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Olivier, coordinateur VegOresto à L214

  • Article du Jeudi 8 octobre 2015

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Et si nous allions à la rencontre d'Olivier ? Aujourd'hui coordinateur de la campagne VegOresto, Olivier est depuis longtemps actif pour les animaux : lutte contre la corrida, engagement politique, militant à L214 ; il saisit toutes les occasions de les défendre, et sa détermination n'a d'égale que son optimisme !

Comment as-tu pris conscience de la souffrance des animaux ?

J’ai toujours aimé les animaux. J’ai grandi dans un petit village vers Avignon, entouré de chiens, de chats, de chèvres, de tortues, d’abeilles, de pigeons, de lapins… hélas, on mangeait les lapins. Quand j’avais une dizaine d’années, j’ai vu mon père en tuer : l’acte de cette mise à mort a été cauchemardesque, j’étais en pleurs ! C’est vraiment un souvenir assez violent. Ensuite, c’était impossible pour moi de les manger, heureusement ma mère ne me forçait pas. Il y avait d’autres viandes que j’étais incapable de manger : à l’époque, on mangeait de la cervelle et je trouvais ça répugnant, ou encore des cailles sur du pain cuites au four, et voir l’animal entier était abominable. D’ailleurs, l’industrie du lapin l’a bien compris puisque maintenant ils vendent les lapins découpés en morceaux. La vue de l’animal entier dégoûte de plus en plus les gens.

Le premier vrai déclic s’est fait quand j’avais 14 ans. Une de mes amies avait reçu une correspondante anglaise végétarienne, ce qui m’avait fasciné. Ma grand-mère était fille de boucher, un de mes oncles était boucher, et je n’avais même jamais imaginé que ça puisse exister ! Cette rencontre m’a rassuré car j’ai compris que je n‘étais pas le seul à être dégoûté par la viande.

Quand j’étais adolescent, des voisins ont invité mes parents à une corrida, on ne savait même pas ce que c’était. On est resté au maximum 20mn dans l’arène. On était assis devant et le taureau a vomi tout son sang à mes pieds. Ma mère s’est mise à hurler et on s’est fait « gentiment » sortir.

À 19 ans, alors que j’avais déjà choisi d’être pâtissier, j’ai ressenti le besoin de me rendre utile. J’ai réfléchi à la façon dont je pourrais agir, à mes passions, et la cause animale est venue de manière assez logique. J’ai écrit à la Fondation Brigitte Bardot (FBB), qui était une des associations animalistes les plus connues de l’époque, j’ai reçu les premiers magazines et ça a été comme une bobine de fil : tu tires et tu découvres des horreurs à n’en plus finir – et ça continue malheureusement aujourd’hui encore. Comme j’habitais dans le sud, le plus évident pour moi a été de m’investir dans les manifs contre la corrida. J’ai aussi acheté des cassettes de l’émission « SOS animaux » qui montraient, entre autres, l’horreur des abattoirs. Quand j’ai découvert tout ce qu’on pouvait faire aux animaux, je me suis dit « stop », je venais d’avoir 19 ans. Après 18 ans de végétarisme, je suis maintenant vegan depuis environ quatre ans, mais je n’achetais déjà jamais de cuir ou de produits testés depuis longtemps.

Comment ton entourage a-t-il vécu ton passage au végétarisme ?

J’ai eu une chance inouïe : ma mère est devenue végétarienne en même temps que moi ! Elle aussi a eu le déclic en recevant les magazines de la FBB, ça devait être quelque chose de sous-jacent chez elle, d’ailleurs elle avait toujours eu du mal à voir mon père tuer les lapins. Comme tous les repas de famille se passent chez mes parents, c’est ma mère et moi qui cuisinons, et je n’ai jamais eu de soucis pour ça. Aujourd’hui, ma mère est pour ainsi dire vegan, et j’ai aussi remarqué qu’en vieillissant mon père a développé plus d’empathie pour les animaux. Ma mère est aussi active pour les animaux via les réseaux sociaux, mais elle va aussi sur le terrain, par exemple à des actions contre la corrida, etc.

La personne avec laquelle je vis depuis maintenant cinq ans est devenue végétarienne, et elle est végétalienne à la maison. Il y a toujours un déclic, ça peut être une rencontre, un article, une photo ; pour elle, ça a été le fait de comprendre qu’une autre alimentation est possible qui lui a permis de rompre avec le schéma habituel.

Et professionnellement, comment ça se passe pour toi ?

Je suis enseignant pâtissier. Au début, j’étais végétarien, donc c’était très facile ! Je dois évidemment appliquer le référentiel, mais dans le cadre de projets pédagogiques j’organise des ateliers où je fais découvrir aux jeunes la pâtisserie végane. On a fait des cupcakes,des cookies et même des meringues, et on va faire des cheesecakes, des cannelés, etc. Je pense que ça fait partie de ma mission de professeur de leur faire découvrir la pâtisserie végane, en plus c’est l’avenir ! Et ce n’est pas difficile, ce sont juste de nouveaux réflexes à prendre.

Olivier à un stand de pâtisserie vegan lors d'une Vegan Place.

"La pâtisserie végane, c’est l’avenir !"

Outre les gens qui ne souhaitent pas consommer de produits animaux par éthique, ils rencontreront forcément dans leur clientèle des personnes allergiques aux œufs ou aux produits laitiers. En tant que professionnels, nous devons savoir préparer des pâtisseries sans ces produits-là. Et au niveau technique c’est vraiment intéressant, par exemple de savoir comment remplacer les œufs pour lier les ingrédients entre eux : il y a les purées d’oléagineux, la banane, les graines de lin broyées, la crème de soja, le tofu soyeux, etc. Je leur présente aussi l’ensemble des laits végétaux qui existent, ça fait partie de ma mission pédagogique. J’aurais vraiment aimé avoir cette approche quand j’avais leur âge.

J’espère d’ailleurs vraiment que le projet de loi pour un menu végétarien sera validé, ce sera vraiment une grande avancée ! Ça montrerait aux enfants, et ce dès le plus jeune âge, qu’on peut vivre sans manger les animaux. Et quand on est jeune on est plus enclin à changer, on est souvent aussi plus optimiste.

Comment as-tu appris à faire des pâtisseries végétales ?

J’ai fait beaucoup d’essais à partir des livres de Marie Laforêt. J’ai également appris avec Wendy’s Kitchen : Wendy est une enseignante anglaise qui fait beaucoup de pâtisseries véganes, et je l’ai d’ailleurs fait intervenir dans mes cours.

Et qu’est-ce qui t’a amené à t’investir pour les animaux avec L214 ?

Il y a quelques années, j’ai rencontré Bérénice via un tractage incitant Monoprix à ne plus vendre d'oeufs de batterie, le cadre était très pro et j’ai accroché tout de suite. L’approche de L214 qui consiste à être au contact des gens dans la rue était nouveau pour moi et vraiment très enrichissant. J’ai participé à toutes sortes d’actions. Je trouve que la Marche pour la fermeture des abattoirs est un moment très fort, pour moi c’est vraiment LE jour de l’année !

"Pour les animaux,
on n’a pas le droit de se diviser."

L214 donne la chance aux militants de participer à différentes actions régulièrement, qui sont bien cadrées et respectueuses des gens, avec un réel échange et en même temps des positions bien fermes. Ça correspond tout à fait à la façon dont je conçois la protection animale actuellement, ça et la nécessité de rester soudés. Quand il y a des conflits entre associations, ça dessert la cause, c’est du gaspillage d’argent… On peut ne pas être d’accord, mais pour une cause aussi importante, il faut remballer sa fierté et son orgueil, on n’a pas le droit de se diviser. Les animaux n’ont pas le droit de subir toutes nos conneries. C’est l’union qui fait la force.

Tu es aujourd’hui très investi dans la campagne VegOresto, tu peux nous en dire plus ?

S’il faut bien sûr dénoncer toutes les horreurs, il faut aussi apporter une solution, et la campagne VegOresto de L214, c’est la solution : les gens voient qu’on peut manger autrement, ils découvrent de nouvelles saveurs, une nourriture saine et équilibrée. Ça facilite le quotidien de ceux qui sont déjà végés et ça ouvre la porte vers le végétalisme aux autres.

Depuis un an et demi, je suis référent VegOresto sur Vannes, et depuis peu de temps j’aide aussi au niveau national.

À Vannes (60 000 habitants) et ses alentours, on a déjà huit restaurants qui ont signé la charte ! Cette campagne me demande pas mal d’investissement mais c’est vraiment passionnant et c’est un engagement dans la continuité : toutes les semaines je fais quelque chose pour VegOresto. Après, je réponds aussi présent dès que je peux pour les autres actions de L214.

Tu as déjà conscience que, grâce à toi, des milliers d’animaux ont déjà été épargnés ?

J’avais trouvé sur Internet un site qui permettait de calculer combien d’animaux tu avais sauvé en étant végétarien ou vegan. C’était énorme ! Je crois que ce combat, le fait d’avoir épargné toutes ces vies, c’est la plus grande fierté de toute ma vie.

Quand je vais dans le Sud pendant les vacances, si je peux j’en profite pour participer à des actions anti-corrida. D’ailleurs, je suis sûr que, de mon vivant, je verrai la fin des corridas et parfois je me dis même que ça peut aller très vite. La corrida, c’est la mort montée en spectacle, c’est abominable.

Olivier à la Marche pour la fermeture des abattoirs

"Une semaine sans faire quelque chose
pour les animaux,
c’est une semaine de perdue."

Si je peux me rendre utile à la cause animale je le fais, la souffrance est tellement abyssale qu’une semaine sans faire quelque chose pour les animaux, pour moi, c’est une semaine de perdue.

Militer permet aussi de rencontrer des gens intéressants, il ne faut pas rester isolé. J’ai vu des végétariens remanger de la viande parce qu’ils étaient trop isolés. En même temps, je trouve ça absurde de rester tout le temps entre végans : si on veut que les choses avancent, il faut rencontrer des gens non végans, on peut essayer de provoquer le déclic, et puis il faut qu’ils voient qu’on est des gens tout à fait normaux qui avons juste choisi d’arrêter de cautionner toutes ces horreurs. Des gens m’ont dit que maintenant ils ne voient plus de la viande, mais l’animal qui a été derrière.

Ce qu’il faut, c’est vraiment convaincre l’opinion publique, ouvrir les yeux aux gens, et les politiques iront aussi dans le bon sens.

D’ailleurs, tu t’es aussi engagé en politique ?

Oui, à une action anti-corrida j’ai rencontré Jean-Marc Governatori qui m’a proposé de m’engager pour l’Alliance écologiste indépendante, qui a un programme intéressant pour les animaux, par exemple, elle est pour l’abolition de la corrida et le végétarisme. En 2012, je me suis donc présenté pour les législatives en tant que représentant de l’Alliance, ce qui m’avait permis de bien mettre la cause animale en avant lors des interviews. Mais j’ai trouvé que j’étais plus utile sur le terrain, que c’était plus concret, et peu de temps après je me suis engagé avec L214.

Note : de nombreux livres de Marie Laforêt sont disponibles sur notre boutique en ligne.