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Romain, 31 ans : boulanger, sportif, vegan et militant pour les animaux

  • Article du Mardi 20 janvier 2015

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Très engagé aux côtés de L214 pour défendre les animaux, Romain a accepté de répondre à nos questions. Nous allons enfin percer son secret : comment parvient-il à concilier sport intensif, travail, vie de famille et militantisme tout en étant vegan.

En juin 2014, tu as participé au Grand Raid du Golfe, tu peux nous en dire plus ?

C’est une grande boucle de 177 km avec un dénivelé de 1500 mètres, à parcourir en allure libre, incluant une traversée en bateau semi-rigide de 10 minutes. On court de jour et de nuit autour du Golfe du Morbihan (Bretagne), et le temps maximum est de 42 h.
J’ai testé l’alimentation végétarienne pendant l’entraînement du Grand Raid du Golf : eh bien, je me suis senti vraiment bien et je récupérais beaucoup plus vite. Or, si tu récupères plus vite, tu peux t’entraîner d’avantage et mieux, donc être plus performant.
J’ai toujours été très sportif et je mangeais pas mal de viande, beaucoup de poissons, des produits laitiers, des œufs… J’aimais ça et j’étais vraiment accroc ! J’ai même testé à une époque les poudres protéinées animales : ce sont de vraies saloperies pour le corps. Je mange toujours beaucoup de protéines, mais maintenant je les trouve en abondance dans les légumineuses. Je fais pas mal de musculation, de la course à pied, de la boxe, j’essaie d’être bon dans plusieurs domaines et avec l’alimentation que j’ai aujourd’hui, c’est vraiment super ! Je mange bien et mieux, beaucoup plus de légumes, des graines germées, des céréales complètes…

"Dans ma tête, je me sens bien aussi et c’est important :
je suis content de ne plus manger de produits laitiers ni d’œufs,
je me dis que j’épargne pas mal de vies."

Il y a pourtant des gens qui ne me croient pas, surtout quand ils voient tout le sport que je fais. Pour eux, ce n’est pas possible, ou bien ils pensent qu’à défaut de steak je consomme des protéines animales en poudre, ce genre de choses.
Après, je reste quand même dans la catégorie amateur : ok, j’ai fait un trail de 177 km, mais je ne suis pas un professionnel*. J’ai aussi un travail et une vie de famille – nous avons un enfant de deux ans – auxquels je consacre beaucoup de temps.

Parle-nous de ton travail

J’ai une boulangerie-pâtisserie Aux délices de Billy, ouverte six jours sur sept. Je me lève à 2h30 du matin, et s’il n’y a pas trop de travail je termine vers midi. Quand il y a beaucoup de travail, par exemple le samedi, je me lève à 2h ou même avant, à 1h30, et je termine à 16h ou 17h.
Quand je m’entraînais pour le Raid, je commençais à bosser vers minuit ou une heure, comme ça je finissais vers 10h et je pouvais aller courir trois ou quatre heures sur des distances allant jusqu’à 50 km. Je dors en moyenne quatre heures et demie par nuit plus une petite sieste l’après-midi, quand j’ai le temp.
Nous sommes installés dans cette boulangerie depuis quatre ans et demi, et au début on n’était pas du tout sensibilisé aux conditions de vie des animaux. Depuis l’année dernière, je remets en question tout ce que je fabrique, et progressivement, je diminue ou remplace par des produits végétaux ce qui provient des animaux : crème fraîche, beurre, lait… Dans ma boulangerie, j’ai aussi mis des tracts et des autocollants de L214 concernant les œufs, le foie gras, des dépliants de l’association… Mais je passe encore entre 300 et 400 œufs par semaine. Avant, je prenais des œufs de poules en cage, maintenant je prends du code 2 (poules au sol), mais malgré toutes mes recherches je ne trouve pas d’éleveur bio ou plein air qui puisse me livrer. On aimerait transformer la boulangerie en un lieu végane, mais c’est un projet qui demande du temps.
Cette année, pour Noël, je propose une bûche végane : « la L214 » (mousse fruits rouges, crème légère vanille, moelleux coco et génoise amande). J’ai aussi, à l’année, un gâteau sport végétalien et des truffes 100% végétales.

En janvier, ce sera au tour de toutes mes galettes des rois d’être végétaliennes, et je reverserai à L214 5 % de la recette totale de mes ventes de galettes.

Tu dis que tu as envie de revendiquer le fait de ne plus manger d’animaux, c’est-à-dire ?

Quand ma compagne et moi avons adhéré à L214, en octobre 2013, on ne connaissait personne de végétarien et on s’est sentis vraiment seuls. Puis on a rencontré Bérénice de L214, on a fait quelques actions, puis j’ai fait des galettes végétaliennes et on s’est retrouvés à cent trente personnes à la boulangerie ! Suite à ça, j’ai organisé un repas végétalien à Vannes, chez un restaurateur, et de là est parti tout le reste. On organise notamment des VegOresto à Vannes, et ça marche bien, il y a des gens qui viennent aux repas pour découvrir le végétalisme, on discute bien ! Je participe aussi à des tractages, des actions de rues : si j’avais le temps, j’aimerais faire beaucoup plus, aider les animaux et ne plus du tout utiliser de produits animaux dans ma boulangerie.
En janvier ou février prochain, je devrais passer à Thalassa, dans une émission sur le Golfe du Morbihan. L’émission s’appuie sur trois coureurs pour faire découvrir le lieu, dont moi ! J’ai été filmé à la boulangerie et pendant que je courais avec les couleurs de L214. J’avais d’ailleurs fait faire un T-shirt de sport orange avec le logo de l’association, et j’ai fait tout le raid comme ça. Sur les premiers kilomètres, j’avais aussi un grand drapeau L214. Avec un peu de chance, cette séquence passera aussi à Thalassa !

 

"On peut tous avoir un impact à notre niveau,
et tant pis si on dérange : il faut ouvrir le débat !"

Au boulot, j’écoute Europe 1, et il y a environ deux mois la question d’une émission était « doit-on devenir végétarien ? ». J’ai sauté sur le téléphone et gros coup de bol, je suis passé à l’antenne en direct. Je me suis présenté et j’ai parlé de L214 : toutes les occasions sont bonnes pour parler de l’association.
Ce qui me manquait c’était l’information, et cette info, elle ne vient pas toute seule. C’est pour ça aussi que L214 est très important, parce qu’elle va vers les gens. Au fond de nous, on sait que les animaux sont tués dans les abattoirs, on sait qu’ils souffrent, mais on ne réagit pas. Avant, manger de la viande, c’était le bonheur pour moi, mais maintenant je regrette vraiment de ne pas avoir ouvert les yeux plus tôt.

Comment as-tu décidé d’arrêter de manger les animaux ?

C’est grâce à ma femme. Elle a lu No Steak d’Aymeric Caron, elle m’en parlait mais je m’en fichais à l’époque. Et puis un jour, j’ai eu envie de le lire, je l’ai commencé et dès le lendemain, la viande c’était fini. J’avais ouvert les yeux ! On a alors décidé d’arrêter de manger des animaux tous les deux pour que ce soit plus facile. J’ai pris le temps de faire mûrir les choses, de me renseigner. Et quitte à faire les choses, autant ne pas les faire à moitié. J’ai compris que les produits laitiers c’est aussi de l’exploitation animale – mais le fromage, qui n’aime pas ça ? J’ai toujours des envies de fromages, mais je pense tout simplement aux animaux et je passe au-dessus. Je pourrais éventuellement encore manger des œufs puisque mes parents ont quelques poules, mais pour moi la page est tournée : je ne mange plus les animaux ni ce qui vient d’eux, c’est comme ça, c’est normal maintenant.

"Je ne mange plus les animaux ni ce qui vient d’eux,
c’est comme ça,
c’est normal maintenant."

En l’espace d’une année, ma femme et moi avons ouvert les yeux et c’est aussi un gros chamboulement dans notre vie, parce qu’on a remis en question toute notre alimentation et ça a aussi un impact sur notre travail. Comme on a eu envie de revendiquer le fait de plus manger d’animaux, on s’est rendu compte que c’est souvent un sujet tabou, avec la famille surtout ce n’est pas toujours évident… Avec les copains, on discute beaucoup mais ça créé aussi des polémiques. On ne s’attendait pas à ça, d’ailleurs, il y a seulement deux ans, je ne me serais pas vu ne plus manger de viande !
Et puis, je m’étais promis que dès que je franchirais la ligne d’arrivée du Raid du Golfe du Morbihan, je deviendrais végétalien, et j’ai bien sûr tenu parole. Je fais attention à tout ce que j’achète : les vêtements, les produits ménagers, les cosmétiques (même si je n’en utilise pas beaucoup) et l’alimentation bien sûr. C’est simple : je ne me sers plus des animaux !

* Romain a terminé 115 sur 591 participants, avec un temps de 24:50:07.

Propos recueillis par Clèm pour L214