législation même imprime dans les
catégories mentales ces conceptions métaphysiques de l’animal. L’idéologie se trouve bien plutôt
dans la construction ontologique cartésienne que veille à reproduire les structures étatiques et
sociétales, soit de façon consciente et criminelle, soit par ignorance et défaillance intellectuelle. Les
défenseurs des droits des animaux se battent pour la justice, de sorte que si être écœuré par ces
injustices et ces horreurs, c’est être dans l’idéologie, alors d’accord nous sommes idéologues et c’est
un crime que de ne pas y participer.

8 – Sur quelques préjugés qui composent l’article

Finalement, il n’a pas vraiment été question de votre article car il ne disait rien, sauf quelques
préjugés (et non des caricatures, car les caricatures œuvrent à partir du réel).

Sur qui sont les végétariens. Vous identifiez le végétarien à un bobo parisien du Marais, « à un
moine bouddhiste aux yeux creusés », à une « fashionista filiforme à l’affût du dernier régime New
Age ». En ce qui concerne les végétariens éthiques, cela est faux. Si vous visez des personnes à l’affut
des régimes végétariens, alors il s’agit de végétariens santé. Si vous visez les communautés qui ne
consomment pas de viande pour des raisons religieuses, nous ne sommes plus sur le terrain éthique.
Or, lorsque vous parlez d’idéologie, « d’étincelle de supériorité morale dans le regard », il ne peut
s’agir que de végétariens éthiques. Article confus qui, pour ces raisons, est stupéfiant. Une analyse
sociologique et scientifique du végétarisme aurait pu être intéressante mais vous vous contentez de
remarques que l’on a coutume d’entendre autour d’une bière au cours d’une soirée entre amis,
correspondant à ce que vous en avez vu ou cru entendre. Or, vous ne faites pas une telle analyse.

Sur Aymeric Caron. Pourquoi consacrez-vous tant de place à Aymeric Caron ? Si vous croyez
que les défenseurs de la cause animale ont attendu le livre d’A.Caron en 2013 pour devenir
végétariens et penser la condition animale, c’est que l’enquête journalistique même vous dépasse.
Vous avez pris le livre qui circule en ce moment comme œuvre fondamentale des végétariens.
A.Caron est juste une personnalité célèbre qui a publié un livre, ce qui est une bonne chose mais il
n’est absolument pas la référence ultime des végétariens, mais la seule que vous connaissiez
apparemment, ce qui atteste plus de votre ignorance de la cause animale dont les fondement se
trouvent bien plutôt dans les œuvres de P.Singer, T.Regan, G.Francione, F.Burgat et autres penseurs
de l’éthique animale.

Sur ce que mangent les végétariens. Vous dites que les végétariens mangent du « tofu soyeux,
du tofu fumé, tofu poilu ou tofu ferme ». Telle est la façon de dire au lecteur, si vous ne mangez pas de viande, vous n’aurez rien d’autres que du tofu à manger. Au contraire, il y a une infinité de choses
à manger, sauf que la société française en particulier est centrée sur la viande, le steak, le sang
encore et toujours. Vous ignorez alors ce qu’il est possible de manger sans la viande ; des burgers, des
pizzas, des Mc Donalds sans viande, des sandwichs de chez Subway, des tacos et des « kebabs »
végétariens, mais aussi des salades en tout genre, des grillades, des plat indiens, mexicains, thaïs,
français, et ainsi de suite.

Vous dites que les non sectaires « préfèrent réduire qu’interdire ». En tant qu’il s’agit d’un
crime, il n’y a pas de réduction possible et acceptable, mais une abolition stricte.

Sur le désir d’anticonformisme des végétariens. Vous dites que « tournées vers leurs tubes
digestifs, ils n’ont pas l’âme révolutionnaire. Au contraire, pointe encore souvent dans leur propos
une fierté de nager à contre-courant qui disparaîtrait si [...] leur pratique faisait école ». Quel peut
bien être le sens de dire que les végétariens font cela pour être à contre-courant, anticonformiste, ne
voulant pas réellement que les mœurs changent ? Que tous ceux qui se battent de tout leur cœur
pour la cause animale ne veulent pas réellement le succès de leur lutte. Ils se battent donc contre
leur cause ? Cela n’a aucun sens. Une citation de Dalibor Frioux ne fait pas office d’argument. Votre
propos est que les végétariens font semblant, ce qui, en plus d’être absurde, ne présente aucun
intérêt. Cela signifierait que personne ne veut réellement que la situation des animaux ne change
puisque ceux qui luttent pour cela ne le font que pour être à contre-courant. Par ailleurs, ceux qui
semblent davantage tournées vers leur tube digestif sont les mangeurs de viande qui en dépit de
toute considérations morales, mettent le bon goût du steak sanglant au-delà de tout. Le propre du
végétarien est au contraire d’être en mesure de changer ses habitudes s’il le faut. Ça donne le cafard
de pouvoir lire ce genre de propos dans un journal. Vous considérez le végétarisme comme une
tendance actuelle, mais le végétarisme existait déjà dans l’antiquité grecque, romaine, indienne,
chinoise.

Le végétarien n’est pas né végétarien et a appris à remettre en cause les habitudes
inculquées. En revanche, les personnes dogmatiques qui prétendent tout savoir sans avoir réfléchi à
un sujet sont sans doute des personnes, non seulement moins intelligentes, mais de moindre valeur
que les autres et cela tout simplement parce qu’elles ne prennent pas en considération le tort que
leur pratique peut éventuellement causer à d’autres êtres ayant droit au respect. Ce que révèle
l’article, c’est surtout le complexe de son auteur vis-à-vis du discours végétarien, touché par
« l’étincelle de supériorité dans le regard », incapable de produire un argument contre les
végétariens, mais plein de ressentiment à l’égard de ceux-ci. Pour se permettre d’être ironique, il
aurait peut-être fallu « challenger » les arguments des théoriciens du droits des animaux au sens
large et non passer sous silence le point central du problème, car oui, il y a un grave problème moral
dans la consommation de produits d’origine animale, de même nature que ceux qu’impliquent
l’esclavage, les génocides ou les camps de concentration. Et ce n’est pas rabaisser l’homme que de
dénoncer toutes les horreurs dont les hommes sont coupables et dont vous, qui en avez conscience,
participez activement. Le journalisme tel que vous le pratiquez n’est ni plus ni moins qu’une insulte à
la vérité et à l’intelligence critique. Outre le déficit de raisonnement dont votre article fait preuve, il
soulève également un terrifiant manque d’empathie que Rousseau concevait pourtant comme l’un
des deux principes de la nature humaine, et dont on ne peut que constater l’absence chez vous.

Liens internet

www.wikipédia.org, « végétarisme »

http://bibliodroitsaniamux.voila.net. Ce site regroupe gratuitement des extraits de textes clés de
l’éthique animale, voir notamment Regan, Singer, Francione, Burgat

www.cahiers-antispecistes.org

Bibliographie

- Tom Regan, Les Droits des animaux, trad. Enrique Utria, Hermann, 2013 (traduction de The Case for
Animal Rights, Berkeley, University of California Press, 2004)

- Peter Singer, La libération animale, Payot, 2012

- Philosophie animale, différence, responsabilité et communauté, H-S.Afeissa et J-B.Jeangène-Vilmer,
Vrin, 2010

- J-B. Jeangène Vilmer, Ethique animale, Puf, 2008

- Florence Burgat, Animal, mon prochain, Odile Jacob, 1997



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Le 29 juillet dernier, l'Université de Vienne a publié un communiqué de presse, que nous traduisons en Français.
Les animaux ont longtemps été considérés comme dépourvus de facultés mentales élaborées, et leur monde intérieur jugé pauvre et limité.
C'est cette conception qui continue de faire des milliards de victimes animales, depuis les élevages jusqu'aux labos d'expérimentation.
Prenant exemple sur les cacatoès, l'Université de Vienne révèle les aptitudes considérables de certains animaux pour mémoriser, comprendre, élaborer des vues de l'esprit...

Nous publions ces découvertes en précisant que L214 ne cautionne pas l'expérimentation sur les animaux. Nous nous distançons également de la comparaison à tout prix avec les facultés humaines. Si ces études permettent de rompre avec la croyance en un "propre de l'homme", elles donnent aussi le sentiment que les aptitudes des animaux ne dépassent pas celles d'un enfant de 3 ou 4 ans, et continuent de caler les animaux en bas de l'échelle. Les cacatoès et les autres animaux se comportent d'une façon dont aucun enfant de 4 ans n'est capable, trouvant la nourriture, élevant leurs petits et leur transmettant leur savoir, s'orientant dans l'espace comme aucun humain... A cet égard et à bien d'autres, les animaux ne ressemblent pas à des enfants ; et leur intelligence nous échappe.


Communiqué de presse du 29 juillet 2013 de l'Université de Vienne sur les performances cognitives des cacatoès.
Traduit de l'anglais par Marie Melet pour L214.

Comment peut-on savoir que les friandises sont toujours dans le tiroir alors qu'on ne peut pas les voir ? Comment peut-on savoir le moment et l'endroit où une voiture va ressortir de l’autre côté du tunnel ? L'habilité à concevoir des objets et suivre leur trajectoire même si on ne peut plus les voir pendant un moment, est fondamentale sous bien des aspects, et stimule des facultés cognitives. Alice Auersperg et son équipe de l'Université de Viennes et d'Oxford démontrent que les capacités liées à « la permanence de l'objet » chez un cacatoès sont comparables à celles des grands singes et des enfants de quatre ans. Les chercheurs ont publié leurs études dans le « Journal de la Psychologie Comparative ».

Pour tester la mémoire spatiale chez les animaux et les enfants, on utilise généralement plusieurs tests au cours desquels on déplace soit un objet (une récompense sous forme de nourriture), soit l’endroit où est caché cet objet, soit l'animal avec lequel on mène l'expérience.

Dans les premiers tests de déplacement invisible qui ont été conçus par le psychologue français Jean Piaget dans les années 50, on déplace la récompense sous une tasse derrière un ou plusieurs écrans et on montre où elle se trouve à chaque pause : si la récompense n’est pas sous la tasse, on sait qu’elle se trouve derrière l’écran précédent. Les humains réussissent ce test dès l'âge de 2 ans alors que chez les primates, seuls les grands singes montrent des résultats convaincants.

Les tests de « transposition » sont encore plus impressionnants en termes d'attention : on place la récompense sous une tasse parmi plusieurs tasses identiques que l'on mélange à une ou plusieurs reprises. Ce n’est qu’à l’âge de 3 ou 4 ans que les enfants réussissent systématiquement ce test, alors que les grands singes adultes le réussissent même s’ils ont plus de difficulté si on mélange les tasses plus d'une fois.

Dans les tests de « Rotation », on dispose plusieurs tasses identiques sur un support tournant et l’on dépose une récompense sous l’une d’entre elles.
Les tests de « translocation » se déroulent de la même façon sauf qu’au lieu de déplacer les tasses, c’est l’animal qui se déplace et s’arrête à divers endroits devant l’alignement des tasses. Les enfants ont plus de facilité à réussir les tests de translocation que les tests de rotation et ils les réussissent à l'âge de deux ou trois ans.

Une équipe formée de scientifiques de diverses nationalités, a travaillé avec 8 cacatoès de Goffin (Cacatua goffini), une espèce de nature curieuse et joueuse, sur les déplacements piagétiens visibles et invisibles d'un objet, et les dérivations de tests de transposition, rotation ou translocation spatiales.
Selon Birgit Szabo, un des biologistes de l'Université de Vienne : « Les 8 oiseaux ont presque tous réussi spontanément les tests de transposition, de rotation et de translocation, alors que seulement 2 d’entre eux ont immédiatement choisi l'emplacement exact lors du premier test Piagétien sur le déplacement invisible, au cours duquel une tasse plus petite apparaît sur 2 des 3 écrans plus grands. »

Alice Auersperg, directrice du laboratoire Goffin explique, après avoir participé à ce test : «  Curieusement, et contrairement aux enfants humains, nos cacatoès ont rencontré plus de difficultés à réussir le test Piagétien sur le déplacement invisible que celui sur la transposition que les enfants ne réussissent pas avant l'âge de quatre ans. Les transpositions demandent beaucoup d'attention dans la mesure où deux objets occultés sont déplacés simultanément. Néanmoins, contrairement aux grands singes qui ont plus de facilité à réussir les tests où l’on déplace les tasses une seule fois, les cacatoès donnent des résultats satisfaisants pour les deux tests, qu’on les déplace une ou deux fois »

De même, les Goffins ont eu quelques difficultés à faire les tests de Rotation et de translocation et certains d'entre eux ont réussi ces tests en se plaçant sous 4 angles différents. Encore une fois, contrairement aux enfants qui réussissent mieux les tests de translocation que les tests de rotation, les cacatoès n'ont montré aucune différence significative lors de ces deux tests. Auguste Von Bayern de l'Université d'Oxford, ajoute : « Nous reconnaissons que l'habilité de voler ou d'être la proie d'un prédateur volatile, permet de développer des capacités de rotation spatiale plus prononcées et peut influencer leur performances au cours des tests de rotation et de translocation. »


Thomas Bugnayer de l'Université de Vienne conclut : « Que les Goffins puissent résoudre les test de transposition, rotation et translocation représente un résultat étonnant. Ces tests nécessitent une grande capacité cognitive et mémorielle, et cela va nous inciter à effectuer des tests comparatifs afin de mieux comprendre leur aptitudes en termes d'écologie et de sociabilité ».

Source : Portail de l'université de Vienne : Cockatoos know what is going on behind barriers


Être vegan est si gay

  • Article du Mardi 23 juillet 2013

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Le texte ci-dessous a initialement été publié en anglais le 16 mars 2011 sur le site GirlieGirlArmy.
Ari Solomon est directeur de la communication pour l’association
Mercy For Animals. Il contribue également au Huffington Post.

Je suis gay. Et je suis aussi vegan. Pour la plupart des gens, les deux choses n’ont aucun rapport. Pour moi, le lien est évident.

Quand j'étais enfant, j'étais brutalisé à l'école en raison de ce que j'étais. Moi, je ne savais pas exactement en quoi j'étais différent mais, apparemment, tous les autres le savaient. Je me souviens encore de la peur et de la tristesse que je ressentais dans le couloir qui menait à la cour où on était rassemblés tous les vendredis, et où j'étais harcelé par les crétins de la classe au-dessus de la mienne. Je n'en ai jamais rien dit – ni à mes parents, ni à mes professeurs, à personne. J’avais trop honte. C'est ainsi que personne n’a jamais pris ma défense, parce que je n'en ai jamais donné l'occasion.

Vingt ans plus tard : je suis sorti du placard et me voilà marié et installé avec mon mari à Hollywood. Je suis engagé pour les droits des homos, et je défends avec passion l'idée d'égalité pour tous. Pour tous les humains, pour être plus exact. Puis, un jour, je suis dans mon canapé en train de regarder un talk-show à la télé. Parmi les invités, il y a Alicia Silverstone, qui dit être vegan. S'ensuit une conversation qui pique ma curiosité : Alicia dit qu'elle est vegan parce qu'elle aime ses chiens. Moi aussi j’aime les chiens… et les chats. Après l'émission, j'allume mon ordinateur, j'ouvre Google et je tape « Alicia Silverstone » et « vegan ». Ce que je découvre va bouleverser ma vie.

Ce jour-là, pendant près de deux heures, je suis resté à regarder une multitude d'enquêtes menées en caméra cachée dans des élevages industriels. Comment est-il possible qu’en 30 ans, personne ne m'ait dit que c'est ainsi que les animaux deviennent notre nourriture ? J'ai vu les regards terrifiés sur leurs visages, les coups et les tourments qu'ils enduraient. J'ai vu des employés d'élevages dénués d'empathie leur hurler dessus. Et cela résonnait en moi parce que je savais ce que les animaux ressentaient. Je sais ce que ça fait d’être brutalisé.

Je suis devenu vegan ce jour-là, parce que je ne supportais pas de payer des gens pour faire à ces animaux ce que l'on m'avait fait à moi – dans des proportions bien moindres. Comment aurais-je pu continuer à défendre l'idée que tout le monde mérite d'être traité avec égalité et d'avoir sa chance d'être heureux, tout en me nourrissant des restes d'animaux qui avaient été si mal traités et avaient vécu des vies aussi misérables ?

Pour moi, le parallèle était évident : l'oppression égale l'oppression. Nous pouvons disserter sans fin sur les différences entre les humains et les animaux, mais au fond de nous-mêmes nous savons très bien que les animaux souffrent, et qu'ils mènent des vies riches en émotions qui ne sont pas bien éloignées des nôtres. Si vous avez déjà vécu avec un chat ou un chien, vous le savez mieux que quiconque.

C’est pourquoi je suis vraiment attristé de voir tant de militants progressistes – y compris des homos – tourner en dérision le véganisme ou les droits des animaux. À l’automne 2008, mon mari et moi avons milité avec acharnement en faveur du « non » au référendum sur la proposition 8 [proposition d’interdiction du mariage entre personnes de même sexe] ici en Californie. Lors d'une soirée militante, l'un des responsables, un homo, est venu vers moi. Il voulait savoir pourquoi j’arborais un t-shirt pour les droits des animaux chaque fois que je participais à une action. « On a compris », dit-il, « tu es vegan ». Je lui ai répondu : « Non, tu n’as pas compris. Si c'était le cas, tu serais vegan toi aussi. »

Ari Solomon

Source : girliegirlarmy.com: The Glamazon Guide To Conscious Living



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Suite à la publication sur son mur facebook du témoignage d'un ancien ouvrier d'abattoir, Stéphanie a reçu un autre témoignage : celui d'Olivier.

« J'ai connu ça autrefois, j'avais 23 ans à l'époque. J'ai travaillé en intérim dans un abattoir, pas le choix, j'étais dans une situation financière difficile.

Cela a été une expérience très traumatisante, j'en faisais des cauchemars la nuit, j'ai mis un terme très rapidement, je n'en pouvais plus.

J'ai vu des conditions incroyables : les animaux parfois maltraités à l'arrivage, les hommes se servaient de piques et d'un boîtier qui envoyaient une décharge électrique pour faire avancer les animaux.

Le plus dur pour moi ça a été le regard d'un cheval qu'on allait abattre  ce regard me hantera jusqu’à la fin de mes jours. Si j'avais eu l'argent nécessaire à l'époque, j'aurais tout fait pour empêcher cela et je l'aurais sauvé de l'abattage.

Tout ça au petit matin, l'odeur et la couleur du sang, le tout à une échelle industrielle bien sûr.

Parfois les animaux n'étaient même pas électrifiés comme c'est le cas pour les porcs. Il y avait même parfois des hommes qui prenaient un malin plaisir à faire du mal pour le mal : je me suis fâché avec l'un d'entre eux et si personne n'était intervenu, nous en serions venus aux mains.

Voilà Stéphanie, triste expérience qui m'a profondément bouleversé à l'époque. Tu peux mettre ce témoignage si tu le souhaites sur le site. Tu peux citer mon nom. A l'époque c'était à l'abattoir de Bressuire dans les Deux-Sèvres en France. (1983)

Une expérience dont je me serais bien passé en tout cas. »



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Nous publions le témoignage d'un jeune homme, qui livre à une militante son sentiment sur une corrida à laquelle il a assisté.

Bien que sensible à la condition des animaux, lui-même n'est ni engagé dans le militantisme, ni végétarien ; pourtant, son récit volontairement neutre dit toute l'horreur ressentie.


« Je vais te raconter mon ressenti. Je ne me place donc pas sur un plan moral, je ne défends pas une cause ou une autre, je vais simplement te raconter mes émotions et réflexions au cours de cette corrida.

C'était il y a une dizaine d'années, ma copine de l'époque m'avait amené à une corrida à Aix je crois, mais je n'en suis plus très sûr. Le cadre est assez impressionnant. Ces tribunes circulaires autour de ce champ de sable à la couleur chaude créent immédiatement une sensation esthétique intéressante, une impression d'intimité, de proximité également, comme sur un court de tennis à Roland-Garros.

Le cérémonial de présentation des toreros est intéressant, très ritualisé. Malgré tout, on se prend à admirer en quelque sorte ces déments qui vont aller affronter des taureaux de 500 kg.

Quand la corrida commence, tout bascule... Je ne me souviens plus exactement de la chronologie du déroulé mais je sais que des hommes à cheval, les picadors je crois, armés de lances abominables, "testent" les taureaux, selon les termes de la tauromachie mais en réalité commencent à les affaiblir en leur infligeant des blessures sanguinolentes. J'ai entendu plusieurs amateurs se plaindre d'ailleurs de la cruauté de ce moment. Ensuite, comme une pause dans la gradation de la violence, le torero place des banderilles sur le dos de l'animal. L'impression de boucherie est moindre, la scène est presque chorégraphiée.

Ensuite, les passes avec la cape entre le torero et l'animal semblent presque suspendues hors du temps. Il y a comme une forme de beauté, impression assez vite estompée par la fatigue de plus en plus visible de l'animal. Personnellement, j'en venais à espérer que le torero se fasse encorner, dans une sorte de réflexe de vengeance primitif.

La mise à mort est tout simplement abominable. Le torero, armé d'une épée, s'y reprend parfois à plusieurs fois pour viser un point particulier du taureau. Le sang coule à flots, parfois la bête tousse du sang. Ensuite, le torero la fait tourner en rond pour l'étourdir jusqu'à ce qu'elle meure. C'est horrible, j'en avais la nausée. En l'écrivant aujourd'hui, j'en ai encore la nausée.
Mais la vue du sang en général me donne la nausée, ce n'est pas le sang le pire : le pire c'est cette façon de donner la mort : elle semble douloureuse, aléatoire, barbare. Je pensais sans arrêt : "la mort est une chose trop sérieuse, trop grave pour la pratiquer de cette manière".

Comme tu le vois, il ne s'agit pas d'un manifeste contre la tauromachie à proprement parler mais les valeurs qu'elle véhicule, peut-être sans le vouloir, que sont l'injustice, l'inégalité des forces et la barbarie dans l'acte de donner la mort, sont des valeurs qui ne seront jamais les miennes. »


photos :

  • Jean-Marc Montegnies / Animaux en péril
  • Uhanu sous creative commons


Lettre à Mathias

  • Article du Jeudi 4 juillet 2013

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Il y a quelques jours, nous avons reçu le récit d'un père. Son fils, un nouvel adhérent L214 âgé de 16 ans, a fait part à ses parents de son intention de ne plus consommer aucun produit d'origine animale, pour des raisons éthiques. Cette décision, que ses parents respectent, les a surpris car personne dans leur entourage n'est végétalien. C'est une réflexion personnelle qui l'a conduit à cette orientation qu'il respecte scrupuleusement en toutes circonstances pour l'ensemble des produits qu'il consomme (nourriture, habillement...). La famille habite un petit village où l'activité principale est l'élevage bovin.

La récente manifestation des éleveurs à Paris a inspiré ce père à écrire cette lettre, particulièrement destinée aux enfants, qui donne le point de vue d'une vache s'adressant à un enfant de 10 ans.

Bonne lecture !

Il suffira d'un signe

Lettre inspirée par Joséphine, vache à viande et à lait, âgée de 4 ans, adressée à Mathias, petit parisien de 10 ans, dont elle a croisé le regard à l’occasion de la marche des éleveurs, à Paris, le 23 juin 2013. Elle raconte son histoire et donne son point de vue de participante à cette manifestation.

Bonjour Mathias,

Je suis Joséphine, j’ai 4 ans et je vis près de Belley, dans les belles montagnes du Bugey. Je suis une vache.

Dimanche 23 juin 2013, Roger m’a « invité » à la marche des éleveurs, à Paris. Roger, c’est l’éleveur qui m’expl héberge, me nourrit, m’entretient, brave Roger.

Il n’est pas content, Roger. Rends-toi compte, à cause du mauvais temps qui a noyé les pâtures, gâché les foins et entravé les cultures, à cause de la fiscalité qui l’écrase, à cause des stupides règlements de l’Europe, à cause de la mondialisation, à cause du prix des céréales, du prix du carburant, à cause de la grande distribution, à cause, à cause… il est en train de mourir Roger. Il travaille pour des clous Roger ! Alors stop, tous à Paris, a-t-il dit à sa femme Bernadette, tous à la manif !

Joséphine

On était toutes là, ce 23 juin, sur le bitume et dans le bruit des rues de Paris, après un harassant voyage nocturne. Salers bouclées, Montbéliardes, Tarentaises, Charolaises blanches et Blondes d’Aquitaine, Aubracs roux clair, Normandes pie, pour ne parler que de mes sœurs les bêtes à cornes, plus belles les unes que les autres. Un vrai défilé de mode. Pour l’occasion Roger avait lissé mon pelage : il faut plaire aux Parisiens m’a-t-il dit, ce sont des Consommateurs, il faut les attendrir, leur montrer que la viande de France, c’est autre chose que le bœuf aux hormones des Américains. Il exhibait fièrement une magnifique banderole que lui avait préparée Bernadette : SANS AGRICULTURE PAS DE NOURRITURE

C’est vrai, sauf que la nourriture, c’est moi !

Je vais te parler un peu de moi

Je suis née le 5 mai 2009 sous le signe du Taureau. A peine née, on m’a enlevée à ma mère. J’ai été inséminée artificiellement, encore et encore. Bien sûr, comme à ma mère, on m’a enlevé mes petits pour me prendre mon lait, qui fait une excellent Comté (AOC) dit Roger. Je n’ai plus jamais plus entendu parler d’eux. Bientôt je prendrai le chemin de l’abattoir comme toutes mes sœurs, vaches à viande ou vaches à lait.

Excuse-moi de te parler des vaches, je suis bête : on est là pour défendre les éleveurs, pas pour s’apitoyer sur les vaches. Après tout, pourquoi se plaindre : ma vie est la banale destinée des animaux d’élevage.

Peut-être as-tu à la maison un chat, un chien ou même un lapin que tu câlines avec amour. Tu as vu que c’est un être sensible, capable de te donner de la tendresse, capable de te comprendre, d’éprouver de la peine ou de la joie, du bien-être ou de la souffrance. Comme toi et moi en somme ! La différence entre nous, c’est le groupe d’appartenance, comme disent les sociologues. Par exemple, pour simplifier, un chat appartient au groupe «animal familier», c’est une réserve de tendresse, une vache au groupe « animal d’élevage », c’est une réserve de nourriture et un homme au groupe « animal humain », c’est un consommateur.


Animal d'élevage (réserve de nourriture) - Animal familier (réserve de tendresse)

Selon les époques où les lieux, on peut changer de groupe : en Inde, par exemple, une vache est sacrée, ce n’est plus une réserve de nourriture. En Chine, on mange les chiens qui deviennent des animaux d’élevage. Jadis, tes lointains ancêtres se mangeaient parfois entre eux. Certains animaux, comme le lapin ou la poule par exemple, peuvent parfois s’inviter dans le groupe « animal familier », même si l’immense majorité reste des animaux d’élevage.

Tu me suis ? D’accord, c’est un peu compliqué, même en simplifiant.

Assez de discours, revenons à la manif

Tu as compris que Roger est un animal humain en colère qui exhibe son gagne-pain (c’est moi) dans les rues de Paris pour dire aux Français (aux consommateurs) : voyez cette belle vache, cette magnifique réserve de nourriture, si ça continue comme ça, vous n’en aurez plus !

Toi Mathias tu es dans le groupe des consommateurs. Les publicitaires aiment beaucoup les enfants : « les produits laitiers sont nos amis pour la vie ». Ou encore : « on n’a pas fini de vous faire aimer la viande ». Tu as sûrement entendu ces slogans. Aujourd’hui, c’est toi que les éleveurs veulent séduire, leur avenir dépend de toi. C’est pour toi qu’ils me font défiler à Paris sans me demander mon avis (manquerait plus que l’on prenne l’avis des vaches). D’ailleurs, tu aimes peut-être la viande, le fromage, les yaourts… Je n’ai jamais goûté, mais Roger dit que c’est très bon, surtout quand c’est Français bien sûr !


Les produits laitiers sont nos amis pour la vie, revu et corrigé par L214

Si tu montres cette lettre à tes parents, ils te diront probablement : « qu’est-ce que c’est que cette histoire ! Il faut bien se nourrir, on a toujours mangé de la viande, c’est notre culture, notre tradition, c’est indispensable à ta croissance, ça rend fort et puis c’est si bon un steak bien tendre, bien saignant. En plus, c’est bourré de protéines. Et si on ne mange plus de produits animaux, que vont devenir Roger et tous les éleveurs déjà bien mal en point ? » Ou encore : « assez de sensiblerie, il y a des problèmes plus graves que le sort des animaux d’élevage ! ».

Que peut-on répondre à ça ?

Je vais te confier un secret, ne le répète pas : cette lettre, ce n’est pas moi qui te l’adresse, je ne sais ni écrire ni parler la langue des animaux humains. J’ai demandé l’aide d’un ami, Véganou qui l’a écrite pour moi. Véganou c’est un humain comme toi, un frère, mon porte-parole. Un jour, j’ai croisé son regard, il a fait un pas vers moi, j’ai fait un pas vers lui. Il a décidé de ne plus consommer de produits d’origine animale. Il dit qu’il ne s’est jamais si bien porté que depuis ce jour-là. Au début, ses amis, ses parents ont trouvé ça étrange, stupide, ridicule, en un mot bizarre. D’ailleurs, il est bizarre Véganou, il parle aux vaches, c’est tout dire. Certains disent même qu’il est devenu « vachiste » comme d’autres se disent humanistes. Véganou n’aime pas que l’on dise ça. Il est certain qu’un jour tous les humains feront comme lui, que ce n’est pas seulement un choix personnel. J’espère qu’il ne se trompe pas et que ce jour ne sera pas trop lointain, car en attendant on va continuer à massacrer les animaux d’élevage. Sais-tu, pour finir, que chaque seconde, 1090 animaux sont abattus sur notre belle planète ?


Fragment de Joséphine, vache à viande et à lait, abattue à l’âge de 5 ans, aux prises avec un consommateur anonyme

Bon, je te quitte Mathias. Roger commence à se demander ce que je fais. Il ne faut pas oublier que je ne suis pas là pour bavarder, écrire des lettres ou visiter Paris. Je suis là pour sauver l‘élevage français, nom d’une bête à corne !


Joséphine


Marianne : "prendre parti sans le goût de la vérité"

  • Article du Mercredi 3 juillet 2013

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Lettre envoyée à l'hebdomadaire Marianne suite à l'article rédigé par Daniel Bernard intitulé Une Nouvelle famille idéologique : les Végétariens paru le 29 juin 2013 dans le numéro 845, en lecture ici.

Cher journal Marianne,

Un article sur le végétarisme dans un grand média français ! Enfin ! Un journal d'envergure s'intéresse à la question ! Je l'ouvre fébrilement, pensant y lire un traitement "de fond" sur ce sujet, je lis le premier paragraphe et le ton est donné ! Je tombe des nues !

Je continue malgré tout, pensant y trouver quelques nuances, pensant même, naïvement, que ce n'est que du "second degré" mais ma déception grandit !

Je me doutais que le végétarisme serait traité sous son aspect culinaire, culturel et environnemental certes ; mais je pensais qu'il aborderait, même superficiellement, la "question animale", ne serait-ce qu'en interviewant ceux qui ont fait ce choix pour des raisons philosophiques ou éthiques. J'esperais y voir figurer les noms des grands penseurs et théoriciens de la "question animale" comme Théodore Monod ou Albert Schweitzer, de philosophes comme Jérémy Bentham, Peter Singer, Elisabeth de Fontenay ou Florence Burgat, d'éthologues comme Mark Bekoff ou Boris Cyrulnik pour ne citer qu'eux...Ou même que serait fait simplement mention de penseurs moins connus qui rédigent les Cahiers antispécistes. Bref, à un véritable article traitant des divers aspects et motivations des végétariens qui est bien loin de se limiter à une affaire de silhouette ou de santé et qui dépasse même la simple question environnementale ! Ce choix touche à notre rapport à l'Autre, fut t-il "non-humain" et le végétarisme pose cette question.


Evolution of revolution de Hartmut Kiewert

Au lieu de cela, je ne trouve que mépris et arrogance dans le ton de l'article, des idées reçues en tout genre réduisant cette idéologie à une description totalement stéréotypée de parisiens parisiannistes bobos et nombrilistes qui se poseraient visiblement de faux problèmes. On nous parle de gens pratiquant le yoga, prenant soin de leurs muscles et de leurs corps, ne laissant pas la parole à ceux qui ont choisi d'être végétariens après avoir mené une vraie - et souvent longue - réfléxion sur ce qu'est véritablement "l'animal" et sur ce que notre culture en a fait. Les fondements de l'éthique n'ont rien à voir avec des gens qui se sentiraient supérieurs et "feraient la morale" comme un personnage sorti d'un roman de la comtesse de Ségur.

Oui, le nombre de végétariens augmente mais il n'est pas encore venu le moment en France où un journal à grand tirage saura aborder cette question sans la railler.

J'ai peu d'espoir, étant donné le ton de l'article, que vous preniez la peine de publier ma réponse dans le prochain numéro. C'est une vraie déception pour moi que Marianne, que j'apprécie par ailleurs, puisse traiter d'un tel sujet de cette manière !

Christine, militante pour les animaux et adhérente L214


Dimanche 16 juin, tous à la ferme !

  • Article du Vendredi 21 juin 2013

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C'est dimanche matin, j'ouvre Ouest-France en buvant ma tasse de café et découvre qu'un élevage à 1h de la maison ouvre ses portes dans le cadre de l'action de com' de la filière agricole. Endimanchée, je saute dans l'auto pour aller voir de plus près les cochons bretons.

Je pensais y voir une demi-douzaine de personnes à tout casser... mais quelle surprise en arrivant ! Il y a au moins 60 voitures et pas de la petite Twingo que de la grosse familiale !

Un gars en gilet jaune fait même la circulation, je me gare dans un champ comme au fest-noz. Je marche un peu dans les ornières et un autre gars, vêtu d'un tee-shirt rose fuchsia imprimé Changeons de regard sur l'élevage de porcs, m'accueille « Bonjour, Madame, bienvenue ! ».

La visite va commencer

Je me rends à une table où je dois indiquer mes coordonnées, on me remet une tenue complète : chaussons, charlotte et blouse jetables.
Un gars de l'association Agriculteurs de Bretagne fait un speech sur l'utilité du lisier comme engrais, bla bla bla.
Hop, j'intègre un groupe de 25 personnes composé d'enfants et de parents armés d'appareils photo pour prendre chéri-chéri à coté des cochons enfermés, bref...

C'est un élevage de truies gestantes et de porcs à l'engraissement de taille moyenne.

1er bâtiment : Alimentation, il font leur propre mélange sur place, au menu : soja du Brésil et céréales.

2e bâtiment : C'est la maternité, c'est-à-dire des truies allaitantes en stalle avec leurs petits, moment très attendu par les enfants. Je demande : « J'ai cru comprendre qu'il y avait une nouvelle loi pour les truies, c'est quoi exactement ? » l'éleveur répond : « Depuis le 1er janvier 2013, les truies doivent être placées en box 3 semaines après l'insémination et remises en stalle 1 semaine avant la mise-bas, avant elles étaient en stalle tout le temps. Il a fallu faire des travaux, nous verrons ça tout à l'heure ».

On visite, chacun fait son p'tit tour. Il y a une fiche suspendue par animal, sur l'une d'entre elles est inscrit « écrase ses petits », je dis : « Pourquoi c'est écrit "écrase ses petits" ? ». Il répond : « Lorsque la mère s'allonge il peut y avoir un petit en-dessous alors il meurt étouffé, c'est la principale cause de mortalité des porcelets » Gloups.

Les enfants regardent, les parents les surveillent des fois qu'une truie s'échapperait... Les enfants prennent les petits cochons dans les bras, les mamans prennent les photos, c'est tellement chou... J'interroge : « À ce qu'il paraît on castre les porcelets, j'ai du mal à y croire, c'est vrai ? » Il répond un peu gêné : « Les cochons développent 2 hormones qui, s'ils ne sont pas castrés, dégagent une forte odeur à la cuisson et ça incommode le consommateur » mais rassure en nous affirmant que la castration dure seulement 2 secondes et qu'en 2015 cette pratique s'arrêtera.

J'aperçois un jeune père de famille scotché à une vitre derrière laquelle se trouvent des truies entravées avec leurs porcelets nouveaux-nés.


Truie allaitante en stalle - entravée pendant 1 mois

On passe dans la fameuse salle « bien-être ». Les truies sont donc enfermées dans des cases collectives par groupe de 6 voire 7 individus.

Trois personnes demandent : « Pourquoi sont-elles griffées, abîmées ? » Il nous explique que depuis que les truies vivent en groupe pendant la gestation, elles se battent car il y a des dominantes et des dominées, parfois elles perdent même leur portée voire elles se cassent les pattes.
Je dis : « Oh ! C'est quoi la chaîne suspendue au fond de chaque box ? » « C'est Bruxelles qui nous demande ça, c'est un jouet pour les occuper, moi je trouve ça un peu débile » répond l'éleveur.

Le jeune père de famille regarde immobile les truies et demande à l'éleveur : « Mais à quel moment elles vont dehors ? » « Le jour où le camion arrive » lui balance-t-il (ndlr : le camion qui va à l'abattoir). Je vais le voir discrètement et lui dis : « Ça ne donne plus envie d'en manger, hein ?! ». On papote un peu et j'ajoute tout bas : « Et vous savez qu'ils leurs rognent les dents et leurs coupent la queue ? ». Il découvre tout ça et semble dégoûté.


Truies en loge collective - normes 2013

On rentre dans une autre salle où on nous présente le verrat, un gros pépère enfermé qu'on fera passer devant les truies déjà en stalle pour que l'éleveur sache à quel moment elles sont prêtes à être inséminées... J'entends quelqu'un lancer « Même le verrat n'a pas droit à sa part belle ! ». Bah oui les truies sont toutes inséminées artificiellement.

3e bâtiment : post-sevrage avant engraissement, des jeunes cochons en groupe toujours enfermés, placés sur un sol bétonné. Les enfants leur tendent les bras mais ils se réfugient tous au fond du box, paniqués. Je glisse à l'oreille d'une petite fille : « Tu leur fais peur ! » elle s'en rend compte et arrête.


Jeunes cochons en box bétonné

4e bâtiment : engraissement comme les jeunes cochons mais ils sont plus grands. Ce bâtiment se termine sur un couloir bétonné en plein air avec des douches. C'est là que les cochons et les truies attendront entre 1h et 6h le camion pour l'abattoir.

Triste journée

L'ambiance générale n'avait rien de joyeux... ça ne ressemblait pas à une visite guidée de musée. Au fur et à mesure l'ambiance était de plus en plus lourde. Les cases « bien-être » et les truies en stalle attendant d'être inséminées, ça a bien plombé.

Un dimanche pas comme les autres, les Bretons ont pu voir l'envers du décor, ceux qui ont eu le courage d'affronter le regard d'une truie ne verront certainement pas de la même façon leur tranche de jambon ou leur merguez grillée, du moins, pendant quelque temps...

Anonyme


Action pour la fermeture des abattoirs

  • Article du Mardi 28 mai 2013

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Beaucoup de pensées m’ont traversé l’esprit pendant que je participais, samedi 25 mai dernier, à une action de l'association L214 pour
l'abolition de la viande et la la fermeture des abattoirs.
Je pensais au panneau que j’avais choisi parce qu’il montrait une poule en train de se faire décapiter.

Ses yeux fermés par l’agonie, son sang répandu me semblaient représentatifs de la tuerie qui dévore des millions et des millions de poules et poulets. Chaque année, en France, 800 millions de poulets de chair et 47 millions de poules pondeuses sont ainsi assassinés. À l’abattoir, ces oiseaux sont rapidement extraits des caisses et suspendus à des crochets sur une chaîne automatique, puis ils sont plongées plongés dans un bain à électronarcose. Au moins un oiseau sur dix n’est pas étourdi, généralement parce qu’il parvient à relever la tête. Je me suis demandée si la poule sur mon panneau avait été égorgée consciente…. J’avais choisi ce panneau parce que les poules et les poulets, avec les poissons, comptent parmi les animaux les plus méprisés qui soient, ce qui n’est pas rien ; quantités négligeables connus rôties empalées à des broches ou sous formes de nuggets, en bouillon ou en soupe, et non reconnus pour les êtres sentients qu’ils sont.

Ce panneau et tous ceux portés par d’autres personnes montraient les réalités de l’abattage pour les poules, cochons, lapins, vaches, veaux, poissons…

Ces images d’animaux égorgés, éventrés, asphyxiés en disaient plus long que tous les discours. Mais les textes qui ont été lus cet après-midi là, au cœur de Lyon, étaient aussi parlants que nos photos. Il y était question des oubliés, des maltraités, des silencieux, des innocents. Il y était question de la fin des abattoirs, terrestres et flottants. Un hommage vibrant a été rendu à nos colocataires de ciel, terre et mer ; un appel a été lancé pour que la non-violence règne enfin sur cette Terre.

Je pensais que si notre action rendait une seule personne végétarienne, des dizaines d’animaux seraient épargnés. Voir des passantEs, émuEs, interloquéEs, rester regarder, écouter, comprendre, prendre nos tracts, discuter à la table de presse, suffisait à attester du bien-fondé de notre action. Leur émotion, leur empathie effaçaient ceux qui passaient, affairés ou provocateurs, encore incapables de se pencher sur l’enfer qu’ils font subir aux animaux.

5 000 animaux tués toutes les dix secondes.
En une heure en France, le temps qu'aura duré notre action, 1 800 000 animaux ont été tués inutilement pour satisfaire nos désirs alimentaires, après avoir vécu une vie d’enfer, entassés dans des bâtiments par milliers et pourtant sans vie sociale, mutilés, sélectionnés génétiquement.

Malgré la tristesse sans fond que le massacre des animaux éveille en moi, samedi dernier j’ai été heureuse et fière. Heureuse, car nous étions une cinquantaine à donner un peu de notre temps et de notre personne, à nous être organisé pour parler publiquement au nom des animaux. Fière de compter parmi ces cinquante personnes qui tentions d’éveiller les consciences, l’empathie et la raison d’autres humainEs. Nous avons été vuEs par des centaines de personnes qui ont pris quantité de photographies.

Le 15 juin prochain, rendez-vous à Paris pour la Marche pour la fermeture des abattoirs : l’action continue, restons mobiliséEs !

Clèm


Première Veggie Pride internationale

  • Article du Mercredi 22 mai 2013

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Internationale, car les participantEs sont venuEs de Pologne, d’Italie, de France, d’Angleterre, du Danemark, de Belgique, et même d’Inde et d’Arizona!
800 personnes bien décidées à donner leur voix pour ceux qui ne peuvent pas parler : « Notre voix pour les animaux » était la banderole de tête, et la conviction de chaque participantE ! 800 personnes porte-parole de dizaines de millions d’autres à travers le monde, toutes veggies pour des raisons éthiques.

Au cours de cette manifestation, un Indien, un Suisse et un Anglais ont également remis une pétition de 7 700 signatures au rapporteur spécial de l’ONU. Il y est demandé la fin des discriminations à l’encontre des personnes végétariennes et le respect de leurs droits.

Bien plus qu’un défilé

Pour cette première Veggie Pride internationale, les organisateurs/trices ont vu les choses en grand – et l’organisation a été à la hauteur de leurs ambitions : en plus du défilé, quatre journées de conférences, ponctuées d’happening, de projections et d’événements festifs. Jeudi 16 mai, Brigitte Gothière de L214 a ainsi présenté un panorama de la production de viande, lait, œufs et poissons.


Un village associatif, auquel L214 a participé, s’est tenu parallèlement à ces événements. Samedi, L214 a également tenu un stand à Plaimpalais, au cœur de Genève, où un happening et des stands de collectifs, de campagnes militantes et de spécialités véganes ont marqué la fin du défilé.
La Veggie Pride est ainsi non seulement l’occasion de défiler pour les animaux et de montrer notre fierté d’être veggie, mais aussi celle d’échanger, d’apprendre, de tisser des liens et de renforcer des coopérations.

Si vous avez raté la Veggie Pride 2013…

Vous pouvez quand même en avoir un bon aperçu via cette vidéo, la retransmission des conférences (traduites en anglais) sur le blog de la Veggie Pride, et bien sûr réserver d’ores et déjà un week-end de mai 2014 pour participer à la suivante ! En attendant, de nombreux événements et actions sont déjà prévus pour défendre les animaux, comme la Marche pour la fermeture des abattoirs du 15 juin prochain : restons actifs, les animaux ont besoin de notre soutien !



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Se battre pour ses convictions est toujours un acte en deux étapes. D’abord, elles sont personnelles, on n’ose à peine les partager, les
faire entendre. On ne veut pas empiéter sur la liberté de chacun, qui ne manquent d’ailleurs jamais de nous le rappeler, lorsque nous
venons à ébranler un tant soit peu ce qu’ils considèrent comme acquis par éducation.

Mais il faut vite réaliser qu’un combat ne se mène jamais pour soi. Il ne fait sens que s’il est partagé, montré, entendu. Il faut passer à
l’action.

Logo de l'émission Top Chef diffusée sur la chaîne télévisée M6

Je suis végétalien. Cela n’a pas toujours été le cas. Ayant grandi dans le sud ouest, je suis un enfant du foie gras, de la saucisse et des
fromages en tout genre. Comme tout le monde, on m’a appris à voir tous ces aliments comme de simples produits. Chez nous, on met
du foie gras dans la bouche d’un enfant dès qu’il a des dents. Il se doit d’aimer.

Mais la viande, les produits laitiers, les oeufs, le cuir, la laine, ne sont pas des produits. Ce sont des parties d’êtres vivants. Même si tout
est fait pour que vous ne le voyiez pas. Je lis déjà les commentaires, tous entendu des centaines de fois. « La viande, le lait sont
nécessaire, nous avons une conscience que les animaux n’ont pas, nous avons toujours mangé de la viande, oui mais le goût » ... Tout
ceci est faux, n’est pas valable. Ne l’est plus depuis longtemps. Et tout ce système nous dépasse largement.

Mais je ne tenais pas à écrire ce texte pour m’étaler sur mes choix, ou pour expliquer pourquoi vous n’avez plus aucune raison de
manger des animaux, ou des aliments provenant d’animaux.

Lundi 25 mars 2013 était diffusé sur M6 un épisode de l’émission « Top Chef ». Je ne critiquerai pas l’utilisation de viande ou de poisson
dans l’ensemble des plats, considérés comme aliments de base de tout. Après tout, on parle de cuisine traditionnelle, classique, de
terroir français. Bref. Une épreuve en particulier se déroulait à Rungis. Les candidats devaient créer un dessert à base de viande, et
avaient pour cela accès à l’un des points de distribution les plus importants qui existe.

Extrait de l'émission Top Chef diffusée le 25/03/2013 sur la chaîne télévisée M6

J’ai été choqué par le choix de la production de filmer l’ensemble de cette épreuve au milieu de centaines de carcasses d’animaux
suspendus. Je ne pouvais pas croire qu’encore aujourd’hui, une chaîne de télévision nationale puisse mettre en scène une émission
dans un tel contexte, sans se rendre compte à un seul instant que cela pourrait toucher une partie de ses spectateurs.

Encore une fois, nous avons affaire à une représentation de la viande dont on fait disparaître tout aspect vivant. Au milieu de l’ambiance
clinique des chambres froides, ces corps nettoyés ne surprennent personne. Ouvrez les yeux. Ces porcs tranchés en deux, ces
carcasses de boeufs détaillés, saignants, suspendus les uns contre les autres, ne sont pas des aliments. Ce sont des être-vivants.

Conscients, capables de souffrir. Abattus dans des conditions que nous connaissons tous aujourd’hui, dont nous savons tous
les détails, même s’il est toujours plus facile de refuser de les voir.

Je ne pouvais pas laisser passer cette énième banalisation de l’abattage de masse, utilisé ici comme le décor d’une mise en scène on ne peut plus glauque. Je ne suis pas un homme
politique, je ne suis pas un philosophe, je ne suis pas journaliste,
je n’écris pas pour déballer des faits, des chiffres, pour vous
prouver combien nous avons tort. À tous ceux qui me disent, jour
après jour, que je dois respecter leur choix de consommer de la viande (comme si c’était un choix, ou une opinion), me respectez-vous,
vous, dans mes choix ? Nous ne faisons que faire remarquer que le massacre d’êtres vivants n’est pas nécessaire à l’alimentation, et
vous nous lancez au visage des corps dépecés, découpés, décapités ?

Je suis simplement fatigué. Fatigué de constater à quel point nous refusons de voir, à quel point nous pouvons faire preuve de cynisme,
sans même le vouloir, sans même nous rendre compte à quel point nous sommes blasés de tout. Nous avons tout banalisé, nous ne
nous étonnons plus de rien. Nous observons des candidats se faire juger au milieu d’un cimetière de milliers de cadavres sans sourciller,
sans réaliser à quel point nous sommes détraqués.

J’ai de la peine pour notre société. Se révolter ne demande plus beaucoup d’efforts aujourd’hui, et écrire une lettre peut se faire en
restant assis.

Réveillez-vous.

Guillaume Ferrand


Un nouveau bec pour Becky

  • Article du Dimanche 24 mars 2013

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Becky a connu l'élevage en batterie. Comme celui de toutes les poules pondeuses en élevage, son bec a été amputé, pour limiter les comportements de piquage typiques dans les élevages où les oiseaux vivent confinés à plusieurs dans des cages de batterie.

Bien que la coupe de plus d'un tiers du bec soit interdite, Becky a souffert une amputation bien plus grande et douloureuse de cet organe sensible.

Par chance, elle a été recueillie dans un refuge pour animaux de Belfast.

Sans bec, Becky avait du mal à se défendre et à s'alimenter. Mais c'est sans compter sur l'ingéniosité de son vétérinaire, qui lui a inventé une prothèse qui va lui changer la vie.

Becky après l'opération

Source :
BBC News

Renseignons-nous sur l'élevage des poules, changeons pour celles qui restent à sauver.


L214 au salon Primevère 2013

  • Article du Mardi 19 mars 2013

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Le salon Primevère de mars 2013 avait pour thème « tous dans le même bateau », ce bateau étant « notre planète trop exploitée ». Ce 27ème salon-rencontre lyonnais de l’alter-écologie a compté plus 120 temps de rencontres (conférences, ateliers, projections) et de 450 exposants. Comme l’an passé, L214 était au rendez-vous.

Photo du stand L214 au Salon Primevère 2013

Un public réceptif

Seule association présente à représenter les animaux d’élevage, L214 a suscité beaucoup d’intérêt et nous avons reçu de nombreux encouragements et témoignages de sympathie – comme cette jeune femme végétarienne de naissance qui nous a dit avec fierté : « Je ne connais pas le goût de la viande », cette adolescente qui a tenu à nous dire qu’elle avait cessé de manger les animaux, ou ce couple qui est venu au salon pour nous rencontrer. Les personnes qui se sont arrêtées à notre stand ont été réceptives aux conditions d’élevage des animaux, et de nombreuses remarques ont révélé une méfiance affichée vis-à-vis d’une industrie qui réduit les animaux à des marchandises et les traite en conséquence. Une ancienne inspectrice des services vétérinaires en abattoir nous a d’ailleurs fait part du traumatisme qui lui a fait quitter son poste. Une dizaine d’enfants a pu réaliser ses propres badges à prix libre. Si cette nouvelle activité a été relativement peu fréquentée, elle a suscité l’émerveillement des participants. Le livre de Florence Pinaud Respecter les animaux à petits pas (à partir de 8 ans) a eu du succès autant auprès des adultes que des enfants, et tous les exemplaires apportés ont été vendus.

Les choses bougent

À l’exemple de cette visiteuse qui nous a fait part de son émotion après la projection du film Love MEATender, des personnes ont exprimé un sentiment de révolte ou d’impuissance face aux millions d’animaux exploités et tués chaque année rien qu’en France, mais l’intérêt évident pour les livres No steak d’Aymeric Caron ou encore Bidoche de Fabrice Nicolino, les centaines de dépliants pris, les dizaines de contacts donnés, les adhésions et les très nombreux échanges indiquent qu’un changement est possible, et même amorcé, quand bien même l’exploitation des animaux atteint effectivement aujourd’hui un niveau jamais atteint sur Terre. Dans le programme de Primevère, il est écrit : « L’heure n’est plus à la compétition mais à la coopération, à reprendre conscience que l’empathie, l’altruisme et la gentillesse font partie de notre nature. Rien de nouveau, Darwin l’avait déjà dit ! » C’est exactement ce que j’ai argumenté à un éleveur de poules, canards et lapins « bio » qui ne voyait pas quel était le problème de tuer des animaux à qui il avait, selon lui, « offert la meilleure vie possible » : et si au lieu de tuer ces animaux, on établissait avec eux une relation affective ? Ou si, tout simplement, on leur laissait mener leur vie paisiblement ? Car comme nous, les animaux veulent vivre, savourer le soleil et profiter de leurs compagnons !

Rendez-vous l’an prochain !

Dimanche 10 mars, 19h, une voix annonce aux haut-parleurs « Le salon Primevère ferme ses portes, les visiteurs sont priés de regagner la sortie », marquant ainsi la fin de trois jours intenses pour l’équipe de L214 – déjà motivée pour 2014 !



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YOUPI : ce mercredi 13 mars, un projet de restauration rapide vegan nommé « Vast » a remporté la finale du concours de création d’entreprise LYON 3 ENTREPRENDRE, destiné aux étudiants.

Voici l'histoire de Laurène, Christelle et Quentin. Un départ très encourageant pour ce projet de restaurant éthique... et une excellente nouvelle pour ceux qui rêvent déjà de s'y attabler. Bonne continuation aux porteurs du projet, qu'ils puissent bientôt apporter leur pierre à l'édifice d'un monde sans exploitation animale.

Vast, un projet de restaurant vegan

« Tout a commencé lors d’un de mes cours de master, l’entrepreneuriat, lors duquel nous avions pour mission de rendre un dossier sur un projet de création d’entreprise.

Trouver l’idée a été simple ! En tant que végane, la première chose à laquelle j’ai pensé a été la difficulté à trouver un endroit où manger vegan en ville, et qui propose autre chose qu’une salade insipide. L’offre dans ce type de produits étant relativement réduite, surtout en France, je me suis dit que cela pouvait être une bonne idée. Rapidement, deux de mes camarades de promotion m’ont rejointe dans ce projet.

Après plusieurs mois de travail intensif, nous avons été sélectionnés parmi les 7 finalistes du concours Lyon 3 Entreprendre. Et hier soir, nous avons remporté le 1er prix ! Bien sûr, je savais que toutes les personnes sensibles à la cause animale avaient de grandes chances d’adhérer au projet, mais étant donné que les végétariens et végétaliens ne représentent encore que 3% de la population en France, confronter ce projet à des personnes extérieures, et notamment à l’avis critique du jury, nous a permis de voir que l’alimentation végétalienne avait un bel avenir devant elle.

Nous participerons également à un second concours de création d’entreprise, le Campus Création, sur le thème « ALTERNATIF » qui correspond donc totalement à ce projet. Le concours rassemblera cette fois-ci plusieurs universités de la région Rhône-Alpes, et nous mettrons tout en œuvre pour l’emporter. Grâce à ces évènements, nous gagnerons en crédibilité, ce qui permettra peut être au restaurant de voir le jour dans un avenir que nous souhaitons le plus proche possible. »

Laurène


Un éleveur de cochons devenu végétarien

  • Article du Dimanche 10 mars 2013

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Lo Hung-Hsien était éleveur de cochons à Taiwan. Il dédie désormais sa vie au végétarisme et à la protection des animaux. C'est en envoyant l'un de ses cochons à l'abattoir qu'il a un jour pris conscience de la portée de ses actes et décidé de changer sa vie.

Lo Hung-Hsien et les cochons

Éleveur de cochons à Nouveau Taipei, Lo Hung-Hsien a transformé son élevage en sanctuaire après avoir lu la tristesse dans le regard d'un cochon qu'il envoyait à l'abattoir.

Devenu végétarien et engagé dans la défense des animaux, il affirme désormais : « les animaux sont des amis, pas de la nourriture ».
Afin de couvrir les frais de sa ferme devenue refuge, Lo enchaîne diverses activités, comme chauffeur de camion, vendeur sur les marchés ou vente de beignets sur internet.

Lo Hung-Hsien et les cochons

Sur son temps libre, Lo s'investit dans la promotion du végétarisme, se rend dans les écoles et donne des conférences au sein de la Tzu Chi Foundation, la plus grande association caritative de Chine.

Lo Hung-Hsien en conférence

Malgré la fatigue occasionnée par la recherche de fonds et les critiques quant à sa décision d'abandonner le métier d'éleveur, Lo estime qu'il a fait le bon choix, même si cela devait le laisser sans le sou.

Il explique qu'avant ce bouleversement, son activité était uniquement guidée par le profit tiré de ce grand élevage familial hérité de son grand-père. Au sommet de son activité, l'exploitation pouvait contenir 500 cochons et générer des revenus lui conférant un train de vie très confortable.

Lo explique que c'est un cochon qui a un jour modifié sa perception.

Ce jour-là, le camion de l'abattoir était venu chercher plusieurs porcelets, qui s'étaient alors mis à hurler. « A l'exception d'un porcelet, resté silencieux alors que je le prenais entre mes mains. Il me regarda droit dans les yeux, comme pour me demander : pourquoi me fais-tu cela ? Ce regard m'a anéanti, et m'a tenu en éveil toute la nuit. »
Le lendemain, Lo s'est précipité à l'abattoir pour racheter ses animaux, mais il était trop tard.

«  Je suis alors devenu végétarien et j'ai coupé toute coopération avec les abattoirs. »
Quelques années ont passé et seuls 40 cochons vivent encore à la ferme, les autres s'étant éteints de vieillesse ou de maladie, mais Lo continue de se consacrer entièrement à ses compagnons. Il commence sa journée à 4h du matin et entame une tournée des restaurants végétariens pour collecter leurs restes, qu'il cuisine avant de les offrir à ses protégés. Lo nettoie ensuite les enclos et joue avec les cochons. Peint sur son camion, le slogan « Les animaux sont des amis, pas de la nourriture » l'accompagne partout où il se rend.

Lo Hung-Hsien et ses cochons

Le snack végétarien ambulant de Lo Hung-Hsien :

snack végétarien

Sources :

Crédits photo :


Le « choix de Sophie » d'une vache laitière

  • Article du Jeudi 28 février 2013

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Les vaches, comme les humains et tous les autres mammifères, ne produisent du lait que lorsqu'elles ont enfanté. En élevage, chaque année les vaches « laitières » sont inséminées pour donner naissance à un veau. Mère et nouveau-né sont séparés après 24h, malgré l'intensité du lien qui les unit.

Le récit ci-dessous raconte l'histoire d'une vache ayant donné naissance à des jumeaux et qui tenta de garder l'un de ses petits, en effectuant un choix similaire à celui du personnage de Sophie dans le roman de William Styron, "Le choix de Sophie". Devant la menace de perdre ses deux enfants dans un camp d'extermination, Sophie avait été contrainte d'en livrer un dans l'espoir de sauver l'autre.

Les vaches laitières sont des mamans privées de leurs petits. Avant le verre de lait, il y a la douleur d'une mère et la détresse d'un nouveau-né.


vache et veau, une famille

Par le vétérinaire Holly Cheever

" J'aimerais vous raconter une histoire touchante et vraie. Après avoir obtenu mon diplôme à l'école vétérinaire de Cornell, j'ai fréquemment exercé dans les exploitations laitières de Cortland. J'y étais appréciée du fait de la douceur de mes interventions sur les vaches.

L'un de mes clients me sollicita un jour pour résoudre un mystère : la veille, dans une prairie, l'une de ses vaches Brune des Alpes avait mis bas pour la cinquième fois dans sa vie. Une fois rentrée à la ferme avec son nouveau-né, son veau lui fut retiré, et elle, conduite en salle de traite. Mais son pis était vide, et il le resta pendant plusieurs jours.

Après la naissance de son veau, cette vache aurait dû produire près de 47 litres de lait par jour. Cependant, et en dépit du fait qu'elle se portait bien par ailleurs, son pis restait vide. Elle partait au pré le matin après la première traite, revenait pour la traite du soir, et restait la nuit en prairie – c'était un temps où les bovins étaient autorisés à profiter un minimum de certains plaisirs au cours de leur vie – mais jamais son pis n'était gorgé de lait comme celui d'une vache qui a mis bas.

Je fus appelée deux fois sur place pendant la première semaine suivant son accouchement, mais je ne trouvai aucune explication. Finalement, le onzième jour, l'éleveur m'appela : il avait trouvé la réponse : la vache avait donné naissance à des jumeaux, et par un « choix de Sophie », elle avait livré l'un de ses veaux à l'éleveur et gardé l'autre dans un bois en bordure de prairie. Chaque jour et chaque nuit, elle retrouvait et nourrissait son petit – le seul qu'elle ait jamais pu garder auprès d'elle. Malgré mes efforts pour convaincre l'éleveur de laisser la mère et son petit ensemble, il lui fut enlevé et envoyé dans l'enfer des box à veaux.

Pensez un instant au raisonnement complexe élaboré par cette maman. Premièrement, elle se rappelait la perte de ses précédents petits et la conséquence de rentrer avec eux à la ferme : ne plus jamais les revoir (une situation déchirante pour toute mère mammifère). Deuxièmement, elle formule un plan et l'exécute : si ramener son veau à la ferme signifie le perdre inévitablement, alors elle installera et cachera son autre petit dans les bois, comme les biches, jusqu'à son retour. Troisièmement – et je ne sais comment l'expliquer – au lieu de cacher les deux veaux, ce qui aurait attiré la suspicion de l'éleveur (une vache gestante quittant la ferme le soir, la même vache revenant au matin non-gestante mais sans progéniture), elle lui en a donné un et gardé l'autre. J'ignore comment elle a pu faire cela – il aurait été plus probable qu'une maman désespérée tente de cacher ses deux petits.

Tout ce que je sais, c'est qu'il se passe derrière ces yeux magnifiques beaucoup plus de choses que nous, humains, n'avons jamais voulu voir. En tant que maman, qui ai pu élever mes quatre enfants, et n'ai pas eu à souffrir de la perte d'un seul d'entre eux, je ressens sa douleur."


Holly Cheever, Docteur en médecine vétérinaire
Vice Presidente du New York State Humane Association
traduit du site AllCreatures.org